"Mawu, légende Africaine" par Duprat Ombeline (texte en ligne)

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Voici un texte brut ayant donné naissance à une nouvelle fantastique que j'espère pouvoir bientôt mettre en ligne... Bonne lecture...

A George W.K..

[…] Elle se perd dans le sable, laissant ses pas s'effacer sans même avoir le temps de s'ancrer au sol.
Elle hume les vents du désert, le souffle chaud qui la consume et se perd dans les vapeurs du narghilé, dans les teintes safranées de ces femmes venues du Sud.
Elle voit les soucs, les crieurs, les soies précieuses, elle tourne sur elle-même et se laisse entraîner, pleure de joie, larmes de sable, son visage est une dune et elle s’offre à son dieu.
Il la fait fondre, la consume, la réduit en cendre et les vapeurs s’éloignent. Il y a un dromadaire non loin d'elle, des touaregs, ces hommes dont les muscles semblent sculptés dans l’ébène, luisant sous la sueur, collés aux voiles et aux tisses de couleurs.
Ils ne la voient pas cette déesse aux yeux d’or et à la peau de cuivre.
Ses bras sont tatoués de signes que seuls les anciens peuvent lire, apparaissant à la surface de sa chair en des lettres de feu, son sang bouillonne, il est rubis jaune dans ses veines d’or. Son haleine est encens, ses paroles fumées et volutes. Sa voix est la musique du vent soufflant dans les pales des baobabs géants.
Elle est l’oasis dans le désert et ses gestes sont la grâce de l’araignée tissant sa toile, narguant la suée du matin.
Ses doigts de fée brodent les étoles venues d’ailleurs et elle se drape dans d’improbables habits faits de lumière et de poussière : le blanc pur de la neige que l’Afrique offre peu, comme si elle était faite des neiges éternelles du Kilimandjaro lointain.
Et lorsqu’elle saigne, lorsque le sang coule sur ses jambes, il est comme une traînée d’or fin, miroitant sur le caramel de ses cuisses, fondant sur ses genoux de cuivre et faisant scintiller les runes secrètes de sa peau.
Ses veines se voilent d’or lorsqu’elles voient le soleil et se consument aussitôt pour ne laisser voir que de mystérieuses cicatrices dorées.
Elle est l’éclat, la voix du désert, muse des hommes du désert.
Elle se nourrit des rires et des sourires des enfants du Mali, vogue de cases en cases, éblouissantes et prodiguant soins et caresses.
Les corps luisent à la lueur des bougies et elle se repaît de ces corps d’ébènes sculptés par Allah ou la Terre, prodigieuses peaux de bois irriguées par des veines au sang rubicond où se perd toute la sagesse des anciens.
Elle aime leurs voix graves, leur tendresse et leur respect.
Les femmes sont des princesses d’un autre temps, tour à tour prêtresses aux robes de lumière et simples citoyennes du monde, mère d’enfants ne réclamant que l’amour de leurs Amalthée.
La poussière perturbe sa contemplation de ces peuples et elle sait qu’il est temps pour elle de repartir.
Elle est l’Harmattan, l’Eole Africain qui poursuit sa route au gré des pleurs qu’elle doit essuyer.
Ses doigts de sable effleure la larme et la font fondre comme neige se meurt au soleil, comme la fleur s’effraie de la chaleur.
Elle crée l’univers aidé de son serpent Hwedo.
Les hommes le saluent comme il a salué Dieu et s’en va faire le tour de la terre pendant qu’elle soigne les maux.
Elle est la nuit, la lune, le sable froid du désert qui gèle les pieds de marbre noir des Hommes.
Elle est le foyer de paix des animaux et des âmes laborieuses qui trouvent dans ses rayons de quoi tisser des nattes de sommeil.
Le soir, si vous vous promenez dans un vallon de terre, peut-être la verrez-vous danser dans sa lumière, sa peau d’or brillant par delà les plaines arides et les montagnes, par delà les plus grands arbres que peut compter l’Afrique. Vous la verrez scintiller comme autant de feux follets échappés des tombes les plus noires, les corps arrachés à leurs demeures le temps d’un été en l’honneur de Zanahary.
L’homme noir la contemple depuis sa case, l’odeur fauve des chèvres se mêlant aux poivres fins et aux bois richement sculptés.
Et il voit prendre vie devant lui, les légendes de sa terre, tous peuples confondus, ils sont frères ne faisant qu’un, face à l’adversité du monde. Il les vénère, qu’ils soient dieux Malgaches ou Dieux Bété, Bakuba ou Zoulous, Bantous du Rwanda ou Wafipa du Zaïre, unis pour les saluer.
Alors il danse avec la lune, laisse le vent du soir, caresser sa peau et le sable fouetter délicieusement ses chairs. Il saigne mais ces soirs là, c’est du sang de sable qui coule sur ses joues. Ses larmes sont or sur sa peau noire qui laissent à la surface des cicatrices ineffables .
Il la voit se faufiler entre les rayons de la lune, entre ses propres rayons, il veut la suivre par delà, arracher les chairs de son dos et libérer ses ailes d’homme libre. Déjà son sourire blanc fend la nuit et ses pieds tracent le sillon délébile dans la poussière. Le vent souffle ses pas et le sillage laissé par la pointe de ses ailes.
La nuit est envahit par les odeurs musquées de la jeune femme qui danse et tourne, touchant les étoiles de ses cheveux teintés de jais. Ses yeux couleur de nuit s’offrent à l’apex du firmament et elle aussi sourit au monde.
Sourire des anges.
Sourire de neige dans cet océan de feu.
L’air est chargé de senteurs raffinées de l’encens, sauvages et brutales des animaux de son fils Age.
Elle est le tourbillon au milieu de la nuit et ses cheveux fouettent le sable à chacun de ses mouvements. Chacune de ses arabesques est une extase, un délire pour le simple homme qui la voit à travers les vapeurs de l’opium et des houkas.
Le fantôme à la peau de cuivre, aux tatouages divins et ancestraux, gravés dans sa chair, offert à la vue de tous. Mais personne ne peut la voir vraiment.
Ephémère, volatile, elle rend l’homme libre fou. Il se perd dans les méandres de ses désirs, de ses prières et n’a pour seul dessein que celui de la rejoindre en haut de la dune pour tenter de l’approcher et la vénérer. Elle est la luciole dans l’obscurité, le phare dans la brume du port de pêche, une boussole pour les cœurs esseulés et l’étoile la plus brillante parmi toutes celles dont elle peut regorger l’univers.
Elle continue sa route sur les chemins poussiéreux, promenant son corps au gré de ses pas, le cuivre se faisant bronze et l’or toujours plus or.
Elle se nourrit de ces éternels sourires d’enfants, des baisers sur les mains de ces femmes aux visages comme des masques anciens, ridés et vénérables. Elle aime le bruit des bijoux ciselés claquant les uns sur les autres, les perles rouges et blanches sur ces peaux faites dans la douceur de sa nuit, le maquillage pour les transes et les cérémonies diverses.
Elle finit toujours par s’asseoir révérencieusement dans un dispensaire pour observer et guérir d’un sourire candide les maux de l’enfance.
Les mères la chantent, la louangent en faisant voler leurs drapés et les hommes tressaillent, les flammes dansant sur leurs bustes les soirs de fêtes.
La jeune femme au sang d’or liquide comme la poudre repart bien après, laissant derrière elle le tumulte heureux des villageois pour s’enfoncer à nouveau dans la nuit.
Alors, sa peau se fait argent, calquée sur la couleur de la lune.
Mais ils ne voient que l’or et ses éclats danser au loin parmi les dunes proches.
Lorsqu’elle déambule en titubant gaiement dans la savane, les herbes s’enflamment sans se consumer. Elle disparaît dans la fumée, riant aux éclats d’un rire pur, enfantin.
Sans nom.
Divin.

***
Mawu sourit et un éclat d’éternité jaillit, traversant eaux et forêts. Il heurte le navigateur solitaire, traverse les poudres, sillonne les rues de quelques mégalopoles que même les nombreuses bouches fumantes ne peuvent détruire. Et l’homme libre s’entête à la courser, chercher à humer l’air qu’elle respire comme cherchant lui-même à gagner l’immortalité.
Mais il ne peut arriver à ouvrir ses ailes et elles s’écornent, raclées sur le sol, plumes déchirées. Il croit que c’est du sable qui coule aussi dans ses veines mais c’est bien du sang, rouge, rubis dans le désert.

Le vent du Sahel souffle sur son visage, fait voleter les quelques plumes encore en parfait état et il se charge de toutes les senteurs. Il ferme les yeux et il voit la mer, les Blancs par delà la grande bleue, les ports de pêches, ses frères de sang et d’espoir. Plus proche de lui, il voit les civilisations Arabes, ces autres fils d’Allah et il s’abrite dans ses rêves sous les arches de pierre et de terres cuites pendant que les marchands hurlent et les femmes surveillent leurs enfants et ceux des autres, assises et parées comme des reines, dont seuls les yeux émergent de leurs gangues d’étoles. […]

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