"Le petit poisson" par kuka (texte en ligne)

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Je ne sais pas si je dois débuter le 26 septembre 2003 par "salut cher Carnet..." Une expression standard, une expression qui m'a accompagnée tout au long du voyage de ma vie, mais qui a disparu soudain malgré moi depuis le 18 mai 2003 (pratiquement) ou depuis le 23 décembre 2001 (théoriquement).
Le 23 decembre 2003...Ouffff !!!!! Cela me semble trop loin !!!!
Je vais rafraichir ma mémoire et me rappeler des évènements qui ont causé la fin de la rédaction de mes mémoires.
Quelques extraits de la nuit du 23/12/2001:
"J'ai beaucoup d'examens...j'ai terminé ma première session d'Espagnole...j'ai fait un accident...S est venue du Brésil...j'ai achèt2 un cadeau à X...ma mère m'ennuie beaucoup ces jours-là…c'est ma vie, oui c'est ma vie !!!! et je prendrai les décisions qui ne reflètent et n'explicitent que mes propres pensées et convictions...N va se fiancer...A va se marier...je commence à détester les mariages...Carnet dans quelques jours tu seras renouvelé..."
Une semaine passa et X m'a offert comme cadeau de Noël un nouveau Carnet tout en imposant sa présence sur la dernière page de ce dernier en imprimant un tout petit poème:
"Une jalousie m'a toujours tué
Des feuilles blanches d'un Carnet
Alors j'ai enfin décidé
D'écrire quelques mots dans ce trésor caché
Tu es ma fille bien aimée
Une amie, une copine à jamais
Un premier amour ne sera oublié
Bien qu'une fin pourra être déchirée"

Et comme il l'a prévu, la fin a été déchirée.
Je regarde ce carnet, la plupart de ses feuilles sont toujours intactes et blanches, je sens l'odeur de la poussière en les feuilletant, je me rappelle de la forte tension qu'a encontree ma vie en les touchant, et ce qui me surprend...c'est la dernière page...la dernière page non blanche, qui a refusé d'avoir une date...
Je ne fais que parler de mes amies...F, N, Z et un peu de moi...
J'ai détesté ce carnet, d'ailleurs je n'ai jamais senti qu'il est proche de moi, je n'ai jamais senti qu'il dévoile mes sentiments, mes pensées, mes croyances les plus réelles, les plus "moi".
En 2002, j'ai fait la connaissance de Y, un autre monde, une autre histoire, une réalité.
Les évènements se répètent: il m'a offert un carnet comme cadeau...j'ai essayé oui j'ai essayé...j'ai rempli quelques pages et soudain j'arrête pour ne plus revenir le 18/5/2003.
C'est la date qui a fermé à clé la fenêtre de mes rêves, qui a clôturé le chemin de mes ambitions, le trajet de ma "légende personnelle".
Que s'est-il passé ???
Je termine l'histoire de mes carnets par un texte qui ne dévoile qu'une confusion totale, qu'une personne profondément perdue, qu'un être gravement triste...
Je dis:"je me sens au bout du vallée, que faire??? Me consacrer à mes études??? Penser à mon voyage??? Chercher un boulot??? Je ne sais pas, je ne sais rien...Il existe quelque chose qui me stimule et me pousse à combattre tous les obstacles, à arracher toutes les épines, pour réaliser mon rêve, pour accomplir ma "légende personnelle" comme Paulo Coelho reprend et reprend dans ses romans, je ne sais pas...je ne peux plus supporter..."
Et je termine.
Point à la ligne...non il n'y a plus de lignes...
Parfois, il me semble que j'ai peur d'ouvrir le carnet...que j'ai peur de mon crayon...oui de mon crayon...parfois il me dit trop de choses jusqu'au point où je me sens minuscule…minime…comme une goutte d'eau dans l'Atlantique!
Parfois, non trop de fois, les mots imprimés cruellement sur les feuilles blessent mon âme et m'intimident...
Les mots commencent à s'écouler outrageusement, sévèrement...rien ne les arrête même pas ma main, qui s'avère impuissante devant une réalité déchirante, prenant le crayon comme épée et les feuilles du carnet comme moi-même.
La réalité qui ne cesse de me tuer et de me tuer, si ce n'est pas moi c'est alors les rêves que j'ai créés et dessinés tout au long de mon existence.
Pourquoi je suis triste????
Je pose cette question immuablement...
Je ne veux pas dire que ma vie est idéale, mais je mène une vie assez confortable, une vie calme, bref une vie modeste...
Je n'ai jamais souffert de problèmes familiaux, j'ai pratiqué des écoles et des universités prestigieuses, j'ai des amis fidèles...en résumé une vie normale.
Malgré tout cela, je sens qu'il y a beaucoup de choses qui me manquent et c'est très difficile de les définir ou les décrypter...
J'ai l'impression que ma vie (jusqu'à maintenant) a été organisée par tout le monde, mais pas moi.
Depuis ma naissance, jusqu'au moment présent je ne prends que des décisions ingénues, des décisions naïves qui n'ont aucun impact sur le déroulement de ma vie...
Quelles sont les décisions majeures qui ont marqué ma vie?
Faire le Bac Français
Choisir l'option maths
Entrer à l'Université Saint Joseph
Choisir comme domaine : L'informatique
Entrer à l'Ecole Supérieure des Affaires pour faire mon MBA

C'est l'éducation qui décide une très grande partie de notre vie.
Elle décide notre entourage, notre niveau, nos amis, notre profession, enfin notre avenir et pourquoi pas notre destin...
Eh bien, toute cette éducation n'a pas été décidée par moi...oui pas par moi-même...
C'est incisif de regretter des moments supposés être les plus irisés de notre existence.
Un isthme est une bande de terre entre deux mers...un pont relie deux terres...un tunnel traverse une ou plusieurs montagnes afin de joindre deux régions, deux villes ou deux pays...
Je suis un isthme sur un pont dans un tunnel !!!!
Trouve-t-on une métaphore aussi intensive pour refléter une personne aussi perdue???
Parfois, je sens que je ne suis pas la seule à souffrir de ce problème.
Aujourd'hui beaucoup de personnes ont perdu leurs repères.
Ce mélange olympique entre les traditions, les moeurs et les civilisations pousse l'être à oublier ou plus loin à ignorer ses racines, les grains qui l'ont fait fleurir, la terre qui lui prépare son plus long sommeil...
Je ne nie pas que j'aie possédé beaucoup de moments spirituels et mirifiques. Ils sont comme un arc-en-ciel, trop beau, très irréel mais éphémère.
Avec le temps nous discutons à propos de notre vie, nos expériences, nos amours, nos querelles,...nous ricanons parfois et pleurons d'autres fois.
Nous nous trouvons déçus, surpris, tristes, contents, ambitieux, optimistes, pessimistes, satisfaits ou insatisfaits,...
Un panier plein de toute sorte de sentiments, de réactions et d'expressions.
Au fond tout au fond de ce panier, l'arc-en-ciel trouve son abri confortable, il chante la sérénité et danse avec nos âmes.
Il s'enfuit du matériel, de la conscience et cherche le spirituel et l'inconscient.
Il prend le risque, il va à l'enquête du trésor...
Trésor??? Quel trésor???
C'est le fabuleux trésor qui dévoile le secret du bonheur.
Secret du bonheur??? Quel Secret du bonheur???
C'est le secret de tous les temps, de tous les hommes...
C'est le secret de toi, de moi, c'est le secret de l'être...
Je ne le sais pas!!! je ne le connais toujours pas...c'est pour cette raison que je suis toujours triste...
Cela fait 23 ans que je le cherche, partout, dans les yeux des hommes, dans les miracles de Dieu, dans le chant des oiseaux, dans la beauté de la nature, dans la foi des religieux, dans le rythme de la musique, dans la noblesse et les sacrifices des martyres, dans les mots des écrivains, dans les vers des poètes, dans les rêves d'un adolescent, dans l'innocence d'un enfant, dans les fantasmes des jeunes, dans la passion des amoureux, dans la solitude d'un orphelin, dans le mystère de la mer, dans la lumière luisante du soleil, dans le charme de la lune, dans le règne des étoiles durant une nuit d'été...
Dans, dans et dans...je ne le trouve pas!!!!
Parfois j'ai l'impression que j'en suis très proche, j'en suis à deux pas...Soudain tous les dons de l'humanité font en sorte que le secret figure un mystère.
Je ne comprends pas pourquoi j'ai décidé de me lancer dans l'écriture, de me plonger dans l'encre de mon crayon et de céder aux réflexions de mes pensées...
Je suis comme un petit poisson dans un océan, il se sent apte à la vie sur les continents, il ne sait pas que s'il a quitté l'océan son rêve se traduira en quelques instants en une mort cruelle.
Peut-être, ma foi, le poisson connait son sort. Il n'a pas peur de sa mort parce que c'est moyennant cette dernière qu'il annoncera l'avènement de son éternité.
Mais quelle éternité???
L'éternité n'est-elle pas le désire de tout homme, de tout vivant???
Mais quelle éternité???
Les religions célestes croient en une vie éternelle, cela veut dire une vie sans fin...
Mais qu'est-ce qu'une fin??? si la mort n'est que le commencement d'une autre vie...
Ce n'est pas évident pour la plupart des scientifiques qui ne croient qu'à la matière, qu'au matériel, qu'à l'hypothèse vérifiée, la réaction prouvée et l'équation équilibrée (rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme).
Les religieux contre les scientifiques, eux ils ont leurs propres convictions et ils laissent le reste du monde plonger dans des questions sans réponses, des questions qui font peur un démon légendaire, qui font pleuré un criminel...
Moi, bien que je me trouve noyée le plus souvent dans ces questions qui font trembler Ulysse, j'ai adopté la thèse d'un troisième parti.
Eternité = Ecriture.
L'écriture, oui l'écriture...comme les écrivains, les poètes, les historiens, les philosophes, et beaucoup d'autres qui ont réussi à s'éterniser grâce à leurs précieux manuscrits.
Les prophètes ne sont-ils pas éternels??? et ce n'est ni grâce aux scientifiques non plus aux religieux!!! c'est grâce aux personnes qui ont rédigé leurs paroles et qui nous ont poussé à répéter leurs histoires, à admirer leurs aventures, à reprendre pour des siècles leurs contes...
Je désire être éternelle.
Pourquoi??? Comment???
Le "comment" je viens de le résoudre. Le "pourquoi" me surprend...
Ai-je peur de la mort? c'est ce qui me diffère du petit poisson.
Pour lui la mort est un tunnel, un tunnel séparant le corps de l'âme.
Le corps qui demeure dans la terre pour se perdre dans ses mystérieuses profondeurs et qui finit par se décomposer en de très petites particules dites atomes comme l'assure Platon.
Quant à l'âme, il traverse le tunnel, atteint le monde spirituel et se perd dans ses miraculeux ou effrayants secrets.
Je n'arrive pas à accepter que je ne suis qu'une simple passagère comme beaucoup d'autres, signant rapidement leur présence sur la terre et brusquement s'en vont sans aucun avertissement.
Suis-je égoïste??? Suis-je aussi matérialiste??? je ne le crois pas...mais je refuse ce détachement aussi atroce entre corps et âme...
Pourtant je ne veux pas être faible vis à vis du mystère qui m'attend, qui nous attend!!!
Vous ne croyez pas que l'homme mérite une explication...Il n'a pas choisit sa naissance, il a droit à choisir sa fin et comme le dit Kundera dans la valse aux adieux "Il faut avoir au moins une certitude : celle de rester maître de sa mort et de pouvoir en choisir l'heure et le moyen"...
Cette peur de ne plus exister, cette peur de perdre les personnes que j'aime et ceux que je n'aime pas, m'envahit sans cesse, surtout pendant le silence féroce de la nuit, durant les moments les plus effrayants de la vie.

Je ne sais pas ce que je suis en train de faire...je saute d'une idée à une autre...cela fait plus que trois heures que j'écris...les heures me semblent des instants, des instants parce que les beaux moments ne durent jamais comme le dit François Valéry.
Est-ce que je cherche à m'éterniser par l'écriture?
C'est une question que je ne cesse de poser...
Mais, voyons, est-ce que je possède le don de l'écriture??? ou bien ce que j'écris n'a pas de sens??? Du n'importe quoi...
Enfin de compte, est-ce que c'est ce que j'aime faire dans la vie?
Jusqu'à cet instant, je n'ai découvert aucune passion!!!
On dit que l'être humain en a trop, mais parfois il passe toute sa vie à les chercher sans y parvenir...ou bien il les trouve mais quand c'est trop tard...
Dans les deux cas, la tragédie de l'homme s'impose...

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