"L’Amour par le Sang" par Améthyste (texte en ligne)

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Cette nuit ci, Elizabeth se réveilla d’un sursaut, les sens en éveil ne sachant si la froideur de ce rêve était chimère ou bien réalité.
Le décor sombre de ce jardin funèbre lui semblait être inconnu, les arbres gigantesques sous l’allure envoûtante du vent lui murmuraient un chant bucolique, mais ce qui vint à soutenir son attention, fût cette ombre qu’elle vit au loin, un reflet aux allures majestueuses qui se déplaçait par la poigne du vent.

Elle marchait à travers les sépultures, sans souffle ni pensées afin de rejoindre l’ombre qui se dévoilait rapidement à elle, sous la fumée épaisse du brouillard, elle put apercevoir un jeune homme vêtu tel un prince, à la peau d’une blancheur envoûtante où se dissipaient les rayons étincelants de la lune, ses lèvres étaient recouvertes d’un rouge foncé, tandis qu’un large sourire recouvrait les fossettes qui se creusaient sur ses joues roses, ses cheveux noirs ondulaient le long de sa tunique blanche pour se noyer dans le creux de ses hanches, ses yeux prenaient l’apparence de saphirs verts pénétrants l’âme d’Elizabeth.

Elle fut surprise d’apercevoir le jeune homme se déplacer aussi vite pour la rejoindre, si vite que le vent n’aurait su le vaincre durant sa course.
Il se tenait là, derrière elle, l’enlaçant et lui offrant une morsure délicate. Du cou d’Elizabeth il s’abreuva de ce liquide rouge qui se dessinait le long de la gorge pour se confondre avec les frissons glacés qu’Elizabeth ressentait

« Ce n’est qu’un rêve » se dit-elle.
De larges frissons parcouraient son corps nu, assise au bord de son lit, elle ressentit une douleur à la gorge, elle y porta sa main, et vît que la douleur provenait d’une morsure. Avait-elle réellement rêvé ?

A présent éveillée, elle ne pouvait se rendormir suite à ce genre de rêve qui transporte l’âme dans un autre monde, là où tout est possible, où même le chant des loups devient une douce mélodie qui berce le cœur.

Elizabeth se leva d’un bond et se dirigea vers l’ouverture béante de la fenêtre et y laissa vagabonder ses pensées.
Des cris étranges venant du clocher vinrent attirer son attention, des hurlements aigus et poignants. Elle dirigea son regard et vit un bal magnifique qui flottait dans l’air telle des feuilles transportées par la poigne du vent. Ces petites créatures de la nuit qui vivent au sein de la Mort et ses complices, injustement diabolisées par quelconques inepties, étaient ce qu’Elizabeth n’avait jamais vu d’aussi beau durant ce chemin de vie.
Les chauves-souris se tenaient là, non loin d’elle, à la quête de nourriture, aussi libres que des ombres errantes.

Le jour commençait à se lever, et les pensées d’Elizabeth se noyaient à même la nuit, tandis que cet étrange rêve lui restait en mémoire.

Perdue depuis de nombreuses heures entre chimère et réalité, Elizabeth fut prise d’un violent vertige qui envahissait ses pensées les plus obscures. Le bruit de la ville qui s’éveillait lui rappela à quel point son existence était fade et triste. La réalité des choses était évidente : Un rêve, rien qu’un rêve !

Elizabeth resta enfermée chez elle à lire un de ces fameux livres qui arrivent tant à la faire rêver. Tout en poursuivant sa lecture, une pensée envahie soudain son esprit : « je lie trop, ce doit être cela, mon rêve a été influencé par mes lectures » mais oubliait t-elle la marque sur son cou qui quand à elle est bien réelle.

La nuit précédente, Elizabeth fut transportée dans un rêve identique à celui qu’elle avait déjà fait.

La nuit enveloppait son corps nu et le vent s’élevait au loin en repoussant une brume épaisse où se dissipait l’allure majestueuse du jeune homme. Des cris sourds provenant du ciel rougeâtre dansaient au-dessus de l’ombre furtive d’Elizabeth. Le vent l’a frappa violemment tout en l’a faisant valser à travers ce jardin funèbre. Bien qu’elle fut transportée dans un rêve, elle tentait de se réveiller afin de mettre fin à cette chimère. Ses pensées étaient réelles, comme transportée dans un autre monde parallèle à celui des mortels, elle sentait son cœur battre tel un tambour véloce. Le combat qu’elle menait contre le sommeil fut soudainement interrompu par une main froide venant se glisser dans la sienne. Elle se retourna et vit le jeune homme la fixer et d’un air triste lui murmura :
« - Pourquoi me fuis-tu ? »
- Nous fuyons tous nos rêves, vous n’êtes que chimère » Répondit Elizabeth peu sur d’elle. »

Le jeune homme fut prit d’une profonde tristesse suite à la réponse d’Elizabeth, et comme pour échapper à cette déception, il se retourna et l’a prit dans ses bras.
« - Crois-tu que ce n’est qu’une chimère ? Chimère qui t’aurait laissé la preuve de mon amour. Ne ressens-tu pas cette preuve ? »
- Quelle preuve ? Je ne comprends pas. Qui êtes-vous ? » Rétorqua Elizabeth.
« La nuit est si belle n’est-ce pas ? Ne te souviens-tu pas, mon amour, lorsque nous avons scellés un pacte par une froide nuit d’hiver ? N’as-tu aucun souvenir de notre pacte ? Nous avions déversés notre sang l’un sur l’autre en guise d’un amour éternel. Nos sangs se sont mélangés pour ne former qu’un, nos âmes se sont alors unies pour l’éternité. » Sur ces derniers mots, le jeune homme déposa un doux baiser sur les lèvres d’Elizabeth et disparut dans le décor sombre de la nuit.

Elizabeth se réveilla en ressentant une étrange présence. Ses pensées vagabondaient entre les tombes de ce magnifique jardin macabre où elle fut transportée dans ses rêves. De nombreuses questions vinrent hanter son esprit.

Le jeune homme ne lui était pas inconnu. Elizabeth semblait se souvenir de certaine chose qu’elle n’avait pourtant pas vécue en cette même vie. Des souvenirs qui soudain, enjolivaient son cœur tout en l’a transportant au summum de la tristesse. Un sentiment de terreur l’envahi en voyant ainsi son passé, passé d’une autre vie :

Alors que la foule éclairait la sombre ruelle de ses flambeaux, Elizabeth se précipitait vers la chambre de son bien-aimé. Le regard fixe et vide, il l’a regarda et comme pour échapper à l’inévitable, lui proposa un pacte.

La présence du jeune homme n’était point désirée en ce village, la mort l’attendait par de là la foule qui s’agitait à travers la rue ou s’écoulait le sang de ceux et celles qui avaient essayé de leur barrer tout chemin.

« Je fuis depuis de nombreuses années les humains, tu as été la seule à me comprendre et à partager mon Univers. Nous savons tous deux que nous allons êtres séparés par la mort. Veux-tu, mon amour, rester à mes côtés et ce dans la mort ? Nos âmes seront ainsi liées pour l’éternité. » Reprit le jeune homme tout en serrant Elizabeth dans ses bras.

Ne sachant de quel pacte parlait son bien-aimé, Elizabeth accepta. Il prit sa main frêle et la déposa sur son cœur tout en lui vouant une douce morsure dans le cou. Elle fut surprise de ce geste et timidement lui demanda :

« - Pourquoi ? Veux-tu que j’appartienne à ton monde maintenant alors que tu me l’as toujours refusé.
« - Le temps presse à présent ! Écoute les hurlements des villageois, leurs cris transpercent les Ténèbres d’une rage immonde. L’humanité m’accuse d’être un monstre, mais ne rejette t-elle pas ses tords sur le mal qu’elle se créait ? L’humain cache la lumière des Ténèbres à travers la haine. Viens vite me rejoindre ! »

Un grondement fit écho à travers les pensées d’Elizabeth, la porte céda aux coups d’une horde folle qui se cachait dans la pénombre du seuil de l’entrée. Conduit par une rage hystérique, les villageois se dirigèrent vers le Vampire afin de le capturer. Les hurlements que le prêtre poussaient encouragé la folie qui hantait les villageois à poursuivre leurs envies de destruction.

L’ombre des flambeaux dansait sur le rideau rouge suspendu à la fenêtre et les flammes prisent d’une faim sans limite, rongeaient tout sur leur passage. La lueur du feu éclairait la pénombre de la pièce obscure, et les pensées d’Elizabeth furent bousculées par le fracas d’une poutre heurtant un homme.

Elizabeth se précipita vers son bien-aimé mais le monstre de feu lui barra tout chemin. Une épaisse fumée s’éleva et déposa son sinistre souffle sur les villageois.

Deux hommes se précipitèrent sur le Vampire afin de lui lier les mains. Elizabeth ne savait comment réagir face à une telle violence. Elle s’avança vers le vampire tout en défiant le feu qui consumait sa peau sans remord.

« Nous nous retrouverons ! Nos âmes sont à jamais liées, mon amour, à jamais liées, à jamais liées » Hurlait le Vampire.

Elle ne pouvait combattre la force des deux hommes qui l’a retenaient, et elle dut subir l’horrible spectacle qui s’élevait devant elle. C’est à travers le regard de son bien-aimé qu’elle vit la vie se faner laissant place à la mort, c’est à travers l’épée recouverte de sang qu’elle vit le cœur du Vampire se briser pour laisser place à la froideur du néant.

Elizabeth se précipita sur le corps de son bien-aimé, s’allongea près de lui tout en se laissant dévorer par le feu.

Les poutres s’effondraient sous la brûlante caresse du feu, les villageois, prient à leur propre piège, périrent entre les flammes de leur haine. La maison s’effondra et alla s’échouer sur la rivière qui bordait la demeure.

Elizabeth se réveilla sur une tombe, enlacée entre les rayons glacés de la lune. La brume épaisse retombait sur ses épaules frêles et le ciel rougeâtre éclairait les ombres furtives qui dansaient entre les tombes du jardin funeste. Elle s’agrippa à une statue qui ornait la tombe afin de se relever mais c’est une main froide et fine qui l’a rattrapa dans sa course.

« Te souviens-tu à présent ? » Lui murmura le vampire.
« Je me souviens, oui ! » répliqua Elizabeth, terrifiait par ses souvenirs.

Le vampire fixait tendrement Elizabeth. A présent réunis, il savait que l’amour allait renaître à travers la mort et les Ténèbres. La nuit, fidèle alliée, serait témoin de cet union formait par le sang et forgée dans les sentiments. La lune, mère de toutes créatures de l’obscure, éclairait les deux amants unis entre la chaleur du sang et de ses folles jouissances.

« Partons de cet endroit, le temps est venu de rejoindre nos Ténèbres. » Affirma le Vampire.

Elizabeth le serra contre elle et se sentie renaître entre les ombres de la Nuit. Sa vie présente n’était plus qu’un souffle qui allait se perdre à travers une tempête de mépris. Elle qui n’avait jamais, durant sa triste existence, ressentit le désir de poursuivre ce chemin épineux que suivent tant de personnes afin de survivre aux pièges que la vie déposent sur notre route. A présent unit aux Ténèbres et la Nuit, elle pouvait enfin se sentir libre et vivante.

Ils partirent tout deux en se noyant à travers le souffle du vent et rejoignirent ainsi leurs sombres et lumineuses Ténèbres.

Améthyste - 2006

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