"L'odieuse musique" par Mizan (texte en ligne)
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Comment? Vous grimacez? Ces notes vous déplaisent.
Fantômes de bourgeois, vos faces de lavis
pourraient donc mieux pâlir? Ca ne met pas à l’aise,
un requiem; C’est vrai; je suis de votre avis;
Mais savez-vous messieurs, gens de savoir insigne,
élite qui croyez connaître tous les arts,
qu’il est d’autres concerts que ceux qu’on égratigne
dans vos petits salons. Demandez aux lézards!
Ils siffleront qu’en bas, dans les strates malsaines
où, morts, vous vous rendrez pour avoir trop vécu,
il flotte d’autres chants et se jouent d’autres scènes;
Quoi qu’en ce cirque là ne tombe point d’écu;
Ainsi pour admirer les choses qui s’y trament
il ne suffira pas de payer quatre sous;
En gage, - et c’est le prix - vous laissez là votre âme.
Puisqu’on ne revient pas du monde d’en dessous,
ce n’est pas lourde somme. Et puis dans ce théâtre
se plaisent les défunts comme les suicidés.
Les parterres sont creux; La pénombre est saumâtre;
Tous les voiles, de lave et de sang sont ridés.
On y voit des démons s’y rassembler par hordes
pour y grandir encore un orchestre infernal
fait de vents ravageurs et de sanglantes cordes,
leur crescendo grondant un hymne sans final.
Virtuoses couverts d’instruments de torture,
ils gonflent des boyaux, griffent des nerfs tendus,
pressent de blanches plaies, battent la pourriture,
et font s’entrechoquer des sexes de pendus.
Sous vos places bientôt des voix se font entendre.
On s’extrait, on déchire, on piétine pour voir
le rideau de magma terminer de se fendre.
La scène est large, et creuse, et pleine chaque soir.
Des goules au devant de la brûlante vasque
s’acharnent sur un air d’opéra. D’un revers
de phalanges parfois elles tirent un masque
montrant le nu d’un crâne où s’oublient quelques vers.
Songez-y bien messieurs qui vous croyez artistes !
Et ne prenez donc pas ce regard dégoutté !
Il est bon de savoir siffler des gammes tristes
pour le jour où Satan voudra vous écoutez.
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