"La Mort en Face." par Derek Dark (texte en ligne)

Les autres textes en ligne | Publiez vos textes ?.

Aurélie travaillait depuis trois mois dans cette boîte de nuit, déjà une certaine lassitude s’était emparée de son âme. La piste se divisait en trois parties séparées par des colonnes aux dessins fantastiques à tendance morbide. Des poufs et des banquettes bordeaux se répartissaient différemment, selon la place et le nombre de participants. La boîte, toujours bondée, enfumée, était un commerce qui marchait bien. Ce soir, Samedi trente et un Octobre, il y avait l’habituelle fête d’ Halloween, particulièrement animée cette année. Les costumes rivalisaient d’imagination, si bien que l’on se serait cru sur le tournage d’un film d’horreur. Toutes les filles gothiques étaient amoureuse du disque jockey, sauf elle. Il fallait dire que D.J. Asmorod savait mettre l’ambiance, distillant les meilleurs mixages de la scène électro-dark européenne. Grand, maigre avec un mausolée tatoué sur la poitrine et le ventre, visibles au travers de son tee-shirt en résille noire. Des serpents finissant sur une tête de mort se déroulaient le long de son bras jusqu’à ses poignets, un grand artiste, ce tatoueur qui lui avait fait ce travail.
Les souvenirs affluaient à la surface de la conscience d’ Asmorod sur cet homme étrange se faisant appeler Moloch. Ses bras, le haut de son torse étaient remplis de crânes humains et de goules grimaçantes dépassant de son Marcel noir. C’était une gothique un peu particulière qui l’avait envoyé chez lui, une certaine Erzebeth, grande, cheveux noirs et courts, forte poitrine moulée dans des robes du moyen-âge, ou alors dans des combinaisons en vinyle remplie de signes diaboliques rouges. Son visage livide contrastant avec la noirceur de ses yeux, sa bouche pulpeuse était peinte en noire en faisant un créature inquiétante. Dès qu’elle l’avait regardé, il s’était senti happé par l’abîme de son âme. On aurait dit l’une de ses sœurs des ténèbres vouées à Satan, une damnée qui faisait peur à tout le monde. Des rumeurs s’étaient répandues dans la communauté, comme quoi elle serait une sorcière efficace ! Sans savoir vraiment pourquoi, il l’avait écoutée, était-il en train de se faire envoûter et entraîné dans une spirale de mort ? Cela l’avait excité de flirter ainsi avec le Mal…
Sa mémoire continuait toujours ce voyage dans le temps…il était parvenu en haut de l’avenue Jacques Médecin, avait continué sous le pont de la voie ferrée. Dans une ruelle perpendiculaire s’était profilée une petite maison sinistre, coincée entre deux immeubles. Le jardin ne possédait que des arbres morts, des mauvaises herbes. Une pierre tombale était nichée au milieu…un jeu ou pour de vrai ? Un mort pourrissait-il vraiment, allongée là-dessous ? La porte en bois était vermoulue et entrouverte, il avait marché dans un couloir aux murs gris et humides, ne possédant qu’une porte fermée devant conduire à l’étage, puis suivant les indications, avait descendu l’escalier au bout du couloir. L’obscur atelier, était empli de fumée de cannabis et les murs recouverts de photos de ses œuvres sur des corps humains ne présageait rien de bon. Devant ses yeux, avaient défilé des torses masculins ornés de succubes aguicheuses avec des croupes féminines rebondies surmontées du trident diabolique. Une voix gutturale l’avait enjoint à s’installer, furieuse car il avait pris rendez-vous et s’était retrouvé avec deux minutes de retard, avait précisé l’homme dans l’ombre de la chambre du fond. -Glacial comme accueil- avait-il pensé, prêt à rebrousser chemin. Des chuchotements sournois avaient retentis dans la pièce autour de lui, le paralysant…qu’étaient donc ces voix sans corps ? D’une démarche claudicante, une forme avait émergé des ténèbres. Tel un démon, était apparu le tatoueur, le regard de cet homme dans la cinquantaine avait eu sur lui quelque chose d’hypnotisant et de charismatique, ses cheveux noirs et longs, étaient parsemés de mèches grise aux tempes. Son bouc et son sourire cruel faisait de lui un personnage possédé par le Mal. Celui-ci l’avait détaillé comme l’aurait fait un entomologiste sur un insecte épinglé. Cela l’avait dérangé, mais une force obscure l’avait obligé à rester. D’ailleurs, après une série de questions étranges sur les démons, Moloch l’avait affublé du nom d’Asmorod, l’un des serviteurs du terrifiant Adramelech, le Grand Chancelier de l’Enfer ! Tout de suite, ce nom lui avait plu, dès lors, il avait décidé de se faire appeler comme cela. Sans lui demander son avis, Moloch lui avait tatoué un petit démon à tête de dragon dans son dos dans un ricanement obscène. Puis, avec une voix lugubre, il avait psalmodié une incantation en Latin. Asmorod avait reconnu certains des noms, comme Adramelech, Belzebuth, Asmoddaï, Lucifer, Samael. Ensuite, il lui avait tatoué ses bras comme le lui avait demandé ce dernier. Asmorod ne s’était pas rendu compte tout de suite qu’il lui en avait fait un dans son dos, seul la douleur l’avait intrigué. Il s’était senti bizarre, dans une sorte de transe qui l’avait effrayé. Moloch s’était levé subitement, les yeux fous rendus aveugle un court instant à la réalité. Apeuré, le jeune homme avait rapidement sorti son portefeuille, mais tout de suite avait été stoppé par la main glacée du tatoueur. Ce dernier n’avait pas voulu être payé, lui disant qu’il le serait d’une autre façon dans peu de temps, sans pour autant s’étendre sur le sujet. l’homme était un géant aux muscles puissants, affublé d’un Marcel noir et d’un Jeans bleu pâle. De l’encens diffusait une odeur à la fois délicieuse, avec par moment des remugles affreux. Asmorod avait esquissé un sourire et s’était empressé de sortir, surtout ne pas contrarier ce fou et retrouver l’air normal. Asmorod s’était demandé ce jour là si Moloch ne l’avait pas voué aux forces des ténèbres.

Sortant de ses noires pensées, il regardait évoluer les noctambules sur la piste. Ses doigts maigres, ornés de bagues armures en argent, aux formes étranges se terminaient par des pointes acérées. Son visage pâle, rendu quasiment livide par une couche de maquillage blanc contrastait avec ses lèvres noircies. De ses yeux vides, émanait une profonde mélancolie, les cernes noires artificielles dessous lui donnait l’air d’un mort vivant tout droit sorti d’un film de Lucio Fulci. L’écran de son ordinateur reflétait une lumière bleutée qui accentuait l’étrangeté du personnage, perché sur des New-Rocks. Son pantalon large, était pourvu de chaîne en argent de haut en bas. Ses doigts griffus pianotaient sur l’ordinateur, son regard devint fiévreux en voyant les gothiques se mouvoir sous la lumière noire. Tout semblait bouger au ralenti sous la lumière stroboscopique. Asmorod, dont les cheveux noirs étaient dressés en l’air par une tonne de gel, mâchouillait discrètement un champignon hallucinogène, l’esprit obnubilé par Aurélie. Deux punks faisaient un pogo sous l’œil hilare d’une fille vêtue seulement d’un porte jarretelle en résille, un string surmonté d’une guêpière soulevant sa poitrine vers le haut. Ses cheveux roux et ses fausses canines de vampire agrémentées d’une touche de sang artificielle alliées à ses lentilles lui donnait un regard pervers. Asmorod enchaînait Punish yourself, Suicide Commando, Electric-Press-kit, Jonathane, Jeff et Pzychobitch à une cadence infernale. En avalant une rasade de Vodka, il reluqua à nouveau Aurélie, derrière son bar. Lorsqu’elle était entrée dans le Blackdevil, cette boîte faisant régulièrement des soirées gothiques, il avait tout de suite appris qu’elle avait été streap-teaseuse au New girls, dans la zone piétonne niçoise, une boîte glauque pour clients triés sur le volet. Ce soir, elle portait un bustier en vinyle à fermeture éclair assez descendue pour laisser apparaître les globes luisants de transpiration de ses seins. Sa jupe était si courte qu’un brin de fesse apparaissait de tant à autre, lorsqu’elle entrait dans la salle, ses cuissardes noires luisaient impudiquement sous les lumières artificielles. Asmorod craquait pour elle, bien qu’elle n’ait jamais vraiment fait attention à lui, pourtant ses yeux verts avaient regardé bien des mecs comme des filles avec cette perversité qui le rendait fou. Cependant, il s’était aperçu que l’objet de ses coups d’œil étaient toujours des garçons sans problème financier, voir même des fils à papa qui venaient jouer aux paumés. De rage, il jeta sa bouteille vide derrière lui, elle explosa en silence, couverte par le tumulte des baffles. De tant à autres, des filles venaient le voir, certaines étaient même mignonnes sous leur masque de sorcière…rien à faire ! Il ne pensait qu’à cette catin…
Tu penses à Aurélie, n’est-ce pas ? Demanda une voix autoritaire, il se retourna et vit Erzebeth le regarder sournoisement. Sa robe noire en résille organisée en toile d’araignée laissait voir ses gros seins. Une croix à l’envers pendait à son cou. Sa bouche noire entrouverte montrait deux incisives pointues…cela lui allait bien, même sans Halloween ! Pensa-t-il en la considérant comme une veuve noire.
- Oui ! Mais elle ne pense qu’aux riches ! Répondit-il, énervé.
- Tu aimerais la voir mourir, n’est-ce pas ? Demanda-t-elle avec perversité, ses yeux devenant fiévreux.
- Oh que oui…je donnerais n’importe quoi pour cela ! Grogna Asmorod.
- Vraiment ? Répondit-elle, lorsqu’il se retourna, Erzebeth s’était fondue dans la foule en transe …étrange fille- pensa-t-il. C’était elle qui l’avait amené chez ce tatoueur fou. Le temps s’écoulait bizarrement, Asmorod alternait entre fou rire et vide émotionnelle, sûrement les champignons- pensa-t-il, fatigué par ses tourments. Ses avants bras étaient remplis d’entailles au rasoir, des scarifications, comme il aimait le clamer avec honneur ! En fait, la première, était une tentative de suicide raté. Sa mère l’avait retrouvé dans son bain, rouge comme la mort, son air absent l’avait horrifiée.

A l’hôpital, il avait finalement été libéré contre l’avis de sa mère, il les avait bernés avec de beaux discours. Dès sa sortie, il avait quitté le foyer familial, bien que ce mot était un euphémisme, pour ne jamais y revenir. Après avoir été recueilli par un couple de drogués, logeant sur le vieux port, il avait commencé sa descente aux enfers ! Alicia, la femme, maigre, blafarde sans maquillage se prostituait occasionnellement pour agrémenter les fins de mois. Greg, son copain, un homme mince aux muscles secs, n’ayant pas son pareil pour la battre, revendait de la cocaïne et du L.S.D, ainsi que toutes autres sortes de drogues pour assurer sa propre consommation et vivre. Son visage aux traits tirés aux couteaux, son nez cassé, ses yeux noir au regard fixe et glacial étaient impressionnant. Ils habitaient un quatre pièce avec vue sur le les bateaux. L’appartement était un cloaque, un foutoir total. Asmorod, de son vrai nom Franck Quimper à l’époque, était fasciné par le romantisme noir, le Diable et les messes sataniques. Greg lui riait au nez en lui ordonnant de ranger les lieux lorsqu’il commençait à divaguer sur ses sujets favoris. En fait, il était l’homme à tout faire de la maison. Greg l’avait formé au métier de D.J. pendant trois mois. Lorsqu’il avait trouvé cet emploi au Blackdevil, derrière la gare, il lui avait donné de la drogue à revendre. Trois claques plus tard, il avait compris qu’il n’avait pas le choix.

La soirée touchait à sa fin, l’agent de sécurité, Pascal, un type balaise au crâne rasé, affublé d’un tee-shirt noire moulant mettant son impressionnante musculature en valeur, commençait à diriger les clients vers la sortie. Certains étaient quasiment allongés sur les canapés, d’autres titubaient ou s’écroulaient sur leur table. Ce qui faisait toujours marrer Asmorod, c’était cette inscription dans le dos du vigile : « Sécurité » en blanc. Comme si on pouvait s’imaginer qu’il puisse être autre chose, ce balourd. Aurélie discutait avec Charlie, le patron de la boîte, elle comptait la caisse tandis qu’il la pelotait outrageusement. Asmorod entra dans une colère noire ! Quelle pute ! Comment pouvait-il être attiré par elle ? C’était comme si son amour, transmuté en haine, le retenait prisonnier. Son âme s’était repliée dans la noirceur de son cœur brisé…il cacha vite les billets de la vente de drogue dans ses New-Rocks avant de rassembler tous ses CD dans leur boîtier. En relevant les yeux, il vit Aurélie glisser derrière le comptoir, Charlie, un barbue corpulent, chauve, avec du perçing aux oreilles et au nez, prit une expression de plaisir laissant deviner aisément ce que faisait cette pute. La haine le rongeait ! Il était prés à vendre son âme au Seigneur des Ténèbres pour se venger, et tout de suite !
Alors, tu te casses toi aussi ! Lui dit Pascal, l’œil fatigué et irritable des petits matins.
- Tu permets ! Je bosse moi aussi ! Répliqua Asmorod, avec la voix cinglante comme une gifle. Pascal grogna en contractant ses mâchoires.
- tu ferais mieux de déloger ceux qui sont en train de roupiller ! Ajouta-t-il en soutenant son regard…ce qu’il aimerait lui crever un œil avec l’une de ses bagues armures, il les fit cliqueter avec un sourire démoniaque.
- Foutu taré…grommela Pascal en se détournant.
Si j’avais des pouvoirs, je te ferais pisser le sang par tous tes orifices, pensa Asmorod en fixant méchamment la nuque de l’agent de sécurité. Une fois son ordinateur fermé, il se dirigea vers le comptoir, Aurélie venait de se relever, ses lèvres et son menton luisant, celle-ci lui lança un coup d’œil moqueur…du style, tu aurais aimé être à sa place, hein ! Charlie se retourna vers lui, un sourire stupide sous sa barbe drue.
- Qu’est-ce tu veux ? Gronda-t-il en fronçant les sourcils, il devait faire au moins une tête de plus que lui.
- A ton avis…répondit froidement Asmorod. Le patron soupira avant de prendre une liasse de billets, il compta et lui tendit deux billets de cinquante Euros. Asmorod les saisit rapidement et tourna les talons sans jeter un œil à Aurélie. Non, il ne se rabaisserait pas à la supplier !
Pascal gueulait en soulevant les corps à demi conscient, avant de les balancer sur le trottoir, à son habitude de sale con !
Malgré sa cape en cuir, il sentit le froid le piquer, un vent glacial devant passer sur les montagnes enneigées de l’arrière pays. La blancheur de la neige le dégoûtait, il préférait le labyrinthe des rues du vieux Nice. Au coin de la rue, une ombre se profilait, intrigué, Asmorod s’avança pour mieux la distinguer. L’aube se levait doucement, une mouette passa au dessus en poussant un cri, plutôt un rire moqueur. L’ombre venait vers lui, de petite taille en claudiquant. Le jeune homme sortit un joint et l’alluma tranquillement, s’en fichant de savoir qui venait vers lui. Peut-être un flic de la brigade des stups, et puis après…consommation personnelle ! Crierait-il avant de s’enfuir en courant- pensa-t-il en tirant une bouffée d’herbe.
- Tu aimerais la posséder…n’est-ce pas ? La voix était étrange, sans tonalité, on aurait su dire si elle provenait d’un homme ou d’une femme. Un frisson remonta le long de son épine dorsale, il sentit une intonation malsaine dans ce timbre lugubre. Et puis, comment connaissait-il ses tourments ? La forme sortit de l’ombre, il s’agissait d’un vieillard en costume noir, avec un chapeau haut de forme et une queue de pie. S’appuyant sur une canne avec un pommeau en argent en tête de dragon, il boita en franchissant les quelques mètres les séparant. Son visage était livide, son nez aquilain et l’un de ses yeux, blanc, sans iris. L’autre était empreint de malignité. Son sourire sardonique entouré d’un bouc blanc semblait se moquer de tout.
- Qui êtes-vous ? Demanda Asmorod, intrigué par l’aura ténébreuse du personnage, le claquement sec de sa canne sur le sol lui devint vite insupportable.
- Tu voudrais la voir souffrir…elle se comporte comme une putain, et ton cœur s’est pétrifié…continua la voix éraillée. Lorsqu’il fut sous son nez, il réalisa la petite taille de son interlocuteur. Malgré tout, il se dégageait de lui une telle puissance, que l’on devait y réfléchir à deux fois avant de l’approcher.
- Comment savez-vous tout cela ? Demanda-t-il, de plus en plus anxieux.
- Donne moi une taf…elle ne va pas tarder à sortir, n’est-ce pas ? Ricana-t-il en lui prenant le joint des mains sans qu’il s’en soit aperçu. Le vieillard tira plusieurs bouffées en plissant les yeux, Asmorod se retourna vers l’entrée de la boite.
- Oui, elle devrait bientôt sortir…marmonna-t-il, plus à lui-même qu’autre chose.
- Je suis riche…je te propose un marché…je peux t’aider à la détruire…murmura le vieil homme, il se retourna tandis que l’autre lui rendit son joint. Surpris par la discussion, le D.J. se mit à réfléchir, ce qui n’était pas évident à sept heures du matin, avec un litre de vodka et des champignons hallucinogènes dans l’estomac. D’ailleurs, il partit dans un fou rire nerveux l’obligeant à s’adosser au mur. Le vieux rit avec lui, on aurait plutôt dit un gloussement pervers.
- Vous êtes quoi pour savoir tout cela ? Le Diable ? Parvint à dire Asmorod dans son hilarité artificielle, ces foutus champignons ! Mais cela passerait vite. Sa joie retomba aussi sec, le laissant à nouveau dans son spleen habituel.
- Qui sait ? Peut-être même que nous nous connaissons déjà. Bah ! La question n’est pas là ! Veux-tu te venger Franck, oui ou non ? Répéta-t-il avec force, cette voix gutturale lui rappelait quelqu’un, mais qui ? La phrase le percuta de plein fouet, de la bile remonta dans sa gorge après un haut le cœur. Avait-il rêvé, ou l’avait-il bien appelé Franck ? Pourtant, il aurait juré ne jamais l’avoir rencontré, une allure pareille, il s’en serait souvenu. Paradoxalement, il n'en était pas vraiment sûr, ce doute le minait . Des bruits de discussion parvinrent de derrière, il reconnut la voix d’Aurélie. Retenant sa respiration, il fixa l’œil noir comme de l’onyx.
- D’accord, j’accepte ! Je veux me venger ! Je suis prêt à tout ! Lâcha-t-il dans un élan de haine qui fit sourire l’autre.
- Alors, prononce juste cette phrase : « Procul O procul est Profani ! Barlasti Ompala ! Par la Puissance du Terrible et Séculaire, j’ai libéré les klipoth en leur habitation ! Psalmodia le vieux fou avec une frénésie jubilatoire en levant sa canne dans un geste agressif qui effraya Asmorod.
- C’est quoi ce délire ? Marmonna Asmorod en faisant la grimace…c’était peut-être une hallucination due aux champignons, ou le début de la folie ! Il entendit distinctement la voix de Charlie et Aurélie, Pascal leur disait au revoir avant de monter sur sa moto, à son habitude.
- Le temps t’est compté, mon jeune ami…les cartes sont à présent entre tes mains…pas comme la première fois…la voix du vieux devint encore plus sinistre. Quelle première fois ? Il n’eut pas le temps d’y répondre. Hypnotisé par cet œil malfaisant, il répéta l’incantation à haute voix, avec conviction. Soudain, le monde se mit à tourner autour de lui, Asmorod glissa le long du mur, tomba lourdement sur le sol. Des visions de cimetière aux tombes au marbre usé par le temps, de mausolées baroque d’où provenaient des chuchotements obscènes, Il n’y avait pas de lune, c’était la lune noire et la Déesse des Ténèbres planait autour de lui, refroidissant son âme, aspirant sa vitalité ! Courant dans les allées, il se tordit la cheville et s’étala en gémissant.
Lorsqu’il rouvrit les yeux, il vit une paire de seins généreuse dans un bustier en vinyle, levant sa tête lourde, il vit le visage inquiet d’Aurélie au dessus de lui. Accroupie au dessus de lui, il était allongé sur le sol.
- Franck ? Tu vas mieux…ton ami m’a appelé…comment te sens-tu ? Demanda-t-elle. Pour ce que tu t’en fiches de moi ! Pensa-t-il, incapable de répondre tant sa bouche était sèche.
- Je vous propose de le ramener chez moi…j’habite un manoir depuis trois générations, je suis le baron d’une longue lignée de rentiers. Asmorod vit alors le fameux vieillard, Aurélie se releva et lui sourit, ce foutu sourire intéressé qui le dégoûtait tant !
- Avec plaisir, je ne savais pas que Franck connaissait un monsieur de votre rang…dit-elle avec cet air hypocrite, on la croirait presque innocente. Il détestait entendre son prénom, préférant son nouveau nom : Asmorod !
Le vieillard l’aida à se relever en une fraction de seconde, sa poigne était un étau et sa force incroyable pour un homme de son âge.
- Allons à ma voiture…te sens-tu de marcher ? Lui demanda le vieillard, son œil valide brillait de luxure.
- Oui…oui, pas de problème…il se demandait où voulait en venir cet inconnu…quel genre de marché avait-il passé avec lui ? Pourquoi le besoin de psalmodier cette incantation ? Trop de mystère planait pour qu’il soit rassuré. Se souvenant avoir dit être prêt à vendre son âme au « Diable » dans la boite, il commença à se poser des questions tout en marchant. Aurélie n’avait d’yeux que pour celui-ci, à coup sur, elle le croyait blindé.
- Ainsi, vous êtes riche…demanda-t-elle avec une moue séductrice, Asmorod soupira, le manège commençait.
- Bien plus que vous ne le pensez, mais il me manque une chose…répondit le vieillard en claudiquant dans les rues désertes, la reluquant avec avidité. Seul le bruit cadencé de sa canne rompait le silence, Asmorod se sentait quelque peu fatigué, se demandant s’il allait vraiment savourer sa vengeance. Peut-être que cet homme l’avait approché dans l’unique but d’attirer Aurélie pour se la payer. Serait-il encore le dindon de la farce ? En plus, il avait du mal à s’avouer la frayeur que lui procurait la présence du vieux.
Finalement, ils arrivèrent devant une Rolls-Royce noire, un modèle de collection rutilant. Lorsque la portière du conducteur s’ouvrit, Asmorod sursauta. Un homme, grand et maigre, des traits à la « Boris Karloff » vint vers eux pour ouvrir la portière arrière avec respect. Sans échanger un seul mot, le vieux monta au fond, Aurélie au milieu, Asmorod pour finir. En s’asseyant, il croisa le regard vitreux du chauffeur, vêtu comme un croque-mort. Une odeur de moisi se dégageait de ce dernier, il fut content lorsque la portière claqua.
- Ouah ! C’est de la voiture ! S’écria Aurélie, n’hésitant pas à se coller contre le vieux satyre ; Du coin de l’œil, il le vit glisser une main gantée sous sa jupe. C’était reparti pour un tour ! La chauffeur prit place derrière le volant et démarra. La voiture roulait silencieusement, avec pour seul bruit, les gémissements de cette catin et le ricanement odieux du vieillard. Asmorod détourna le regard, le chauffeur s’engageait sur le vieux port, le ciel était teinté de nuances roses et bleu pâle, annonciatrice de la matinée. La Rolls-Royce s’engagea sur la corniche dominant la ville, contourna la colline pour s’échapper de la cité balnéaire et s’engager dans de sinueuses routes de campagne. Asmorod appuya son front contre la vitre froide, il sentit le tremblement des roues pénétrer son corps, dans un rythme assommant. Lorsque la voiture s’arrêta, il s’en rendit à peine compte.
- Vite, descendons…murmura Aurélie. Le chauffeur ouvrit la porte à son maître, Asmorod descendit de son côté, seul, à son habitude. Quelle ne fut pas sa stupéfaction de voir la petite maison délabrée devant lui…les lierres enlaçaient les murs comme des tentacules. Certaines fenêtres étaient cassés. Il émanait des lieux un mal incommensurable qui enleva le peu d’optimisme lui restant. Il ne pu s’empêcher de rire en s’imaginant la tête d’Aurélie s’attendant à un manoir ! En se retournant, il la vit regarder l’insalubrité des lieux, bouche bée.
- Mais…qu’est-ce que cela veut dire ! Où est le beau manoir ! Cria-t-elle en colère, Asmorod commençait à s’amuser vraiment, pouffant de rire.
- Là…ricana le vieillard de sa voix perfide. Lorsqu’elle se retourna, il avait sorti de sa poche un petit bout de papier aluminium froissé qu’il déplia. Une poudre grise apparut au centre, de la drogue pensa-t-elle un court instant.
- Ramenez-moi chez…elle fut coupée en plein milieu lorsqu’il lui souffla une partie de la poudre au visage. Aurélie recula en toussant, en un quart de secondes, elle se sentit mal. Sa vision eut une distorsion subite, c’était comme si tout le paysage autour d’elle ondulait avant de s’effondrer dans un trou noir. Asmorod la vit choir sur le sol sans que le vieux ou son chauffeur fasse quoi que ce soit pour la retenir, tout ceci devenait agréable.
- Amène- là dans la cave ! Ordonna-t-il à cet homme qui devait être son serviteur. Ce dernier la souleva lentement dans ses bras avant de se diriger vers la maison.
- Que lui avez-vous fait ? Demanda Asmorod, fou de joie.
- Je lui ai soufflé de la poudre de zombification, le Burudunga ! Ricana le vieillard en rangeant son papier d’aluminium dans l’une des poches intérieures de sa queue de pie noire.
- Franck, où plutôt Asmorod, je préfère nettement (rire), nous avons beaucoup de point commun…dit-il avec gravité.
- Que comptez –vous faire ? Demanda soudain Asmorod, un peu nerveux, cette voix ne lui était pas inconnue.
- Te venger, comme tu me l’as demandé…mais si tu y trouves ton intérêt…je dois aussi y trouver le mien, n’est-ce pas ? Continua-t-il, toujours avec ce ton guttural. Asmorod sentit la peur caresser son âme dans son habit de chair, qu’allait-on lui demander à lui ? Le vieillard claudiqua jusqu’à la porte vermoulue, laissée ouverte par le serviteur. L’intérieur était à l’image de l’extérieur, la lumière augmentait en passant par les trous béants dans la toiture, il vit une accumulation de poussière sur le sol et quelques meubles, une table et un bahut avec un chandelier contenant cinq bougies noires sur le dessus.
- Prends le et suis-moi…de toutes les façons, tu n’as plus le choix à présent ! Prononça lentement et distinctement l’horrible personnage. Un grincement fit se retourner Asmorod, la porte d’entrée se referma toute seule en claquant. Il courut pour essayer de sortir, sans succès, la poignée était coincée.
- Gamaliel ! Abyssus, abyssum invocat ! Zirdo comselleh iaidon Ouranos ! Rugit le vieil homme en levant sa canne qui devint un cobra aux yeux jaune. Une douleur au ventre plia Asmorod en deux, il eut l’impression d’être lacéré de l’intérieur, comme si un chirurgien fou découpait ses organes internes avec un scalpel.
- Si tu veux arrêter de souffrir…il te suffit de m’obéir…d’accord ! Continua le vieillard avec méchanceté.
- D’accord…pitié…tout ce que vous voudrez… gémit le jeune homme, aussitôt la douleur disparut aussi mystérieusement qu’elle était apparue. En levant ses yeux rougis, il vit le cobra se transformer en canne dans la main de celui qu’il considérait désormais comme un mage noir. Asmorod prit le chandelier, les bougies s’allumèrent toute seule, il suivit ce monstre dans le dédale des pièces à l’abandon. Des champignons poussaient partout sur les murs suintant l’eau, il faillit marcher sur un os qui ressemblait à un fémur en travers de son chemin. Finalement, ils descendirent un escalier humide, on entendait des gouttes d’eau tomber dans un clapotement désagréable, au milieu des claquements de la canne. Il régnait un froid gelant jusque l’intérieur de son corps…peut-être le début de la damnation ! Pensa-t-il avec terreur.
La cave était immense, sombre, les bougies parvenaient à peine à éclairer assez pour distinguer les murs. Au fond, ils traversèrent un tunnel de briques, des petites formes aux yeux jaunes le scrutaient avant de détaler…sûrement des rats ! Se rassura-t-il . Enfin, ils débouchèrent dans une pièce sans fenêtre, éclairée par des dizaines de bougies noires. Un matelas moisi reposant sur des parpaings se trouvait au fond, contre le mur. Auélie était allongée dessus, nue, sa peau laiteuse, ses seins gonflés aux larges aréoles, son sexe imberbe offert au regard à cause de ses cuisses écartées. Asmorod s’approcha, elle ne bougeait plus, la fixité de son regard absent la faisait croire morte.
- Ne veux-tu pas la caresser ? Suggéra le vieux satyre dans un geste de la main évocateur. Un peu choqué au début, il se laissa glisser dans cette excitation morbide. Le fait de palper ses seins sans ménagement sans qu’elle ne puisse rien faire était fascinant !
- Tu peux rien faire, hein ? Je peux abuser de toi, petite salope ! Cria-t-il, fou de rage. Enfilant un doigt dans son sexe et son anus, il les enfonça d’un coup en regardant son visage impassible.
- Je sais que tu n’es pas morte ! Tu es un zombi ! S’excita Asmorod en bavant. Soudain, il fut tiré en arrière et roula sur le sol. Paniqué, il s’assit pour voir le vieillard le regarder méchamment.
- Maintenant, c’est à mon tour ! Tu vas avoir une surprise…murmura le vieux.
Il claudiqua et s’accroupit difficilement en s’appuyant sur sa canne, parvenant à mettre un genou au sol tout en laissant sa jambe droite raide. Ensuite, il enleva son chapeau, laissant apparaître ses cheveux blancs. Lentement, il rampa sur le matelas et glissa son visage entre ses cuisses. Asmorod resta surpris devant son attitude, lorsque s’ensuivit un bruit de succion. Asmorod n’en revenait pas, il était en train de lui faire un cunnilingus, lorsqu’il tourna la tête vers le serviteur immobile. Ce dernier avait peut-être lui aussi inspiré de la fameuse poudre pour être aussi absent. Pourtant, il bougeait, remarque, il ne faisait qu’obéir à son maître. En se retournant, Asmorod resta pétrifié, Aurélie avait considérablement changé. En s’approchant, il vit des rides apparaître sans s’arrêter sur son visage, lui enlevant sa jeunesse. Ses chairs se ramollissaient, ses seins fermes tombaient comme des gants de toilettes. Ses bras et ses jambes devenaient de plus en plus maigre. Pétrifié par la vision du temps la dévorant à petits feux, ses cheveux devenaient blanc, tous ses muscles pendaient dans tous les sens. Le bruit de succion continuait inlassablement. Cela ne pouvait pas être possible ? Le vieillard ne pouvait être responsable d’une telle horreur ! Lorsqu’il se releva, facilement, ce n’était plus un vieillard, ses cheveux noirs encadraient le visage d’un homme d’une trentaine d’années, son bouc noir et son œil noir valide lui rappelait vraiment quelqu’un. Aussi improbable que cela puisse paraître, il avait grandi, un géant !
- Ne me reconnais-tu pas, mon ami ? Ton tatouage dans ton dos…c’est moi qui t’est trouvé ton nouveau nom ! Grogna l’imposant personnage. Tous ses vêtements avaient craqué, laissant apparaître des têtes de morts sur ses bras et ses jambes, il les arracha avec rage.
- Moloch ! Hurla-t-il en reculant, tendant une main devant lui.
- Lui-même…ne t’avais-je pas dit que je saurais me payer un jour ? Gronda l’ignoble tatoueur. Asmorod se sentit faiblir, sa jambe droite se mit à le lancer subitement, il tomba au sol en gémissant.
- Vois-tu, il y a longtemps, un mage noir m’a jeté un sort, il était puissant et s’appelait Frater Ischuros…un puissant jeteur de maléfices qui avait utilisé un démon pour user mon corps ! J’étais contraint de vieillir prématurément…continua Moloch en s’approchant du jeune homme souffrant.
- Et alors ? Le jeune homme ne reconnut pas sa voix aigrelette, ses bagues armures tombaient de ses doigts osseux dans un bruit métallique sur le sol.
- Et alors ? J’ai rencontré la sorcière Erzebeth qui est parvenu à contenir le mauvais sort, l’envoyant sur d’autres personnes…mais tôt ou tard, je ne pouvais y échapper… alors, elle chercha le nom du démon ! Ricana Moloch.
- Que m’avez-vous fait ? Dit la voix tremblante d’Asmorod, il regardait sa main ridée, pleine de tâche de vieillesse. Erzebeth, n’était-elle pas venu lui parler d’Aurélie, cette nuit ? Lui demandant même s’il souhaitait la voir mourir…tout se mettait en place, le piège était parfait !
- Par une nuit de lune noire…Erzebeth a trouvé le démon qui s’en prenait à moi, Elmek, aussi appelé Asmorod ! Un serviteur d’Adramelech…
- Mais, c’est le nom que vous m’avez donné…bafouilla Franck, terrifié.
- Non seulement donné, mais également tatoué son image et sa signature dans ton dos sans que tu ne t’aperçoives de rien…un acte de magie noire…Moloch était ivre de sa jeunesse.
- Quand, tu m’as vu la première fois, le processus de vieillissement avait commencé son œuvre…j’en paraissais cinquante alors que j’en avais à peine trente…c’était le mieux qu’avait pu faire Erzebeth…continua-t-il avec gravité. Franck n’arrivait pas à se relever, Moloch lui envoya la canne qu’il reçut en plein visage.
- Tiens ! Maintenant, c’est la tienne…le sort est désormais sur toi…tu verras, tu t’y habitueras ! Ria Moloch avant de tourner les talons.
- Attendez ! Comment ?…il s’étouffa en crachant. Tout son corps était plein d’arthrose, sa bouche sèche et sa vision devint mauvaise. Une soudaine douleur à l’œil gauche le fit hurler. Il mit une main dessus, sous le regard amusé de l’odieux Moloch.
- J’ai retrouvé mes deux yeux ! (rires) Je te dois une petite explication…en fait, Erzebeth est une sorcière invoquant les Klipoth…ainsi, elle a appelé Gamaliel l’obscène, maître de la magie astrale, des rêves sombres, de la sorcellerie, adorateur de la Déesse des Ténèbres, Lilith ! Laborieusement, Franck se redressa, il ne voyait plus que d’un seul œil.
- Erzebeth m’a conseillé de tatouer Elmek dans ton dos, en proférant une incantation de transfert…ce que tu as vécu ! Surtout, tu ne devais pas payer…ensuite, il faudrait un sacrifice, obligatoirement amené par tes soins…une femme, bien sur ! Je devait en aspirer la vitalité par son vagin…la laissant dans l’état que tu vois là…lança-t-il en montrant Aurélie du doigt, une momie prête à mourir.
Franck boita jusqu’à un miroir cassé au mur. Un rayon de lune montra son visage hideux, son œil blanc, l’autre noir comme l’Enfer, son bouc blanc comme ses cheveux, il caressa la surface crasseuse du miroir en pleurant sa jeunesse perdue. En se retournant, Moloch avait disparue, il s’approcha du lit et vit Aurélie, son visage était un masque mortuaire, gémissant des paroles incompréhensibles…maudite Erzebeth ! maudit Moloch ! A cause d’eux, il était fini, se retrouvant face à la mort !

© Derek Dark | Laissez un commentaire.

Liens partenaires & sponsors : Littérature érotique | Accrobranche | Culture, Art & Musée Paris | BD érotique | Tatouages & Bijoux | Littérature

Voici quelques unes des recherches ayant mené des visiteurs sur cette page : donne moi tes seins je te donnerais ma queu, tatouages textes latin vengeance, modeles tatouage en forme oeil, des cunnilingus a regarder, modele tatouage au coin de l oeil, quel nom rire fou champignon magique , face a la mort, desssin fantastique mort, face la mort, textes incantations latin, le moloch vue de face, un mort peut t-il se relever, habit pute salope jupe string cuissarde, lentille fantaisie halloween, dessin de tatouage dans le dos des mains.