"Le sort et la fortune" par Raphaël Zacharie de Izarra (texte en ligne)
Les autres textes en ligne | Publiez vos textes ?.
L'aristocrate était marié à une sorcière.
Il était jeune, beau, galant. Elle était vieille, laide, méchante. C'était un mariage de raison : l'or avait présidé à leur hyménée. Une fortune pour tout dire.
Elle passait ses journées à maudire ses semblables, à cuisiner des recettes horribles dans son chaudron, à étriper des poulets. Lui, lisait des vers, rêvait dans les chemins, déflorait des pucelles.
L'épouse si joliment dotée valait bien quelque sacrifice, se disait le hobereau. Aussi le soir s'acquittait-il consciencieusement de son devoir conjugal, bien qu'il fermât les yeux pour ne point voir la grimace de l'amante qui lui tenait lieu de visage. Il l'aimait cependant beaucoup : durant l'acte il songeait aux tintements argentins des écus, ce qui lui donnait des ardeurs nouvelles. Des mots d'amour sortaient de sa bouche : il parlait pourcentages, taux d'intérêt, rentes...
La chambre nuptiale résonnait de chiffres tendrement soupirés. Dans le noir les rêves bancaires du hobereau conféraient beauté à l'épousée. Alors l'aristocrate rouvrait les yeux, les plongeait dans ceux de sa femme et y trouvait des diamants qu'il convertissait aussitôt en écus, mentalement.
Ainsi les jours du jeune homme furent heureux, lui qui porta le doux fardeau de l'or. Ceux de sa femme furent affreux : elle perdit un poumon lors d'une maladie héréditaire. Puis un cancer la rongea par le bas. Elle s'en sortit après d'atroces douleurs. N'importe ! Le sort lui fut autrement fatal : elle chuta d'un cheval lancé au galop, lui-même renversé par un bourgeois ivre qui traversait la route avec son gros âne. La tête de la rescapée du cancer cogna contre le coin d'une statue antique qui traînait sur le bord du trottoir. Son crâne ne résista pas au choc contre l'objet d'art.
Elle mourut après 33 jours d'agonie.
Raphaël Zacharie de Izarra | Laissez un commentaire.
- Le Cimetière de l'Ouest
- Misanthrope
- Vive le piratage des oeuvres !
- La plume d'un paon.
- La beauté d'une affligée
- Un beau spécimen
- Le vice masqué
- Une idylle
- Deux amoureux
- Berthe a manqué sa chance
- Rose-Alberte et ses lapins
- L'oeuvre du temps
- L'amant des laides
- L'ange des laides
- Éloge et défense de la laideur
- Lettre d'amour pour une femme laide
- Hommage à la laideur
- Procès de la laideur
- Les misères de la laideur
- Lettre d'amour à une jeune et laide bigote
- Le laideron et le gant blanc.
- La défaite de la laideur
- Laide et méchante
- Laide et appréciée
- Laide et luxurieuse
- Belle et macabre crucifiée
- Le vice et la laideur
- Lyre des mots
- Quand le chardon se fane
- La beauté déchue
- Laide et débauchée
- La belle ambiguë.
- La plume et le laideron
- Le plaisir des bigotes
- L'infortune de la laideur...
- La morale amoureuse.
- Le vice mal vêtu
- La beauté d'une gargouille
- Une froide beauté
- La ronce et la plume
- Abstinences et châtiments
- Leçon de choses
- Les vieilles filles
- Mon épitaphe
- Au cimetière.
- Au Père Lachaise
- Têtes d'enterrement.
- Un songe déroutant
- Un couple sans histoire.
- Un froid mortel.
- Je suis mort
- Un cadeau pour la Camarde
- Au jour glorieux de mes funérailles
- Deuil
- Torpeur cadavérique
- Une farce cadavérique
- Le testament d'un amant moribond.
- Un verre
- Une dépouille ambiguë
- Lettre à un défunt
- Une visiteuse
- Le fossoyeur et l'éplorée
- Une visite à la morgue
- Le convoi
- La grande Crâneuse
- Macabre baiser
- Celui qui est en moi
- Un rêve éveillé
- Une vision des choses.
- Rencontre au sommet.
- La Lune
- Entre Terre et Lune.
- Au clair de l'une, à l'ombre de l'autre.
- La face cachée de la Lune
- La pleine lune.
- Le statut d'auteur.
- La réalité est plus riche que votre imaginaire.
- La hauteur de ma tête
- Trésor d'avare.
- Un adorable tueur.
- Eloge de l'esprit petit-bourgeois.
- Eloge du vice.
