"Le Poète Noyé (poème)" par Djahrian (texte en ligne)

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Le Jour ouvre la vie de sa paume d'orfèvre,
Large comme un canyon et striée de rivières,
Tandis que des branchages antiques sous le vent
Bruissent, puis brassent l'eau en filets de courant.

La robe qu'elle revêt met la rivière en fête,
Son long sarrau bleuté tout en velours de lune
Et tout en soie de vent piquetée de fleurs d'or
S'enroule sans un bruit : entendez l'eau qui dort...

Mais c'est le crépuscule que je préfère à tous :
Cet instant laminé où se perdent en corolles
Mille chaudes couleurs, des souvenirs créoles,
Des promesses exotiques sur l'eau illuminée...

Depuis le fond de l'eau, moi qui n'ai rien à faire,
Je contemple les cieux - ces monceaux de lumière
Qui me parviennent, à travers les vagues mouvantes.

Et je crains chaque fois, voyant venir l'aurore,
Qu'un bateau téméraire, toutes voiles dehors,
N'accroche mon cadavre et le remonte à l'air.

Moi, privé à jamais du spectacle éphémère
Des radieux phénomènes, brefs- oui ! Mais éternels...

Moi, l'oeil témoin, Moi, l'ancien garde des eaux,
Moi, privé du liquide linceul de mes os...

Plus qu'un bon vieux cadavre,
Plus que l'humus terreux...

Adieu.

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