"Traquenard sentimental" par Mizan (texte en ligne)
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Vous, l’infidèle, vous, sylphide que je nomme
« Mon Amour », vous alliez par les rues, l’œil fardé,
rêvant là de croiser quelque charmant jeune homme;
Mais vous n’auriez pas dû si loin vous attarder;
Car dans l’ombre soudain le faubourg se dérobe;
Il n’est plus de chemin, seulement le bourbier
des ténèbres que vient déranger votre robe.
Vous étiez chasseresse; Et vous voici gibier;
Vous vous pensez suivie sous la lune peureuse
d’un amant qui pour vous… comme vous, s’est perdu.
Sachez que je suis seul, ma tremblante amoureuse,
à marcher dans la brume où votre ombre a mordu.
Et j’ai vu dans vos mains soudain crispées d’angoisse
serré dans le réseau fossile de la chair,
dans l’empreinte connue des lettres que l’on froisse,
se briser ce collier qui vous était si cher.
Je me suis emparé de ces bris d’obsidienne
que pour signer vos pas votre griffe égrena.
N’est de ces verreries qu’à présent je ne tienne;
Je n’ai de poing serré d’où ne perle un grenat.
Ce lacet décharné n’offrant plus d’autres pierres,
laissez moi pour le moins dérober ces joyaux
qui brillent de terreur sous vos pâles paupières.
Donnez-moi ces deux yeux ravissants et royaux !
Donnez m’en du moins un ! Explorons cette gemme !
Et par elle en votre âme ensemble regardons !
Vous n’avez donc plus rien de la femme que j’aime !
Maudite, jetez moi cette chose aux chardons !
Laissons la se briser comme foudre qui craque !
Et pleurons d’avoir fait l’un vers l’autre le pas !
Jamais l’amour ne fut une bête qu’on traque,
puisqu’elle se rencontre et ne s’appâte pas.
Déroutons désormais la maudite chimère,
cette proie volontaire, et trompeuse –Voyez !-,
qui traîne ses chasseurs dans la défaite amère
et gave les ravins de cadavres noyés !
N’offrons plus un soupir à la bête qui brame !
Et bientôt, sans regrets, d’un geste résolu,
nous pendrons fièrement sur les murs de notre âme
le minable trophée de l’amour absolu.
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