"Samba Luna (extrait)" par Duprat Ombeline (texte en ligne)

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Bienvenue au Brésil! Attention, texte fantastique et érotique (bien que les parties thrash n'aient pas été présentées dans cet extrait).
Bonne lecture



Salvador Di Bahia, près de trois millions d'habitants et moi.
La fête battait son plein sur la place Terreiro Jesus et tandis que la population suivait avec frénésie le cortège des Trios Elétricos à travers les rues, je m'abandonnais sur un banc de pierre, las et fatigué par le remue-ménage ambiant.
Quelques Baianos -Les Brésiliens nés à Bahia- me jetaient des pales de palmiers à travers de la figure pour m'inviter à rejoindre le tumulte humain. Ils hurlaient, leurs visages couleur terre se déformant pour gueuler des propos que je ne voulais même pas essayer de traduire. Sans doute devais-je être une larve blanche sans aucun sens du rythme.
Les camions et les chars chargés d'enceintes géantes et de groupes de musiques peinaient à avancer dans la marée de bras et de jambes, de rires et de poussées hormonales. Il faisait chaud à Salvador. Si chaud…
Je regardais les femmes danser à moitié nue, leurs dents blanches tranchant avec la peau ocre de leurs visages. Je voyais leurs ventres enduits d'huile, brillant comme un phare dans nuit se nouer et se dénouer dans des entrelacs difficiles à suivre.
Ce soir, le rhum avait eu raison de moi. A tel point que je ne parvenais pas à bander malgré le nombre incalculable de chair fraîche et ferme me tournant autour.
Je continuais d'observer ces seins se balancer dans leurs prisons de toile et de paillettes de même que je distinguais les culs se trémousser sous les regards avides de jeunes males.
C'est à Salvador que je pris conscience de l'esprit animal de l'être humain, du légendaire comportement désinhibé dont pouvaient être capables les Brésiliens, comportement qu'ils revendiquaient tout autant que le football et le carnaval.
D'ailleurs ici, rien à voir avec celui de Rio. Pour simple déguisement, un tee-shirt et un short aux couleurs de son " Trios Electricos " suffisaient amplement. De même qu'il était inutile de travestir ses sentiments ce soir là : la foule était gourmande et avide, les effusions multiples et la samba dansée par ces bonnes femmes faisaient battre le cœur des hommes.
L'amour et la violence se côtoyaient dans ce ballet des mille couleurs.
Tout était rouge, or, terre de sienne et paillettes.
Le flot humain parvint à me happer à nouveau et je tournoyais dans cet ouragan poisseux, collant de sueur.
Mon esprit trop envoûté par l'alcool demeurait presque affable face aux mamelons que je voyais pointer sous les débardeurs des jeunes femmes. Je devinais leurs fentes à travers les shorts trop courts, moulant parfaitement des fesses en forme de goutte d'huile, rondes mais dures.
Je laissais aller l'une de mes mains à l'encontre de ces splendeurs enveloppées de jean et attendait que la gifle tombe, les yeux clos.
Elle se contenta juste de me faire " non " du bout du doigt en souriant d'un air mutin, tout en enlevant ma main ribaude de son séant.
Je me sentais vidé de toute mon énergie mais il était impératif que lutte. La moindre faille pouvait être mortelle. La moindre chute dans cette foule allait me valoir le piétinement de quelques milliers de personnes et la mort assurée.
Pourtant les autorités locales veillaient au grain mais ici, la seule embûche pouvait vite tourner au suicide.
Au bout d'une heure de cavalcade à voir des hommes et femmes torses nus se coller serrer, d'autres profitant d'une mare pour se tremper dans la boue et jouer de la terre sur leurs corps ruisselant de sueur, je regagnais mon hôtel près du rivage.
Le reste de la nuit, je le passerai à contempler d'un air morne le flot ondulant tristement sur le sable. Et sans doute à entendre les effusions et cris liés à la jouissance des uns et des autres.
Après tout, la pornographie n'était-elle pas l'érotisme des autres ?
Je m'asseyais tant bien que mal, tanguant du fait des remous de l'alcool et regardais la mer. La lune était haute, pâle, agressive mais j'étais trop amorphe pour manifester le moindre grognement à l'encontre de la lueur perturbant mes sens.
Quelques silhouettes marchaient sur la plage, l'homme tenant sa conquête par la taille en la faisant rire. Je débouchais une autre bouteille de rhum que je buvais goulûment, m'abandonnant à diverses pensées lubriques. Ma foi, j'étais bien dans le pays incontesté du sexe et de l'amour.
Mes pensées immorales succédaient à d'autres idées lubriques, repensant à ces culs énormes et soyeux, invitation du pêcheur à rentrer au port.
_Hey matelot ! Voilà un nœud qui arrive droit devant ! Va falloir t'amarrer à ma bite ma petite chérie !
Je riais de ma profonde débilité, pleurant presque du pathétique de la situation.
Moi, François, quarante ans passé, plutôt beau gosse, désespéramment seul, sans enfants, cadre dans une grosse boite, une rolex et un appart dans le XVI° et désespéramment seul, buvant du rhum à 4heure du matin passé avec une chique molle pendant de mon caleçon Dior…
Tandis que j'avalais une énième lampée de rhum, je crus entendre un cri au loin quelque peu atténué par le bruit des vagues. Un hurlement tel qu'il me glaça le sang et me fit enlever le goulot d'entre mes lèvres.
Je me redressai comme je le pouvais et portais toute mon attention vers là où je croyais avoir entendu ce déchirement vocal. Et celui-là n'avait rien à voir avec une exaltation due au stupre. Il y avait bel et bien deux ombres sur le rivage, l'une penchée sur l'autre, luisant étrangement.
Je frottais mes yeux et les réouvrais aussitôt. La personne auparavant courbée vers l'autre avait disparue, laissant un corps inerte choir dans le sable.
Je reposais ma précieuse bouteille d'alcool ambrée et me précipitais à l'accueil de l'hôtel pour que le réceptionniste s'affaire à prévenir les autorités locales.
_ Retournez dans votre chambre monsieur ! Vous êtes ivres !
_Je vous promets qu'on a agressé quelqu'un !! Sobre a praia !
_Il n'y a rien d'autre que des amoureux sur la plage monsieur ! Répliqua le jeune homme que visiblement je dérangeais dans ses mots fléchés. Boas noites !
_Oui c'est ça, bonne nuit !
Je franchis la porte du hall à une vitesse prodigieuse ou du moins autant que voulait bien porter mon corps ivre et me ruais jusque sur la plage. La lune m'éclairait malgré les quelques nuages la voilant tour à tour.
Il n'y avait rien là où je croyais avoir vu le corps. Seules quelques tâches de sang noires scintillaient légèrement sous les rayons de l'astre sélénien. Rien d'autre. Pas de corps, pas de traces, rien que le sang…

***

Le mal de tête me sortit de mon sommeil d'ivrogne. La langue jaune et pâteuse, la barbe hirsute, les cernes de dix lieues, empestant la sueur, je me levais avec quelques difficultés, en me débarrassant gauchement de mes fringues.
Après quelques ablutions pour me sortir de la torpeur dans laquelle je me trouvais, je m'habillais et courais jusqu'à la plage.
Le sable avait été ratissé au petit matin ne laissant plus rien transparaître.
La capitale était presque déserte bien qu'il fut midi passé. Seuls les agents de ville nettoyaient les rues poisseuses de Salvador, engluées dans le stupre et l'alcool, la sueur et la pisse. Une odeur fauve flottait dans toute la cité se mêlant à celle de l'eau javellisée projetée à grands jets pour désencroûter les trottoirs.
Je passais une bonne partie de la journée à errer dans les rues, évitant soigneusement les cortèges de sambas et de cuisses nues pour réfléchir à ce que j'avais vu. Peut-être avais-je seulement cru voir ? Mais… Et si c'était vrai ? …
La marée humaine monta jusqu'à moi quelques heures plus tard, venant me tirer de la contemplation de Sao Francisco et de son improbable décor baroque. La musique battait son plein sur les Trios et nombreux étaient les buveurs de bières suivant méthodiquement le camion bar en proférant des paroles relevant d'un faible niveau poétique. Je me laissais porter par la vague, ma chemise me collant au torse tout en faisant saillir mes tétons.
_Il paraît que les Français font l'amour comme des Dieux ? Dit alors une jeune femme noire en s'agrippant à mon bras.
Elle portait le costume traditionnel de la Samba avec une coiffure faite de plumes de pans ainsi que de boas retombant jusqu'au sol. Ses seins et son intimité Vénusienne étaient protégés par un soutien gorge et string à paillette laissant voir toute les courbes de son corps. Sa poitrine oscillait au rythme de ses pas tandis que je m'efforçais de ne pas trop la regarder.
_Et quoi, je ne te plais pas ? Finit-elle par dire face à ma pseudo indifférence.
_Ce n'est pas ça, mais je ne suis pas venu pour ça !
_Hey, vas à l'Eglise si tu ne veux pas ! Me lança t-elle furieuse.
Elle se perdit dans la foule, ses fesses charnues et rebondies soulignées par quelques mains alertes et perverses.
En voyant sa longue crinière de jais s'éloigner de moi, je commençais à regretter de ne pas l'avoir gardée auprès de moi même pour quelques minutes de plaisir fugace.
Nous continuons de descendre les onze kilomètres de rues bloquées par la police en l'honneur des Trios Electricos. J'avais mal aux pieds, j'étais fourbu mais je tenais à vivre ce Carnaval de rue comme il se devait.
Ma nuit se finit dans un bar situé près de l'hôtel. La musique était forte, sans doute trop mais je me laissais aller à cet assourdissement en consommant un verre de rhum au comptoir.
Il n'y avait que des filles dans cet établissement et l'une d'entres elles me regardait fixement.
Grande, métisse aux lèvres de sang, de grands yeux clairs, beauté créole se différenciant des poupées sculpturales à la peau d'ébène. Salvador comme la plupart de tous les états du Brésil comptait une véritable communauté africaine et j'avoue que voir une créole en ces lieux tenait du miracle.
Elle me lançait de savoureuses œillades en pressant ses seins entre ses bras lorsqu'elle s'appuyait sur le comptoir.
Je finissais de descendre mon verre pour me donner davantage de contenance et l'invitait à venir me rejoindre en tapotant un haut tabouret à mes côtés.
Elle se leva de son siège et se dirigea vers moi d'un pas chaloupé, faisant négligemment glisser son verre de Gin entre ses mains. Les nombreux bracelets dorés qu'elle portait tintaient doucement sur le verre.
_Bonsoir beau blanc.
_Vous parlez français ?
_Je parle toutes les langues du monde ! Répondit la diablesse.
Ses grands yeux verts me pénétraient et je me sentais déstabilisé par sa présence. J'évitais à tout prix de lorgner vers son généreux décolleté et trouvais un point d'ancrage en la présence d'une larme de rhum sur le bord de mon verre…
_Qu'es-tu venu chercher ici ? Me demanda t-elle de cette même voix suave teintée d'exotisme.
Elle s'amusait à sucer un petit glaçon tout en me parlant. Je voyais la pointe rose de sa langue aller et venir, tourner autour et l'engloutir entre ses grosses lèvres pulpeuses. L'eau fondait sur sa lippe qui se colorait d'un rouge intense, quelques gouttes ruisselant le long de son cou ocre pour venir se lover sur le galbe altier de sa poitrine.
Elle frissonnait de ce contact glacé et je pouvais voir le téton saillir sous la fin débardeur.
Je l'imaginais petit, brun auréolé d'un camaïeux terre. Puis j'imaginais le reste de son corps, son ventre bombé de muscles, ses hanches pourtant voluptueuses saillant sous la peau.
Le mont de Vénus, ah ! Adorable prairie où la toison brune devait être échancrée. Très échancrée même, dévoilant une fente des plus lisses. Je léchais mon verre comme s'il eut été la vulve de cette fille, mes lèvres allant à l'encontre d'un liquide sirupeux au goût de miel.
_Tu m'écoutes le français ? Quel est ton " potit " nom ?
_François… et toi ?
_Luna. Commé la " loune "…
Son rire était rocailleux, énigmatique à l'image même de sa personne.
Elle me raconta qu'elle venait des bas-fonds de Salvador, qu'elle avait grandit dans un taudis fait de tôles et de bois et où la fête n'existait que le jour du Carnaval de rue.
Elle s'en allait alors danser avec ses amies, juste vêtue d'un tee-shirt trop court laissant son ventre au regard de tous. Le bas de son corps se voyait calfeutré dans un short en jean déchiré de toutes parts. Elle ondulait telle un serpent, glissait ses bras autour des cous larges et musclés de quelques hommes. Elle adorait les voir haleter, les entendre lui susurrer des mots au creux de l'oreille, mots salaces, violentes, empreints de sperme et de cyprine.
Alors elle rejetait sa longue crinière noire en arrière et riait.
_Tu sais combien je vaux ?
_Pardon ?
_Dis un prix !
_Je ne vois pas pourquoi tu me demandes ça ! Je ne cherche pas à me taper une pute ! Répliquais-je comme pour me convaincre moi-même du pas que je ne devais pas franchir.
Elle rit, quelques mèches de cheveux se prenant dans les commissures de ses lèvres.
_A minha mãe era um pute ! Ma mère se vendait ! Elle m'a fait pour trente-neuf réal. Quinze euros si tu préfères.
A ces mots, elle tapa sur le comptoir et héla le serveur.
_ Beijo de Vampiro !
Puis elle se tourna vers moi armée de son verre et dit :
_Tu vois ça amour, c'est à base de Cachaça, la même plante que le rhum. Mais au lieu d'utiliser de la mélasse, on utilise les cannes à sucre vertes et fraîches… On a rajouté du lait, du Cognac, de l'eau et du jus de raisin. Mais je le préfère lorsqu'il y a un peu de sang…Goûte amor…
Elle porta le verre remplit du liquide rougeâtre jusqu'à mes lèvres. Je me voyais contraint à boire. Son regard était des plus soutenu et elle avait profité de cet instant où je ne pouvais me défaire de son étreinte pour m'accorder le plus beau des sourires. Les vapeurs de l'alcool picotaient désagréablement mes yeux, je me sentais comme envoûté, incapable de réfléchir et de penser correctement. Les lumières rougeâtres de ce petit bar miteux m'agressaient et ma tête bourdonnait. J'avalais d'une traite la moitié du verre même si l'alcool ravageait mon œsophage. Je le sentais tapisser mon estomac, provoquer des remous n'augurant rien de bon. Les vertiges s'emparèrent de moi, manquant de me faire tomber de mon tabouret. Je tanguais dans un bateau dont j'étais seul amiral, sur une mer démontée aux vapeurs de Cachaça.
Je voyais les lames heurter mon navire manquant à tout instant de me faire chavirer. Des tourbillons grisâtres s'élevaient ci et là, cicatrices vaporeuses sur un ciel de la couleur du sang.
Mes tempes me faisaient affreusement mal et mon cœur grondait au même titre que mes entrailles. Un abominable goût de fer envahit ma gorge tandis que j'essayais de maintenir le cap. Mais quel cap ? Un voile carmin se posa sur mes yeux et je me sentis partir loin, très loin, engloutis dans une mélasse rouge dont je n'arrivais à me défaire. Je sombrais. Mes doigts étaient englués de cette matière que j'essayais de m'extraire du visage.
Rouge, rouge, ROUGE ! Et au loin, une chevelure noire, un rire rauque sidérant mes oreilles.
_Mmh… Chéri, tu es réveillé ?

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