"Je suis mort" par Raphaël Zacharie de Izarra (texte en ligne)
Les autres textes en ligne | Publiez vos textes ?.
Vous m'aimez, mais c'est un triste cadavre que vous aimez en vérité aujourd'hui. Regardez-moi donc d'un peu plus près. Voyez ce corps étendu, ce visage sans expression, ces mains inertes : ce sont ceux d'un mort. Réveillez-vous ma bien-aimée, et laissez partir en paix cette chair muette vers le néant de la terre. Laissez-moi, ne regardez plus cette jeune dépouille, tout cela est vain à présent. N'espérez plus entendre à nouveau ces mots d'amour sortir de mes lèvres figées : elles sont mortes elles aussi. Et pour toujours.
Retournez-vous en au monde des vivants et abandonnez vos rêves qui ne sont plus que des cadavres encombrants. Maintenant que je suis mort, il faut que vous partiez. Quittez-moi, quittez ce visage sans vie, quittez cette chambre froide et sa lumière crue. Vivez donc et laissez mourir les autres tant que brille pour vous le soleil. Cessez d'embrasser cet amant indifférent qui gît sous vos yeux : son coeur vidé de chaleur est devenu insensible à vos baisers. Vos lèvres se posent vainement sur mes lèvres. A quoi bon embrasser un mort ? Vous n'aurez que le silence et l'immobilité en retour. Les morts sont de bien piètres amants, croyez-moi.
Partez à présent, partez. Le silence de ce mort est plus éloquent que les cris d'un vivant. Ne comprenez-vous pas que ce cadavre n'a plus rien à vous dire ? Je n'ai rien d'autre à vous chanter que ce silence, en guise d'adieu. Je n'ai plus de souffle pour vous dire autre chose, plus de vie pour animer mes lèvres, plus d'oreille pour entendre vos sanglots, plus de coeur pour vous aimer. Il me reste seulement cette morte chair pour vous témoigner toute ma froideur.
Votre amour est infini, votre coeur inconsolable, votre chagrin incommensurable, certes. Mais ma mort est définitive, mon coeur à jamais éteint, et ma peine inexistante... Je ne suis plus. Et cette vérité est infiniment plus durable que vos larmes éphémères.
Raphaël Zacharie de Izarra | Laissez un commentaire.
- Le Cimetière de l'Ouest
- Misanthrope
- Vive le piratage des oeuvres !
- La plume d'un paon.
- La beauté d'une affligée
- Un beau spécimen
- Le vice masqué
- Une idylle
- Deux amoureux
- Berthe a manqué sa chance
- Rose-Alberte et ses lapins
- L'oeuvre du temps
- L'amant des laides
- L'ange des laides
- Éloge et défense de la laideur
- Lettre d'amour pour une femme laide
- Hommage à la laideur
- Procès de la laideur
- Les misères de la laideur
- Lettre d'amour à une jeune et laide bigote
- Le laideron et le gant blanc.
- La défaite de la laideur
- Laide et méchante
- Laide et appréciée
- Laide et luxurieuse
- Belle et macabre crucifiée
- Le vice et la laideur
- Lyre des mots
- Quand le chardon se fane
- La beauté déchue
- Laide et débauchée
- Le sort et la fortune
- La belle ambiguë.
- La plume et le laideron
- Le plaisir des bigotes
- L'infortune de la laideur...
- La morale amoureuse.
- Le vice mal vêtu
- La beauté d'une gargouille
- Une froide beauté
- La ronce et la plume
- Abstinences et châtiments
- Leçon de choses
- Les vieilles filles
- Mon épitaphe
- Au cimetière.
- Au Père Lachaise
- Têtes d'enterrement.
- Un songe déroutant
- Un couple sans histoire.
- Un froid mortel.
- Un cadeau pour la Camarde
- Au jour glorieux de mes funérailles
- Deuil
- Torpeur cadavérique
- Une farce cadavérique
- Le testament d'un amant moribond.
- Un verre
- Une dépouille ambiguë
- Lettre à un défunt
- Une visiteuse
- Le fossoyeur et l'éplorée
- Une visite à la morgue
- Le convoi
- La grande Crâneuse
- Macabre baiser
- Celui qui est en moi
- Un rêve éveillé
- Une vision des choses.
- Rencontre au sommet.
- La Lune
- Entre Terre et Lune.
- Au clair de l'une, à l'ombre de l'autre.
- La face cachée de la Lune
- La pleine lune.
- Le statut d'auteur.
- La réalité est plus riche que votre imaginaire.
- La hauteur de ma tête
- Trésor d'avare.
- Un adorable tueur.
- Eloge de l'esprit petit-bourgeois.
- Eloge du vice.
