"Un songe déroutant" par Raphaël Zacharie de Izarra (texte en ligne)
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Je n'ai plus rien à attendre de cette existence. J'ai vécu. Je dois partir maintenant. Je suis lasse. Plus rien ne me retient en cette vie. Que pourrais-je espérer en ce monde où déjà je n'existe plus, trop vieille, trop laide, trop fatiguée ? Il n'y a rien non plus à espérer de l'autre côté : personne ne m'y attend. Ce serait trop beau. Là où je vais aller il n'y a rien d'autre que de la pourriture et du noir. Il n'y a même pas de place pour le désespoir. On ne désespère pas quand on est mort. On se tait, on s'enfouit, on est muet, on n'y pense même pas... En un mot, on est mort !
Le temps semble venu. Mes forces m'abandonnent. Je tombe. Je vois tout noir. Je pars déjà... Je quitte cette vie. Mais non je ne rêve pas : je suis en train de mourir. Je vais au néant...
Ca y est, je suis morte.
Morte ? Mais où suis-je donc ? Ce visage radieux reflété dans l'onde n'est pas celui de la vieille hideuse que j'ai été. Et puis cette onde limpide où je me mire, cette lumière qui m'entoure, ce paysage magnifique... Serait-ce ça la mort ? Mais non, je ne rêve pas pourtant.
Je comprends maintenant. L'histoire de ma mort, ça n'est qu'un songe. Je dors et je rêve que je suis en train de mourir.
A moins que...
Pauvre vieille que je suis ! Je suis réellement morte. Ce reflet flatteur que je vois dans l'eau, c'est mon nouveau visage. Cette lumière dans laquelle je baigne n'est pas un mirage onirique. Ce paysage n'est pas une chimère issue de mon sommeil. A présent je sais que je ne suis plus dans un rêve. Je suis vraiment morte. Seul le début de cette histoire fut un rêve, mon dernier rêve. Celui qui m'a conduite jusqu'ici.
Je suis partie en dormant : Morphée m'a prise dans ses bras pour me déposer en douceur sur les rives de la Mort.
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