"Overdose" par Esther J. HERVY (texte en ligne)

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J’arrivais à la fac avec un léger retard ce matin là. La beuverie de la veille m’avait mis plus minable que d’habitude. Il faut dire que la fin des examens approchait et tout le monde avait besoin de relâcher quelque peu la pression. La tête encore embuée par toutes ces rasades d’alcool, je me demandais vraiment comment j’allais pouvoir tenir la distance face à un orateur qui n’aurait sans doute aucune pitié pour moi. J’avais vraiment déconné la nuit dernière. C’était ce matin qu’avait lieu ma dernière épreuve, et je trouvais le moyen de gâcher toutes les chances qui me restaient de quitter définitivement cet endroit que je ne supportais plus.
Tout en pressant le pas pour me rendre dans ma salle d’examen, je croisais le chemin de ce mec qui avait la réputation de vendre tout ce dont un junkie fauché pouvait rêver. Je l’appelais et il se retourna. Je lui fis signe de me suivre dans un coin à l’abri des regards indiscrets et il me rejoignit. Je n’eus même pas besoin de lui parler, il me présenta son stock de pilules qu’il avait à ma disposition. J’avais réellement besoin d’un remontant si je voulais cartonner et pas d’autres choix que de faire appel à ce sauveteur de dernière minute.
Il me donna une pilule après avoir pris en compte mes besoins. Je lui glissais un billet de 20 euros dans la main.
- Are you sure it's going to help?
- Dude, trust me, I got the goods, it's brand new, I only give it to my preferred customers! I should not tell you this, but I only sold a couple so you are lucky! I got your back my man!
Mmmm... Et le voilà encore qui me sert sa rap habituelle pour me vendre Dieu sait quoi et me faire croire que je suis spécial pour qu'il me fourgue la crème de sa came. Je comprendrais jamais les dealers, tu as déjà acheté et payé, pourquoi sentent-ils le besoin d'en rajouter? Ca me dépasse. Et puis, ca veut dire quoi? Qu'aux autres, il leur vend de la merde?
Enfin, j’allais pas non plus analyser à bloc les raisons d'un junkie, vendeur de came, j'ai assez de soucis comme ca, ce dont j'ai besoin c'est d'un bon boost pour me requinquer, pas d’une campagne de pub sur comment il n'a que de la bonne!
Je regardais la pilule dans le creux de ma main. Rien de spécial. Non pas qu'on ait la moindre idée de comment et de quoi elles sont faites. Je le regardais s'éloigner tout en me demandant si elle avait même un nom cette pilule ? J'avais complètement oublié de demander, ça en dit long sur combien j'avais besoin d'un bon remontant.
J'avalais la pilule et me dirigeais vers le labo. Je croisais Julien dans le couloir qui lui, sortait de la même classe. J'hochais la tête pour le saluer au passage et il me donna un regard insistant suivi d'un petit sourire de connivence.
Oh non, ca y est, je bargeotte à bloc, je me fais un délire parano. Comment pourrait-il savoir que j'avais pris de la dope? Mais le savait-il? Et comment le savait-il? Ou peut être que?
- Alors, comment tu la trouves ?
Marie passait à côté de moi en suivant Julien.
- Comment je trouve quoi ? lui demandais-je en lui attrapant le bras.
- Eh, Arnaud qu’est ce que tu fais, cria t-elle en se dégageant.
- Pourquoi tu me demandes ça, insistais-je
- Mais arrêtes pauvre taré je t’ai pas parlé !
- Laisse la tranquille, intervint Julien tout en entraînant Marie dans le couloir.
Je restai sur place, les observant s’éloigner. Les autres étudiants qui sortaient de la classe étaient restés à me regarder, interloqués. Certains d’entre eux me lançaient un regard méfiant, d’autres avaient un sourire moqueur au coin des lèvres.
Je poussai tout le monde essayant de m’esquiver sous les rires étouffés de mes camarades. J’ouvris la porte des toilettes en la poussant violemment et me précipitai sur un lavabo afin de m’asperger d’eau fraiche. Je me regardai dans le miroir salie par les éclaboussures d’eau et aperçu un visage blanc aux traits tirés dans son reflet. Je passai une main sur mon visage et me redressai. Je restai un moment appuyé, les mains posées sur la faïence, puis je quittai les toilettes afin de me rendre à l’examen pour lequel j’étais attendu.
Lorsque j’entrai dans la salle du jury, celle-ci était vide. Je regardai ma montre, il était 11h00. Pourquoi n’y avait-il personne ? Je fis le tour de la classe, des feuilles et des stylos étaient toujours posés sur le rebord des tables. Je m’approchai de l’une d’entre elles et constatai que tous les feuillets étaient blancs. Je continuai à déambuler, regardant autour de moi. Puis je jetai un œil par la fenêtre. Il n’y avait personne. Je tendis l’oreille. Pas un bruit. Je me rendis alors compte que le campus semblait avoir été abandonné par tout le monde.
Je me ruai alors vers la porte pour me retrouver dans le couloir. Je courrai vers l’entrée du bâtiment pour constater que celle-ci était fermée à clef. Je criai à l’aide, personne ne répondit à mes appels. Je fis demi-tour, ayant l’idée de sortir par la fenêtre de la salle de classe. J’ouvrai la porte avec empressement. Le jury me faisait face, visiblement contrarié.
- On ne vous attendait plus Monsieur Lehman.
Abasourdi, je regardais autour, cherchais le nom sur la porte, un numéro, quelque chose de familier tout en cherchant de manière frénétique dans ma mémoire une explication. Bien sur, c'était tout simple. L'épuisement! Je me suis trompé de porte, puis j'ai probablement eu un autre petit épisode de délire parano. Décidemment, j'étais bien plus fatigué que je ne le pensais, paradoxalement je me sentais plus alerte et éveillé que jamais. Curieusement, je remarquais des choses dont je n'avais jamais fait cas, et me posais des questions qui ne m'avaient jamais traversées l'esprit. Je repensais à mon reflet dans le miroir, mon visage pâle. Jamais avant j'avais pensé ou remarqué qu'on pouvait avoir différents tons de pâle, et je me sentais encore plus con à analyser le ton de pâle de mon visage. Pale c'est pâle non? Quelle sorte de folie douce s'était emparée de moi que je commençais a disserter sur les nuances de blanc! Ce putain de dealer, mais qu'est qu'il m'a fourgue comme merde cette fois. C'est la deuxième fois coup sur coup qu'il me fait un plan foireux.
Puis une voix me tira de ma rêverie.
- Would you care to join us?
Tiens donc, parlant du loup... Il était là, assis à la table du jury avec les professeurs venus des différentes universités que comprenait le département. Qu’est ce qu’un dealer de bas étage foutait dans le jury ?
J’entrai et refermai la porte doucement derrière moi. J’avançai lentement vers le milieu de la pièce. Leurs regards fixes étaient braqués sur moi. J’aperçus du coin de l’œil, deux autres personnes au fond de la salle. Deux mecs balaizes, droits comme des ‘i’. Leurs silhouettes imposantes ne donnaient pas vraiment envie d’aller se frotter à eux. Je croisai mon regard dans le grand miroir du fond. Mon teint était devenu jaune. Jaune pâle ? Mais pâle comment ? Oh putain ça y est j’étais en train de recommencer à délirer sur les nuances de couleurs bizarres que ma peau semblaient vouloir adopter depuis ce matin.
Le dealer me fit un signe de la main, m’invitant à venir tirer un sujet au sort. Je pris un papier, puis le relâchai… En attrapant un autre avec hésitation. J’aurais juré le voir sourire… Intérieurement. Je jetai finalement mon dévolu sur une feuille. La grosse dame brune à côté du dealer me l’arracha des mains et lu à haute voix « La place des drogues dans les traitements médicaux contemporains ». Je sursautai.
Elle me désigna ma chaise et mon bureau, puis énonça « Vous avez 20 minutes pour préparer votre oral ».
20 minutes plus tard, alors que j’avais tenté de griffonner quelque chose de cohérent sur ma feuille, les deux balaizes se dirigèrent vers moi et m’encadrèrent, tandis que le dealer se levai et clamait dans l’enceinte glaciale de la pièce :
« Accusé, levez-vous ! »
 Oh, ca y est je comprends tout! Andrew, c'est un decoy qui pose comme vendeur de médicaments sur le campus pour piéger les étudiants. J'avoue je lui ai acheté une ou deux pilules par ci par la, des trucs sans ordonnance, mais bon c'est pas genre je prends de l'héroïne ou quoi. Il y en a des biens pires que moi même si je reconnais que c'est illégal. Je suppose que je vais être suspendu quelques jours ou quoi non? C'est pas un crime très grave que l'on a besoin d'y mêler la police.
« Accusé, levez-vous ! »
 Bon ça va! Vous allez trop loin, j'ai pigé ça va, répondais-je d'un ton alarme que je m'efforçai de rendre ferme. J'ai fait une bêtise, je ne recommencerai pas. Que voulez vous que je vous dise de plus!? J'ai avoué, alors on fait quoi maintenant?
Je les observe tous un par un, désespérément, essayant de lire l'expression sur leurs visages hermétiques. Même Andrew qui est toujours si anime est imperturbable.
Et a contre cœur, je finis par me lever, et je restai debout pendant ce qui semblait une éternité attendant une réaction. Ils étaient tous comme figes sur place, des statues. Apres quelques minutes d'un silence mal a l'aise, j'osais bouger un peu, les dévisageant avec anxiété.
A ma droite, un homme d'une 50ène d'années se tenait, à quelques mètres de moi. Je scrutai son visage a l'affut du moindre signe encourageant, un petit sourire, quelque chose qui indiquait que c'était une mauvaise plaisanterie qui allait s'arrêter dans un éclat de rires général. Mais putain, il ne bat même pas des paupières!! Attend là, comment il peut rester aussi longtemps sans même bouger un œil !? Ca va vraiment plus chez moi, ou j'ai perdu la notion du temps, ou l'anxiété me joue des tours.
Apres une longue hésitation, je me dirigeais vers l'homme. Je progressais de plus en plus, et j'étais si proche que je pouvais voir les poils dans ses narines qui ne bougeaient pas non plus ! Contre tout bon sens, presque par reflexe, je tendais la main pour le toucher et au moment ou ma main aller rentrer en contact avec cette statut humaine, je me réveillais dans les toilettes.
J’étais allongé sur le carrelage froid et humide. Je bondis pour me relever mais patinai dans ce qui semblait être un liquide rouge et visqueux. Je me retrouvai la face la première contre le sol, baignant dans une mare de sang. J’étais presque nu. J’aperçus sous la fenêtre mon pantalon et mon tee-shirt impeccablement pliés.
Je réussi finalement à me relever, me hissant au lavabo, mes mains laissant de grosses traces pourpres sur la faïence immaculée. Je croisai un visage aux yeux hagards dans le miroir.
Puis, frénétiquement, je m’inspectai, essayant de découvrir l’origine de la plaie qui avait laissé s’échapper une aussi grosse quantité de sang. Pourtant, je ne me sentais pas faible, je me sentais même plutôt en bonne forme, exception faite de cette panique qui montait en moi à la vitesse d’un cheval au galop.
Je n’avais rien, pas une égratignure. Je fus soulagé de constater que ce n’était pas mon sang. C’est au bout de quelques minutes seulement que je me rendis compte que je tenais un couteau dans la main. Je le regardai avec effroi.
Puis, dans le miroir une vision d’horreur me pétrifia. Je pivotai sur moi-même pour me retrouver face à Marie qui gisait sur une toilette, la gorge tranchée.
Une main me saisit le poignet pour le bloquer, je sursautais et me dégageais, reculais vivement et portais la main a mon flanc, rien, pas de plaie. Je regardais Professeur Roux qui se tenait devant moi un regard amuse et un demi sourire aux lèvres, je me retournais pour voir les étudiants assis dans la classe derrière moi puis reportais mon attention sur Professeur Roux.
Je me tenais devant mon prof, hébété, amorphe, dans un état second, sans bouger, sans parler. Pense, pense, pense. Les lèvres de Professeur bougent. Concentre-toi, pourquoi ses lèvres bougent? Il bouge, je bouge dans tout les sens suivant le même rythme. J'entends une voix:
 Arrêtez de me secouer!
 Est ce que vous m'entendez?
Et des sons pêle-mêle provenant du reste de la salle.
- Il n’entend rien, il ne réagit pas, il semble être catatonique, en état de choc.
J'entends des voix que je ne reconnais pas. Je continue à gigoter et un son sec et fort vient de s'ajouter aux voix suivi une douleur cuisante sur ma joue droite. La vision de mon œil droit est teinte d'un ton de rose fonce, rouge, violasse. Ca serait plutôt du rose soutenu mais, du rose avec un ton de bleu, les contours sont un petit peu plus clair, plus rosées que rouge. Je m'arrachais de force a ma contemplation détaillée des couleurs et me demandait bien comment je pouvais percevoir une coloration dans mon champ de vision avec un oeil tandis que l'autre ne la voyait pas. Une sensation grandissante de chaleur et d'engourdissement m'envahissait qui avait pour épicentre la douleur aigue dans mon bras droit.
Je suis entourée d'une sensation molle et plaisante. Je flotte. Le Professeur est parti, et j'entends plus de voix ou de brouhaha. Le voile de couleur rougeâtre, ou est ce rosée? Est encore vaguement devant mon œil droit mais il semble s'être grandement dissipé. Je ne sens plus de chaleur sur ma joue droite non plus. Je crois bien qu'en fait la pilule que Julien m'a refourguée fait enfin de l'effet, je pète la forme comme après une bonne nuit de sommeil réparateur. Je me sens d'attaque, une bonne douche bien chaude, et je crois bien même que je vais me faire griller un steak pour mon petit déjeuner avec quelques tranches d'oignons sautés, ca devrait parfaire mon début de journée.
Pour une fois, Julien ne m'a pas bourre le mou sur les vertus bénéfiques de sa came. J'ouvre les yeux. Il doit être très tôt encore car ma chambre est noire, pas la moindre lueur, il doit y avoir une panne d'électricité dans le quartier, un générateur qui a disjoncté. Enfin, dans tout les cas, à en juger par le manque totale de lumière du jour filtrant a travers les persiennes, il est beaucoup trop tôt pour me lever « C'est trop cool, non seulement je me sens au top mais en plus, j'ai encore du temps en extra pour dormir! »
Je me retourne machinalement sur le côté et mes yeux se posent sur le radio réveil placé sur la table de chevet. 11h47. 11h47 ?!! Je me redresse précipitamment, soulevant mes draps et les envoyant valser à l’autre bout du lit. Je bondis à la fenêtre de ma chambre et écarte le rideau. Dehors, il fait nuit. Je me retourne et jette à nouveau un œil au réveil. 11h48. Je cours dans la salle de bain et empoigne la petite radio sur le lavabo. Je regarde l’écran digital. 11h48.
Je retourne à la fenêtre, la rue est vide et calme, comme en pleine nuit. J’empoigne mon jean et mon tee-shirt sur la chaise et m’habille rapidement. Je descends quatre à quatre les marches, ouvre avec fracas la porte d’entrée et me retrouve sur le perron, scrutant les environs.
Rien. Pas un bruit, pas âme qui vive. Les réverbères éclairent lugubrement la rue de leur triste couleur orange. Je regarde les maisons alentours. Aucune lumière indiquant une quelconque activité. Je tourne la tête à droite et aperçoit au loin l’enseigne verte clignotante d’une pharmacie. Je fonce vers celle-ci me persuadant dans mon sprint que tout ceci n’est qu’une coïncidence. Arrivant près de la croix verte lumineuse, je lève la tête : 11h51.
Je pris alors ma tête dans mes mains pendant qu’une douleur fulgurante traversait mon crâne de part en part. Je tombais à genoux sur le bitume froid et humide et me retrouvais allongé sur le dos, ma vision se troublant, mais pas assez pour deviner la nouvelle heure qui venait de changer : 11h52.
Je fermai les yeux, comme pour essayer de me réveiller, mais lorsque je les ouvris à nouveau, la pendule indiquait 11h54. J’arrivais à me mettre sur mes jambes péniblement. J’étais seul. Il était 11h54 un vendredi matin et il faisait nuit. La rue était déserte et les maisons endormies. J’avais l’impression que le cours du temps avait changé, que tout s’était inversé.
C’est alors que j’aperçus du coin de l’œil une silhouette tourner au coin de la rue, s’approcher de moi. C’était Marie. Je ne l’avais donc pas tuée. Je pressais le pas a sa rencontre et la hélais de la main en criant son nom:
 Marie!!
La silhouette restait à égale distance, je commençais à courir et hurlait comme un perdu...
 Marie! Marie!
C'était un de ses cauchemars sans fin ou rien n'avait de sens et toutes les aberrations mentales s'imbriquaient pour former une trame infernale d'évènements incongrus où la réalité, le rêve et le délire avaient émergé en un seul et même plan de réalité. Une porte s'était grande ouverte et je naviguais dans un univers d'incohérence. A bout de souffle et a court d'idée, je m'asseyais au bout milieu du trottoir. Je contemplais les dalles grisâtres teintes d'un fondu de beige, pas a proprement gris, vaguement écru, un gris a base jaune. Je relevais la tête et Marie était toujours la qui marchait vers moi à la même distance, il faisait toujours noire et comment le trottoir était éclairé par la lumière du jour. Je relevais la tête et la voix de Marie, accroupie devant moi, me passant la main sur le visage.
- Qu'est ce que tu fais assis sur le trottoir comme ca de bon matin? Tu n’as pas l'air dans ton assiette. Je lui prenais la main et je me relevais tandis qu'elle me soutenait et je me sentais affaibli et je me laissais aller contre elle tandis que nous marchions en direction de mon immeuble. Je tirais le trousseau de clés de ma poche sans lui parler et le mettais dans sa main. Elle ouvrait la porte d'entrée et nous étions dans le vestibule avançant sans parler vers l'ascenseur, presser le bouton, la porte coulissait ouverte et nous nous engouffrions dans la cabine étriquée de l'ascenseur. Je poussais le chiffre 5 et je sentais mon corps s'élever à vitesse égale puis prendre de la vitesse, passe 5, 6, 7, j'appuyais frénétiquement sur 5, poussais le bouton Stop! Rien on continuait à monter a vitesse fulgurante tandis que je sentais le corps de Marie se rigidifiait et sa bouche figée dans un cri muet de terreur. Je fermais les yeux. Je suis en train de tripper encore me disais je. Il suffit d'attendre et la scène devrait changer une fois de plus comme elle l'avait fait incessamment jusqu'à présent. Comme je me concentrais a arrêter la scène, je sentis l'ascenseur ralentir j'ouvrais les yeux, je voyais a travers la porte que nous étions stabiliser entre deux étages, je concentrais mon attention et l'ascenseur bougea lentement en direction du 5 je le regardais intensément et ajustais l'ouverture de la porte au niveau exacte du 5eme étage ou il s'arrêta. Je m'attendais a voir la porte coulisser et s'ouvrir devant moi découvrant le long couloir qui menait a mon appartement quand tout a coup je me sentais aspirer dans le vide, on tombait en chute libre!! Je paniquais et serrais Marie qui hurlait à pleins poumons dans mes bras. Je priais a haut de voix: « Mon Dieu arrête toi, putain! » et l'ascenseur doucement tressauta, ralentissant sa chute, je regardais le sol et je voyais a travers le fond de l'ascenseur que celui ca avait stoppe très proche du sous sol et nous avions frôlé l'écrasement de plein fouet a 20cm prêt du sol. Marie me regardait toute secouée.
Je la fixais, ébahie moi-même par cette chute impressionnante et la mort affreuse à laquelle nous venions d’échapper. Marie se dégagea de mon étreinte et se jeta sur la porte de la cabine d’ascenseur en tambourinant avec force.
La lumière tressauta. Je levais la tête et regardais l’ampoule grésiller. Mon regard fut attiré par un coin du plafond d’où un écoulement d’eau commençait à glisser le long des parois. Je tendis le bras et touchais du bout des doigts, c’était de l’eau sans aucun doute.
Mon attention fut attirée par un autre endroit du plafond d’où une petite rivière commençait à prendre forme également. En fait, plusieurs petites rivières se créaient et maintenant, les quatre murs ruisselaient. Les rivières laissaient place à des fleuves et nous commencions déjà à patauger comme dans une mare aux canards. Marie essaya d’ouvrir la porte de l’ascenseur à la force de ses mains, mais ses efforts se révélèrent vains. Je regardais vers le plafond et commençait à taper du poing en sautant. Les plaques de métal ne se bougeaient pas malgré mes tentatives.
Nous avions maintenant de l’eau à hauteur des genoux. Marie, dans sa panique, avait glissé et s’était donc retrouvé trempé des pieds à la tête. J’aurais juré que la température avait baissé de plusieurs degrés. De la buée sortait de ma bouche et de celle de ma compagne d’infortune lorsque nous ouvrions la bouche.
« Au secours ! » criai-je. Je m’époumonais comme cela plusieurs fois mais personne ne semblait entendre mes supplications. L’eau arrivait maintenant au dessus de nos nombrils. Marie regardait autour d’elle, à la recherche d’une sortie qui n’existait pas. Elle commençait à trembler de froid et ses lèvres avaient viré au bleu.
« Aidez-nous ! Nous sommes coincés dans l’ascenseur et il y a une fuite d’eau ! »
Personne ne venait, nous allions devoir nous débrouiller seuls pour nous sortir de ce mauvais pas. Dans un acte désespéré je me jetai alors plusieurs fois contre la porte, la cognant de mon épaule, donnant des coups pieds et des coups de poings contre celle-ci. Elle ne bougeait pas d’un pouce.
J’avais de l’eau jusqu’au cou à présent. Marie, plus petite que moi du se mettre à nager pour garder la tête à l’air libre. L’eau était glacée et je ne sais pas combien de temps nous pourrions subsister dans un tel glacier.
Ca y est, je n’avais plus pied. Je battais des bras et des jambes pour ne pas couler. Le niveau de l’eau montait toujours, et bientôt nous allions atteindre le plafond et là, il n’y aurait plus d’issue possible. Nous allions mourir noyés dans une cabine d’ascenseur, sans que nous sachions comment cela avait pu arriver.
C’est alors que les portes s’ouvrirent, nous fûmes emportés par les eaux torrentielles se déversant dans le couloir. Mon crâne cogna lourdement le mur et Marie vint s’écraser contre moi.

J’ouvris les yeux. De nouveau. Ce qui m’avait semble t-il tiré de mon état d’inconscience était le bruit aigu de sirènes de police...Ou d’ambulances. Un homme était penché sur moi. Il approcha de mon visage un masque à oxygène. Il se retourna, fit un signe, probablement à l’un de ses collègues puis s’adresse à moi :
- C’est ça de vouloir faire le malin, petit connard.
Je sursautai. En fait je sursautai dans mon esprit car je ne pouvais pas bouger. Un pompier m’avait-il bien chuchoté de pareils mots à l’oreille.
- Bien fait pour ta gueule, sale drogué.
Ces autres mots je ne les avais pas entendus, je les avais perçus. Il me parlait sans bouger les lèvres, il me parlait sans me regarder, il me disait ces terribles paroles pendant qu’il était en train de tout faire pour me sauver la vie.
Je fus pris de convulsions. Trois hommes arrivèrent en courant vers moi. De la salive commença à monter dans ma bouche pour dégouliner sur ma lèvre inférieure. L’homme pâlit. Il passa de rosé à vaguement beige. Puis blanc. Oh putain je suis en train de crever sur un trottoir et voilà que je me remets encore à bargeotter sur les différents tons de pâle. Il m’a refourgué vraiment de la sale came cet enfoiré. Une fois sorti de là dedans je jure sur tout ce que j’ai que je vais lui faire payer son arnaque et ses coups foireux. Ma poitrine se met à sauter dans tous les sens et deux hommes essaient de me tenir tandis qu’un troisième enfonce une longue seringue directement dans mon cœur. Je sens l’épine de fer me transpercer et une décharge électrique me paralyse le bras un peu plus. Mon corps se raidit dans une ultime tentative d’échapper à tout ca. Ca s’affaire autour de moi, ca panique même je crois. Eh les mecs détendez vous, vous me foutez les boules, là. Je ne vais quand même pas crever la comme ça entre vos mains ?
Petit enfoiré de pompier, je jure que je t’ai vu sourire avant que tout s’éteigne. Même que ton visage était redevenu un peu rose… Vaguement rosé quoi.

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