"Les survivants de la planète bleue" par Irisyne (texte en ligne)

Les autres textes en ligne | Publiez vos textes ?.

19 mai 2257. La Voie Lactée et des myriades d'étoiles saupoudraient un ciel d'encre noire comme un immense tapis parsemé de pierres précieuses. Un gigantesque train spatial se frayait un passage entre les éclats de lumière scintillante. Il traînait derrière lui un long sillage poudreux. La trace blanche qu'il dessinait dans l'espace s'achevait en pointillés et laissait deviner sa trajectoire. Il avait jailli d'une planète bleue qui paraissait à cet instant aussi petite qu'un ballon.

L'engin propulsé dans l'atmosphère avait quitté une terre meurtrie par les cataclysmes météorologiques et nucléaires et la réduction de la couche d'ozone. Les guerres mondiales, la pollution, les épidémies, la pénurie d'eau, la contamination des aliments, la résistance accrue aux virus avaient décimé la majorité de l'espèce humaine. Les survivants s’étaient adaptés difficilement à des conditions de vie de plus en plus précaires.

La planète bénéficiait d’une technologie interstellaire avancée. Aussi, lorsque les autorités mondiales avaient proposé aux rescapés de tous les pays de quitter la terre grâce à cette «chrysalide spatiale» géante afin de découvrir une nouvelle planète "porteuse de vie" dans la Voie Lactée, un grand nombre d’entre eux avait accepté l’incroyable aventure.

L'engin sidéral nommé "The Survivance Train" qui glissait à une vitesse vertigineuse dans le cosmos était plus qu'un moyen de transport interplanétaire. Il symbolisait la préservation de l'espèce humaine aux confins de l'univers.

Le voyage cependant s'annonçait périlleux et les passagers ne pouvaient connaître la destination de leur périple avant d'avoir dépassé le cortège de toutes les planètes du système solaire.

Mars la rouge fut la première. A plusieurs milliers de kilomètres au-dessus d'elle gravitaient Phobos et Deimos, les deux astéroïdes satellites qu'elle avait capturés. Depuis quelques années, Mars était explorée par les hommes mais cette planète sèche, au relief accidenté, ne pouvait abriter toutes les formes de vie comme sa voisine, la Terre.

La chrysalide s'approchait de plus en plus rapidement des planètes rocheuses qui ceinturaient Jupiter. Les passagers effrayés, s'enfoncèrent dans leurs fauteuils mais l'engin spatial se fraya un passage entre les monstres de pierre sans en effleurer aucun.

La technologie des transports spatiaux en 2257 était des plus performantes et la programmation de l'itinéraire du "Survivance Train" avait été établie depuis la terre jusqu'à Pluton. Le développement de l'astronautique avait déjà permis de réaliser ce parcours en navette spatiale jusqu'à Uranus.

Lors de leurs explorations, les missions américaines Voyager avaient révélé l'existence des satellites de Jupiter. Les plus gros, les Galiléens : Io, Europe, Ganymède et Callisto pouvaient même être observés au télescope depuis la Terre. A cet instant, ils semblaient à portée de main comme quatre petites agates aux nuances contrastées.

Un peu plus tard, le train spatial dépassait Saturne, la géante gazeuse. Encerclée par une kyrielle d'anneaux, elle semblait virevolter comme une toupie. La chrysalide fusait dans l'atmosphère. Les deux planètes qu'elle venait de dépasser étaient gigantesques.

Uranus, plus petite, se différenciait par sa forte inclinaison qui provenait certainement d'une collision avec un autre corps céleste. Observée depuis la terre, Neptune, la huitième planète à partir du soleil ressemblait à un disque bleu-vert. Lorsqu’ils furent très proches d’elle, quelques passagers imprimèrent un geste de rotation avec leur index comme pour la faire tourner sur elle-même.

Enfin Pluton, la minuscule boule de glace du cortège, se profilait dans l'espace. La chrysalide avalait à une prodigieuse allure les ultimes kilomètres qui la séparaient du dernier astre du système solaire.

A cette distance, le trajet effectué par le «Survivance Train » marquait la fin du programme de vol spatial réalisé par les scientifiques depuis la terre.
La chrysalide quittait le bras de la Voie Lactée sur lequel gravitaient toutes les planètes pour rentrer dans un univers mystérieux jamais exploré par un vaisseau spatial.

La galaxie qui avait l’aspect d’un disque lumineux était enroulée en spirale. Lorsque le train spatial pénétra dans le renflement de son ventre, la densité des étoiles avait considérablement augmenté.

Disséminées en amas globulaires ou en nébuleuses, ces pépinières d’objets célestes surgissaient comme des feux d’artifice. Les passagers fascinés par la féérie des couleurs qui explosaient sous leurs yeux ne se lassaient pas d’observer le spectacle. Pendant quelques instants, ils en oublièrent l’angoisse de leur voyage.

Soudain, ils aperçurent un immense trou noir. Hyper-massif, il représentait plus de deux millions de fois la masse du soleil. Son existence connue depuis longtemps des scientifiques était également signalée par une forte émission de photons de haute énergie.

Cependant, les chercheurs n’avaient pas prévu la très forte attraction que ce gouffre gigantesque pouvait exercer sur la minuscule chrysalide. Lorsque les pilotes du train pressentirent le danger, ils essayèrent de corriger leur itinéraire mais en vain. Les commandes de pilotage ne répondaient plus. Le fonctionnement de la technologie spatiale de l'engin s'était arrêté d'un seul coup.

Happé par le gouffre, le «Survivance Train » disparut. L'énorme trou noir qui venait de le dévorer referma ses entrailles derrière lui.


Les passagers hurlaient de terreur dans leur compartiment sans éclairage. Les pilotes impuissants ne maîtrisaient plus l’engin spatial qui était balloté d’un côté à l’autre dans les profondeurs d’un tunnel sinueux comme un labyrinthe.

Une heure s'était écoulée. Les mouvements oscillants de la chrysalide engloutie dans une zone totalement inconnue semblaient s'effectuer au ralenti. Les passagers s'agrippaient à leur fauteuil mais aucun d'entre eux n’était blessé. De même, l'engin n'avait pas subi de dégât matériel important. Les survivants ne criaient plus mais leurs visages décomposés et leurs membres tendus révélaient la torpeur effroyable dans laquelle ils avaient été plongés.

A ce moment-là, aucun d'entre eux ne pressentait les évènements étranges qui s'annonçaient. Une rumeur courait dans le train. Dans de telles conditions, les passagers auraient du périr et pourtant tous étaient vivants. Brusquement, la chrysalide fut plongée dans un long couloir sombre. A l'extrémité de celui-ci des lueurs blanches rayonnaient comme du cristal.

Bien qu’ils fussent toujours plongés dans l’obscurité, les survivants ressentaient une douce chaleur et des sensations de calme et de paix. Peu à peu, ils s’accoutumèrent à l’étrangeté de l’aventure.

Les commandes du train spatial semblaient répondre à une force inconnue. Au bout du couloir, les passagers percevaient leur nouvel environnement. La lumière de plus en plus éclatante atteignait une brillance surnaturelle non éblouissante mais l’aspect le plus extraordinaire du périple survint lorsque la chrysalide réduisit sa vitesse et s’arrêta doucement. Autour d’eux, les passagers découvraient un espace infini rempli d’une intense clarté.

Les scientifiques avaient la preuve de l'existence d'autres systèmes solaires dans la Voie Lactée mais détournés de leur itinéraire, aspirés par un trou noir géant jamais exploré, les survivants avaient perdu l'espoir de découvrir à travers la galaxie, une planète pour les accueillir.

Les systèmes technologiques internes du train fonctionnaient à nouveau. Pendant une heure, les techniciens effectuèrent tous les tests nécessaires pour analyser la composition de l’atmosphère à l’extérieur. A leur grand étonnement, ils constatèrent que les conditions biologiques étaient similaires à celles de la terre. Les passagers pouvaient sortir de la chrysalide.

Les techniciens furent les premiers à descendre du train spatial. Leur démarche était hésitante. Le sol et le ciel se confondaient à l’infini et il fallut quelques minutes aux passagers pour s’habituer à marcher dans cette atmosphère ouatée. Etonnamment, tous éprouvaient des sentiments de bien-être.

Dans semblable mésaventure, les pensées et les émotions les plus angoissantes auraient pu leur traverser l’esprit mais les survivants n’étaient aucunement effrayés.

Ils ne s'éloignèrent pas de la chrysalide et s'installèrent dans cet étrange lieu sans paysage, sans relief ni limites qui bouleversait leurs connaissances. Leurs perceptions, leur état d'esprit, leurs pensées se modifièrent. L'univers qui les entourait semblait chargé d'une nouvelle dimension à la fois spirituelle et culturelle.

Ils ressentirent peu à peu les manifestations subtiles de cette évolution qui s'inscrivait en eux. En s'ouvrant à cette intelligence invisible qui les initiait à la connaissance des univers et d'eux-mêmes, ils étaient empreints d'une nouvelle compréhension. En même temps, leurs peurs et leurs angoisses disparurent.

Un lien indicible s'établit entre tous les survivants malgré leurs différences raciales, sociales et culturelles ainsi qu'un nouveau mode de communication qui ressemblait étrangement à de la télépathie. Unis par les épreuves et forts de cette expérience extraordinaire, ils ne doutèrent pas de repartir. Ils avaient grandi. Ils étaient l’humanité et le monde était en eux. La continuité de la vie existait dans leur mémoire. Il était temps pour eux de poursuivre leur route.

Un matin, la chrysalide reprit son envol interstellaire. Aussi mystérieusement qu’elle avait été avalée par l’immense trou noir, elle jaillit hors des entrailles du monstre. Lorsqu’elle dépassa Charon, une lune proche de Pluton, les pilotes reprirent les commandes de leur machine. Le « Survivance Train » qui longeait à nouveau le cortège des planètes du système solaire n’avait plus qu’une seule destination : la Terre.

Lorsqu'ils plongèrent dans l'atmosphère terrestre, les survivants ressentirent l'harmonie privilégiée qui régnait entre le soleil et la terre et les effets de leur création résultant de cette fantastique synergie : l’existence de la vie… Pour retrouver leur identité et leurs racines, ils devaient remonter le temps et sauver la planète bleue.

La chrysalide qui glissait à une allure folle dans l'espace était devenue invisible. Elle transportait des passagers de tous pays. Lors de son atterrissage dans une zone complètement désertique, les terriens ne détectèrent pas sa présence.

19 mai 2007. Les humains ignorent encore que les passagers d’un train spatial venu du futur les ont rejoints pour sauver la Terre. Les survivants se sont séparés et ont retrouvé leurs pays d'origine. Ils ont dompté le temps et les abysses d’un gouffre infini dans l’univers. L’illimité vit en eux, ce sont les enfants de l’espace qui connaissent le vrai visage de la vie.

© Irisyne | Laissez un commentaire.

Liens partenaires & sponsors : Littérature érotique | Accrobranche | Culture, Art & Musée Paris | BD érotique | Tatouages & Bijoux | Littérature

Voici quelques unes des recherches ayant mené des visiteurs sur cette page : texte sur la planete, textes planetes , la planete neptune dans le futur, survivant de la planete, planete terre futur hors pollution, vaisseaux spatiaux voyage infini, les survivants nouvelle, gouffre train, les derniers survivants de la terre futur, lettres minuscules scintillantes, les survivant de la planete bleu, la planete bleu pluton, texte de planete, irisyne, sauver le planete bleue.