"Trois petites goulées de mort pure (extrait)" par Nicolas Liau (texte en ligne)

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Conte paru dans le recueil "Quand je serai grand, je serai mort" (Ed. Les 2 Encres, 2008)


Parfois, je veux mourir. A me voir soupirer ainsi après la mort, on pourrait me croire issu de cette race des maudits qui naissent contre leur gré et reçoivent la vie comme une faveur bien encombrante, pressés d’en découdre avec leur propre existence. Mais je n’ai toujours demandé qu’à vivre.
J’aime la vie ; seulement, la vie ne m’aime pas ; elle est même toute disposée à me tuer. Car il y a dans cette vie, dans ce monde, quelque chose qui m’est nocif et dont tous les autres, dehors, paraissent s’accommoder, quelque chose qui me contraint à porter sans relâche un vieux masque à gaz.
Cette muselière de cuir, de métal et de verre qui me mange le visage tout entier est effrayante. A sa vue, les enfants s’enfuient en pleurant de terreur et les promeneurs portent instinctivement une main à leur bouche pour étouffer un cri. Elle me donne l’apparence d’un insecte monstrueux, que seuls les cauchemars peuvent engendrer, et me voue à une solitude irrémédiable, moi qui, de toute manière, aux lumières éblouissantes de la scène, ai toujours préféré la pénombre des coulisses.
Mais aucun cœur ne peut rester éternellement seul sans se mettre un jour à saigner. Le mien se noie dans une abondante hémorragie. Il ne bat déjà plus beaucoup.

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