"Un Cauchemar (poème)" par Djahrian (texte en ligne)

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Les eaux noires ondoyaient sous l’or des lampadaires ;
Un dais sombre étendu sur elles : la forêt.
C’est une cathédrale où la nuit souveraine
Eteint ses candélabres, étreint le monde entier.

Je l’ai vue arriver, la maigre souffreteuse,
La femme pâle aux yeux de lune enfiévrés,
Je l’ai vue arriver sur une jument grise
Dont tous les os saillaient : un squelette marchait !

Elle montait à l’envers, amazone maudite,
Comme bien sûr tant d’hommes avant, cet animal.
Elle venait me prendre et d’un baiser mordant
Répandre en moi sa fièvre, empoisonner mon sang…

Je fuis, mais elle me suit ! Je cours, la dame vole !
Chasseresse engendrée par un feu de luxure,
Je ne puis échapper à son courroux vengeur…
Elle est là, elle m’atteint… Ses doigts brûlent… Ah ! Je meurs… !

En sueur je m’éveille ; ce cauchemar, encore !
Quel souvenir sinistre, et quelle noire humeur !
Apaisé par la lune qui coule sous la porte,
Je me détends, bien droit dans mon lit de velours.

La messe est achevée. La veillée se termine.
Ils sont tous à l’entrée : mes amis, mes parents,
Venus dire au revoir au malheureux Armand,
Emporté jeune par la Syphilis maligne…

A quoi bon ressasser… Fermons les yeux, dormons.
Le réséda embaume autour de mon linceul ;
Dors, Armand, car demain ce sera le cercueil,
L’obscurité, la fosse… Dors, triste compagnon !

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