"Jusqu'à ce que pâlissent les étoiles (extrait)" par Nicolas Liau (texte en ligne)

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A paraître…


Nicéphore attendait toujours que la nuit tombe pour libérer de leurs fers les démons qui habitaient son âme. Il était garde forestier, plutôt bien fait de sa personne, à la fois de haute stature et large d’épaules. Une force de la nature, en somme.
A l’époque où il daignait encore sortir de sa retraite solitaire, l’impression de puissance virile, presque animale, qui se dégageait de sa carrure et de ses traits anguleux émoustilla plus d’une demoiselle de son pays. Aucune, cependant, ne conserva bien longtemps les vues qu’elles pouvaient avoir sur lui. Toutes, les unes après les autres, s’enfuirent en effet, offusquées, en découvrant quel monstre de perversité il abritait en son sein. Lui s’amusait beaucoup de leurs débandades, de leurs déconvenues, et s’applaudissait de la répugnance qu’il inspirait toujours.
Nicéphore était un individu profondément turpide. Si remarquables soient-ils, les attraits de son apparence ne pouvaient masquer éternellement la sécheresse de son cœur et sa grande laideur morale qui n’avait aucun équivalent sur bien des lieues à la ronde.
Le rustre vivait seul depuis toujours et s’en accommodait fort bien car l’idée de partager sa vie avec une autre créature lui était insupportable. Vivre en société nécessitait une communion désintéressée et un don de soi qui lui étaient viscéralement étrangers. Nicéphore avait délimité, autour de sa personne, un espace vital très étroit sur lequel nul ne pouvait empiéter sans y avoir été invité. Beaucoup l’apprirent à leurs dépens.

© Nicolas Liau | Laissez un commentaire.

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