"L'Iris Recraché" par Mizan (texte en ligne)
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Le corps est étendu, la tête enchevêtrée
dans un lit de broussaille. Epuisé de saigner,
il gît sous cette croix de ronces à l’entrée
de l’étroit cimetière. Il était le dernier,
poussant le dernier cri et la pesante grille
vers l’exigu jardin où dort l’humanité.
Toute vie va s’éteindre en son œil où ne brille
plus rien qu’un grain de monde étreint d’obscurité.
Cet homme avant de s’être embaumé d’indolence,
avant que le néant ne coule entre ses dents,
que ses poumons n’aient bu les sables du silence,
se prétendait poète; Et ses vers obsédants
dépeignaient avec soin la pourriture humaine
ouverte aux lourds essaims, grande comme une fleur.
C’est là sa propre mort qui parfait sa semaine;
Et minuit le célèbre, hululant sa douleur.
Et lui, les reins saisis par quelque amant multiple
et monstrueux monté des noirs soubassements,
s’enfonce, lacéré par le branchage triple,
dans un étroit caveau débordant d’ossements.
Happé par cette fin qu’il a lui-même écrite,
il enterre ce mal qu’il a lui-même été.
Dejà derrière lui l’épitaphe s’effrite.
Le morbide poème ici s’est arrêté.
Et nul ne reverra la ville veuve, encore
sanguine par endroit. Les choses furent; Mais
le temps n’était qu’un cœur qu’une bête picore;
Et la bête a mangé. Nul ne saura jamais
pourquoi noire est la nuit, ni pourquoi sonne l’heure,
pourquoi l’éternité, et pourquoi seulement,
et la beauté d’un jour pourquoi morte se pleure.
Ainsi donc l’éternel et vain questionnement
flotte encore malgré que les voix se soient tues.
Mais on sait que là-bas où voudrons s’engranger
nos âmes détachées, sous les fanges battues,
on sait bien que là-bas les sens auront changé.
Le vice et l’innocence auront le même rire;
Les cieux et les enfers seront faits du même or;
Et le poète, lui, pourra cesser d’écrire;
Car l’art est agonie. L’idéal c’est la mort.
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