"La nuit" par Annabelle Clocet (texte en ligne)
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La nuit, une autre dimension. Un voile s’abat sur le monde en fusion, un filet sombre qui ne veut plus rien dire. Seule, cette lumière qui jaillit du fin fond du ciel,reflète sur le sol pénétré d’idées macabres. On ne voit plus nos ombres…mais celles des esprits errants qui traversent et tâchent les murs de leurs empreintes indélébiles. On n’entend plus les chants ensoleillés des oiseaux…on perçoit juste des cris, des râles qui nous donne l’impression d’être entouré par la souffrance.
Il suffit de faire un pas pour se donner la conviction d’être attiré dans les entrailles de la terre, devenue à présent noire…On essaie, en vain d’affronter notre peur aspirante de la nuit, mais c’est inutile, celle-ci arrive toujours à s’immiscer dans nos esprits. Rien que le bruit des feuilles remuant dans les arbres, rien que ces yeux rouges que l’on aperçoit au loin ou cette présence qui nous suit constamment laissant derrière nous un petit vent qui nous glace les os…toutes ces illusions, toutes ces chimères nous replonge dans cette peur incessante, qui nous ronge le cerveau. On ne peut lutter contre cette grande prêtresse à l’allure morbide et au visage déformé. La nuit créée une telle ambiance que peu à peu on se sent dominé, possédé par ses sensations glaciales. Elle nous capture avec ses longs bras maigres et nous fait prisonnier en nous affichant face à nos cauchemars. Face à cette décadence, on se sent seul. Comment affronter ?
Il est vrai, que l’on préfère, sans hésiter passer nos nuits, à l’abris de toutes attaques chimériques à rêver de désirs d’enfants, en pensant à repeindre en rose tous les recoins de nos esprits. On se met alors à contempler des images représentant un soleil se couchant puis à des forêts lointaines, on se laisse porter par les flots des couleurs, par la beauté de cet instant pris en flagrant délit de disparition.
Cette nuit là est douce et sans danger, on peut fermer les yeux, on sait que rien n ‘arrivera. Tous les fantômes sont à l’extérieur, seul nos anges pénètrent nos pensées. Une fois les yeux fermés, nos rêves, nous appartiennent, nous pouvons imaginer ce qu’il nous chante, sans que personne vienne nous déranger. Parfois l’esprit fuit tellement loin qu’il est difficile de le ramener à la réalité. Même si dehors, il fait nuit, dans notre cœur le soleil brille. Les oiseaux nous enchantent les oreilles avec leur refrain. Nous sentons la fraîcheur de l’herbe qui vient juste d’être coupée. Nos sens sont aux aguets, ils prennent plaisir à découvrir les couleurs, les odeurs, les bruits de la campagne. Notre esprit est au repos, il oublie les tracas et les soucis. Le rêve a pris possession de notre corps. Il domine notre sommeil, il nous rend notre passé, nous montre notre avenir, nous fait admirer des paysages féeriques…
Mais malheureusement, ce voyage au bout de la nuit ne dure pas éternellement. il est comme la vie… impermanent.
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