"L'usine" par essaie1 (texte en ligne)

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Laissez-moi vous raconter comment j’en suis venu à parler à une boîte de Cheerios.

Je suis né un 30 octobre, à la campagne, en Saskatchewan. Dès ma naissance, on m’a diagnostiqué des problèmes de santé. On m’avait placé tout de suite dans un endroit stérilisé, où la température était stable. Cela était nécessaire.

Mon père s’alarma lorsqu’il apprit que je n’allait pas passer Noël. En fait , la seule qui ne semblait pas à se point chamboulé était ma mère. J’imagine qu’elle avait eu tant d’enfants qu’un de plus ou un de moins, cela l’importait peu.

Pourtant, les médecins avaient un antidote à la bactérie qui me décimait. En fait, une seule goûte de ce remède rallongerait ma durée de vie de moitié.

Père paya donc et j’eu le traitement. Puis, ils me firent revètire une tenue qui me garderait au chaud - en fait je crois que c’était surtout pour la publicité de leur entreprise pharmaceutique - et, à mon grand désarroi, me tatouèrent le haut du dos.

J’étais comme neuf. Ressemblant à mes frères, je me sentais beaucoup mieux. J’étais en pleine santé. Mais mon optimisme ne dura pas longtemps. Mon père qui, dù au remède coûteux, n’avait plus assez d’argent pour nous nourrir, nous vendit à des gens plus riches et substantiels.

J’étais si triste, mon identité m’avait été arraché. On me traitait maintenant sans amour. Pour eux, j’étais exactement identique aux autres. C’était effroyable. Ils me lavèrent, me firent maigrir, me donnèrent des vitamines et me relavèrent encore une fois!

Puis, un jour, ils me séparèrent de mes frères et m’abandonnèrent dans une pièce vide et glacée, avec quelques autres victimes. Ils nous avaient rendu beaux et propres et les gens venaient nous observés, nous jaugés, nous choisir.

Je n’étais pas heureux.

Avec le temps, je perdis des couleurs. Je délaissai mon hygiène. Les gens ne posaient même plus le regard sur moi. J’étais misérable, si bien que l'on m’abandonna vite à la rue. Je finit à l’orphelinat.

Mais il était bien trop tard pour de l’amour. J’avais perdu ma vigueur, j’étais vieux. Ma maladie m’avait rattrapé. Mon teint était bleuâtre et j’étais fiévreux. Et il faisait si chaud! Je m’écroulai là, devant mes camarades délaissés et je demandai à la boîte de Cheerios d’assouvir ma curiosité avant que je ne quitte ce monde. Je lui demandai de me décrire ce tatouage que j’avais sur ma nuque.

«10 février 2008», lut-elle.

Je m’éteignit donc dans cette chaleur cuisante qui me rappelait ma pasteurisation.

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