"Jeux d'osselets" par Mizan (texte en ligne)
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Sous l’angle, à la croisée des ruelles obliques
quelqu’un s’est abrité. Lentement les pavés
filtrent les eaux du ciel, cadavres faméliques
rampant vers les enfers. Dans ces fleuves gavés
de poisons le néant se reflète en spirales
comme un visage obscur penché sur un chaudron.
Bientôt seront taris les pleurs des cathédrales;
Et les tambours de pluie en échos se perdront.
Déjà le long des murs les cascades funèbres
décousent le linceul d’une ville au corps froid.
Goutte à goutte se perd le grelot des ténèbres,
tandis qu’un clair de lune ankylose l’endroit.
Seul le silence engorge encore les gouttières.
L’homme alors se relève; Et s’éloignant d’un pas
il se heurte au rebord d’un vieux puits fait de pierres.
L’avait-il vu plus tôt ? il ne s’en souvient pas;
Et c’est là, dans ce gouffre interrompant sa route,
qu’il aperçoit un tas d’ossements délavés.
Tels des chaises plantés, des squelettes sans croûte
font tous quatre l’enclos d’un amas de pavés.
Voyez ces crânes rire en l’orbite abyssale !
Ecoutez la rumeur qui roule là-dedans !
Ce sont les voix de morts aux pieds coupés d’eau sale;
C’est comme un cliquetis, un claquement de dents;
Cela devient pourtant presque compréhensible.
Oui…cela parle d’or, de jeu…de dents de lait ?...
et de fatalité. On entend « Quoi possible ? »;
On entend « …qui n’y risque un quelconque osselet ! »;
Mais le sens fait défaut à ces syllabes noires.
L’homme alors distendu de curiosité,
veut capter le peu d’air que filtrent ces mâchoires;
Il s’avance un peu plus, jusqu’à l’extrémité
du muret. Puis couché sur l’étroite margelle,
il écoute plus loin; Il s’étend sous les cieux,
sur cette pierre humide où ses phalanges gèlent;
Va-t-il tomber ? Déjà ? - « Les jeux sont faits, messieurs ! »…
- Voyageurs, si le soir, près d’un puits solitaire,
il vous vient à l’ouïe comme un bruit de bazar,
reconnaissez ce jeu qui s’arrange sous terre !
Les morts font le pari; Vous êtes le hasard.
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