"Noir" par Plûme Casséz (texte en ligne)

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Quand il fermait les yeux,
Il voyait un ciel noir, tout empli de ses peurs.
Il entendait des choeurs dont le chant
Emplissait l'atmosphère d'une manière
Ignoble.
Tout n'était que frayeur.
Quand il fermait les yeux,
Il faisait tournoyer tous les paysages
Qu'il avait déjà vus dans sa tête
Pour meubler ce noir si intense,
Si épais.
Barrière infranchissable.
Mais quand il les rouvrait,
Il se sentait envahi par une joie
Plus grande, plus haute, plus immense
Que l'univers entier.
Il voyait les couleurs, et les cailloux brillaient.
Il voyait les nuages,
Apercevait le vent, le rayon de lumière,
Se jetait dans le rouge
Du champ de coquelicots.
Son coeur explosait et battait,
Plus fort que l'océan.
Et les choeurs entonnaient un hymne de bonheur,
Un véritable hymne d'extase.

Il pose sa main sur le bois de son lit.
Il passe et repasse ses doigts entre chaque barreau.
Il fait tourner à mille à l'heure les neurones dans sa tête.
Et il pleure.
Il avance sa main et tâtonne des doigts.
Il cherche, essaie. Il n'y arrive pas.
Il se demande à quoi peut bien ressembler tout cela.
Il tremble.
Son coeur se tait.
Une voix au loin chantonne un étrange requiem.
Il ne saura jamais ce qu'il ne connaît pas.
Les choeurs sombres s'approchent
Il pourrait presque voir leur ombre ténébreuse
Dans le noir de ses yeux.
Il se souvient du chant qu'il détestait pourtant
Il glisse son doigt sur sa joue,
Essaie de deviner s'il ressemble à son père.
Puis il saisit un objet, long, plutôt fin.
Les poils du pinceau sont doux, si doux.
Le peintre le repose,
Pose sa main sur son coeur en naufrage.

Sa mère est là.
Elle regarde.
Elle regarde et pleure.
Il ne l'a pas entendue, ne pourra pas le voir.
Jamais.
Sa mère est là.
Elle s'approche,
Lui prend la main.
Et il se réfugie contre elle.
Il a les yeux ouverts.


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