"L'an de cendre" par Mizan (texte en ligne)
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Le néant, croque-mort à la parure austère,
dévoreur de soupirs, juge inerte taisant
le verdict, le néant qu’a fermenté la terre,
jamais ne s’est montré si proche et si présent.
Qui peut imaginer qu’à l’époque première,
qu’à la source des temps, quand le monde natal
indompté flamboyait d’ivresse et de lumière,
le ciel était orné d’une arche de cristal ?
Bien des ronces alors sous sa clarté fleurirent;
Et pendant quelques temps, quelques temps seulement
le monde fut fécond de saveur et de rire.
Sans doute devait-il en finir autrement;
Car un jour de malheur l’homme entra dans la ronde;
Il observa la voûte et son riche arc-en-ciel;
Il voulait tout atteindre; Il inventa la fronde.
Alors tout fut empli du fracas démentiel.
Et l’arcade entaillée en sa lumière blonde
éclata déversant ses débris chamarrés,
remplissant sans faveur l’éther, la terre, et l’onde
d’une profusion de vitraux séparés.
Certains de ses fragments dispersés éclatèrent
par milliers sur le sol. Chaque éclat de couleur
se lova dans l’écrin dérobé de la terre.
Dés lors on les nomma « des pierres de valeur ».
D’autres furent sertis si haut dans l’étendue,
si loin dans l’infini, qu’on ne pouvait les voir
qu’à la complicité de la nuit descendue;
Ils en prirent ce nom : « Les étoiles du soir ».
Et le reste devint ces mouvantes peintures
que la mer déplaçait de diverses façons
et que les matelots à l’ombre des mâtures,
dans leur grande bêtise, appelaient « des poissons ».
Aujourd’hui, regardez les ténèbres s’épandre !
Tout est noir; Votre ciel est moiré de poussiers;
L’océan est cousu d’une vague de cendre.
La terre se consume; Et quoi que vous fassiez,
le néant sera là, léchant vos villes mortes.
Sans cesse autour de vous le monde se réduit.
Ce lieu même est cerné. Le vide est à nos portes.
Peut-être ai-je déjà parlé seul cette nuit.
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