"Les écumes de l'exil" par Mizan (texte en ligne)
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Sous l’astre délaissé comme un fruit trop amer,
parce qu’il fallait fuir ce monde à l’agonie,
le vaisseau qu’on nomma « l’Idéal » prit la mer
sans signe d’au revoir et sans cérémonie.
S’éloignèrent alors les murs de la cité
et leur incandescent volcan de cheminées.
Ainsi notre cercueil par la brise invité
s’enleva dignement sur les mers inclinées.
Nous voguâmes, bravant les périls, nous frayant
un destin, prolongeant notre ultime croisière;
Et notre arche grinçait son soupir effrayant
et d’arrière en avant, et d’avant en arrière.
Notre journal de bord, encré de nos sueurs,
aux presses du roulis multipliait ses tomes.
Nous flottions dans la brume aux étranges lueurs
où tantôt nous croisaient d’autres drakkars fantômes;
De nouveau l’horizon sanglant nous rattrapât;
Et nous vîmes là-bas des pêcheurs de sirènes.
A la proue suspendu, le mousse était l’appât
qui embrasse et puis mord comme font les murènes.
Des pavillons en feu nous en avions vu cent;
Et puis ce capitaine, arqué sur sa béquille,
qui pourtant seul à bord, n’écopait que du sang;
Et toujours la tempête emportait notre quille;
Et jamais d’autre Eden… Nous voulions renoncer,
quand nous vîmes au loin une très petite île
lovée dans le brouillard comme un œuf enfoncé
sous son immense oiseau de brume volatile.
S’approchant, notre proue ne reçu d’autre accueil
que l’affront –semblait-il- d’une lame de roche,
ce récif assassin, cet implacable écueil
qui se fait éventreur de tout ceux qui l’approchent.
Notre esquif résolu, plein de fougue, agressif,
cravaché par l’éther, fendit sa trajectoire,
effleura les assauts du fantasque récif,
pour jeter au limon sa superbe victoire.
Nous sentîmes l’horreur à nos cœurs accoster.
Le navire défait de ses vergues solides
s’effondrait à présent sur un sol dévasté
fait de mille vaisseaux vainqueurs et invalides.
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