"Noces de cartilage" par Mizan (texte en ligne)
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Poète, qu’à ta rime elle soit sourde ou non,
moi –Sais-tu ?- je t’entends chanter à la dérive.
Ecoeurée, je t’écoute accorder son doux nom
à l’amour qui t’inspire et dont elle te prive.
Renonce à la revoir ! Rature tes écrits !
Oublie son nom, ses yeux, sa silhouette claire,
son mépris. Oublie-là ! Epargne lui tes cris !
Crois-tu, sans plaisanter, crois-tu pouvoir lui plaire ?
Délaisse l’encrier, pauvre sot que tu es !
Tes poèmes usés, tes lettres, et tes brèves,
ne la séduiront pas. Mais si tu te tuais
tu verrais les remords s’emparer de ses rêves;
Tu la posséderais. Et si tu t’enflammais
pour un plus vaste amour, si tu faisais en sorte
qu’un décès nous unisse et nous soude à jamais,
ton empreinte en son cœur n’en serait que plus forte.
Il est l’heure pour toi d’accepter ton destin.
Je te ressemble tant, si maigre, si affreuse.
Ma caresse est ton repos. Ta chair est mon festin.
Admets cette union ! Choisis ta tombe ! Et creuse !
Car je suis ta promise et ne puis plus tenir
pour consommer ici ma plus tendre alliance.
J’entends déjà le glas sonnant pour nous unir.
Il est temps. Point ne faut que la mort se fiance.
Qu’attends-tu ? Pourriture ! Excrément ! Cancrelat !
Vas-tu te décider à mourir, à me prendre
pour épouse, à jamais ? Cette main, ouvre là !
Par amour, elle t’offre un anneau pour te pendre.
Et pour lors, mon chéri, mon amour, mon cher ange,
avant de te glisser sous le large linceul,
nous entrerons tous deux le rituel étrange;
Puis, dans un long soupir, mon amant trépassé,
t’invitant par-dessous le voile rare et lisse,
pour la première fois tu pourras m’embrasser
dans ma flamme et ma fange. Et dans ce froid délice,
là tu succomberas sous le feu des accords
nés des miasmes noirs d’un orgue maléfique.
Et sans aucun témoin je porterai ton corps
par-delà l’huis de bois d’un cercueil magnifique.
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