"J'ai toujours rêvé de descendre des escaliers sur la Lune" par Uriel (texte en ligne)

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La vie n’avait pas de sens jusqu’au jour où je me suis enfin décidée à le lui en donner un.
Lequel ?
Je le recherche encore dans un reflet de Soleil aux sonorités qui désignent ce je ne sais quoi qui me porte sans cesse toujours plus haut, toujours plus loin : comme un papillon bleuté virevoltant parmi les étoiles.
Ce n’est pas un cœur palpitant : juste un assemblage de feuilles plus que rudimentaires, mais peu importe. Le bâclé effraye.

Et alors ?

Les plus belles choses sont toujours cachées derrière des machins à jeter aux ordures. J’en suis persuadée : alors tout ça sera un hommage. Je n’ai pas encore trouvé à quoi mais je pense que ça viendra : n’est-ce pas ?

Cette nuit là je m’étais retrouvée allongée dans le froid et l’humidité de la rue, les yeux tournoyant dans un vide franchement frustrant, fredonnant un air que les passant semblaient me reprocher. Je n’avais pas cherché à comprendre pourquoi je chantais dans un instant pareil : c’était comme si je m’étais soulevée une dernière fois pour éclater de rire à mon propre enterrement. Le fait était là : j’étais allongée, complètement ivre, du sang coulais le long de mon corps. Tout ça était secondaire. Ce qui importait c’était cette envie de donner un sens aux choses qui n’en avaient pas ou qui ne semblaient pas en avoir. Et avec ça, il y avait de quoi faire. Comme cette scène absurde d’une nuit d’Octobre. Pourquoi avais-je fait ça ? Franchement je ne saurai vous le dire : peut-être que l’absence de sens nous pousse, par des moyens destructeurs, à des actions démentes qui traduisent l’envie de trouver un sens. Rien qu’une fumerolle que l’on pourrait contempler avant de la voir s’envoler.

C’est l’absence de rien qui nous tue.

C’est aussi ce rien qui nous donne envie de vomir : mais ça, ça n’a plus d’importance aujourd’hui. Car aujourd’hui je suis libre. La liberté, c’est arrêter de s’éteindre lentement devant tout ces riens inutiles, pour enfin commencer à chercher un sens à tous ces putains de trucs qui n’en possèdent pas, et qui nous hurlent sans cesse de leur en offrir un. De leur offrir la joie d’exister. Rien que par le sens qu’ils nous inspirent.

C’est comme ce refrain que je chantais sur mon bitume. Je ne sentais ni le froid, ni la douleur, ni l’humidité du sang : je ne sentais que les vibrations. Douces mais puissantes : elles remontaient le long des mes cordes vocales en sortant des notes un peu fausses. Le son faisait trembler mon corps de plaisir, de beauté éraillée, le forçant à vivre, à maintenir un rythme cardiaques suffisant pour vivre encore des années lumières hors du temps et de l’espace que nous connaissons. C’était ça qui était beau : ces vibrations entraînaient des mouvement vitaux à un corps en instance de mort. Ces faibles son éraillés m’ont permis de continuer à vivre alors que j’allais mourir : si ça, ça ne mérite pas d’offrir un sens au monde, alors je ne sais plus ce qui mérite d’être vécu. Je crois que cette quête de mouvement sera le sens principal : celui que j’offre à ma vie. Nous venons du néant sans aucune raison apparente si ce n’est celle de mourir, alors il faut se foutre un pied au cul pour donner un sens à ça : c’est l’unique façon d’accéder aux sens du monde.

J’ai repris une grande inspiration avant de me lever d’un bond, savourant une perte d’équilibre qui me signalait que j’étais encore en vie.


Je suis réveillée par une sirène particulièrement désagréable qui me fait prendre conscience du mal qui me découpe le crâne en deux. J’ouvre un œil. Sept heures.

J’avais oublié.

Je travaille dans une petite épicerie où je passe mes jours à vendre des produits biologiques et issus du commerce équitable à des riches qui ne les achètent que parce que les prix sont élevés. Je suis sûre qu’aucun d’entre eux ne sait pourquoi il fait ça. Tout ce qui importe c’est que cela leur permet de se donner une image que je juge répugnante, à en gerber même. C’est leur but à eux : courir après les choses les plus raffinées pour les pourrir.

Le pire c’est que moi je ne peux rien dire, je ne peux qu’écrire.

C’est ici que quelques feuilles entrent en jeu : elles sont le réceptacle des pensées les plus absurdes et les plus acides que mon cerveau peut produire. Et c’est pour ça que je m’oblige à me lever ce matin pour retourner derrière le comptoir de Bio’logique : parce que mon but c’est de remplir des feuilles de tout ça pour ensuite les balancer comme un torchon à la face du monde : histoire qu’ils puissent poser des yeux porcins sur des feuille indignes et y lire des mots qui dépassent l’entendement, qui méritent d’être soclés sur le toit du monde. A la portée de tous ceux qui savent regarder loin et aller là où les autres ne vont pas. Pour toucher le Temps du doigt et raconter qu’ils en sont revenus : indemnes et encore plus rayonnants qu’avant, prêts à donner l’impulsion nécessaire aux autres.

Etienne. Je l’avais oublié. Ses gestes, son odeur, la façon dont il pose ses articles dans le panier avant de le pousser vers moi, timidement, comme s’il avait peur de me déranger. Etienne n’est pas riche, il aime juste ce qui est bon.
Il à une petite fille.
Félicie, elle est déjà très jolie, avec ses grands yeux bleus en amande qui vous dévorent dès lors que vous entrez dans leur champ de vision. La petite aime beaucoup courir dans les rayons des fruits et légumes où elle semble redécouvrir à chaque passage ce qu’est une pomme, une poire, ce que ça fait de toucher ce qui est essentiel à la vie d’un si petit corps. J’ai l’impression qu’elle brille d’une aura bleutée lorsqu’elle fait ça, Etienne qui la regarde souriant, un peu gêné. Et moi je souris aussi, l’air de lui dire que je suis aussi émerveillée que lui devant le miracle de la vie porté par l’innocence de cet être.

En voyant tous ces miracles entassés au milieu du rayon fruits et de légumes, je me dis que moi aussi, j’aimerai bien aimer quelqu’un. L’aimer pour pouvoir construire avec lui un petit bout de nous, comme une fleur que l’on protègerais du froid de peur qu’elle se blesse. Je ne sais pas pourquoi je n’ai jamais pensé avant à aimer. C’est stupide. Rien que cette pensée m’enivre d’une douce chaleur et je me laisse flotter le temps qu’il faut pour que toutes mes cellules aient reçu ce cadeau que nous offrent les envies. Et je flotte encore et encore, complètement incapable d’arrêter de sourire, jusqu’à en pleurer.
Et j’aperçoit brusquement deux yeux rieurs qui me fixent : Etienne. Je m’excuse, je bafouille, je dis que je pensais moi aussi à avoir un enfant pour pouvoir le regarder courir au milieu de l’allée des fruits et légumes. Et que fais t’il ? Il éclate de rire ! Un rire doux, chaleureux, qui traduit sa propre joie. Et moi je le laisse partir, dégoûtée de cet égoïsme flagrant, et envieuse de son bonheur palpitant.

J’ai un autre but : trouver le mouvement d’aimer, celui qui me portera vers la création de la perfection décharnée, et acharnée. Des lèvres un peu chaudes, juste ce qu’il faut pour me faire frissonner. Un peu de salive au goût pimenté, pour prouver que c’est un souffle vivant qui s’échoue sur mon cou comme une vague d’amour incontrôlable que le souffle seul est à même d’exprimer : la jouissance d’un autre corps tout près que l’on serre jusqu’à étouffer, pour savourer ces instants éternels qui nous emmènent loin... Dans un espace où le Temps n’existe plus et où le seul rythme qui importe c’est celui des baisers qui s’échangent, saveur de pureté épicée et sucrée. Juste deux sons qui s’enchaînent dans un ‘Je t’aime ’ qui cherche à exprimer ce qui ne peut l’être : c’est un code bien connu qui nous ronge de plaisir à chaque frisson qu’il provoque.

‘ Je t’aime ’

C’est beau. Hier j’aurai dis que c’était justement trop beau pour me toucher, moi, Sveina, mais aujourd’hui je vous l’assure : moi aussi un jour on va me susurrer ça au creux de l’oreille jusqu’à ce que j’entrouvre la bouche dans un soupir incontrôlable, mais tellement profond qu’il en sera magnifique. Juste savourer un instant comme ça vaut la peine d’ouvrir les yeux chaque matin, même pour aller derrière le comptoir d’une épicerie bio remplie de riches. Je vous l’assure. Je te l’assure, futur amour, qu’un jour ça nous arrivera, la main dans la main, de plonger dans cet espace que l’on nomme Village aux Rêves : tu sais celui qui t’emporte dans un endroit rêvé par la simple présence d’un autre être, là, tout contre toi, qui ne vit que pour entendre ton cœur battre sur le même rythme. Je te le promet, je t’attendrais, rien que pour t’aimer, comme il faut.

Je devais revenir à la morne réalité de ma boutique, tout en rayonnant intérieurement des espoirs qui naissaient en moi. Le problème avec la vie, c’est qu’elle est tellement belle qu’il nous est difficile de nous en apercevoir : comme un fœtus ne pourrait se représenter le visage de sa mère. C’est tout le paradoxe de la chose, des offrandes merveilleuses nous sont faites chaque jours, mais nous n’arrivons pas à les saisir, comme si elles étaient tellement près de notre nez qu’elles en devenaient invisibles. Le propre du merveilleux c’est qu’il est constamment fuyant.

La beauté c’est aussi un mouvement : le mouvement de l’insaisissable.

Sacré mouvement que celui-ci : fourbe, mais tellement merveilleux lorsqu’il passe devant nous, visible par le rayonnement solaire qui vient lui donner vie. J’aurai envie de saisir ce mouvement aux tendances fumigènes, pour toujours. L’éphémère m’ennuie. Justement parce que j’ai peur de ce qui change sans moi : je veux changer avec les choses, ou rester figée à leurs côtés dans une éternité intemporelle. Je pousse un cri qui se transforme en rire démoniaque et incontrôlable : le vide me regarde avec des yeux ronds et moi je décide de lui tirer la langue et de m’enfuir en courant.

J’entends le son des clochettes qui résonnent au loin et quelques cris de Madame Martin qui n’ont ni queue ni tête, et encore moins de corps. Je continue à courir dans un élan dévastateur et je finis par m’arrêter, au centre du pont qui surplombe la petite rivière du village. Je baisse les yeux et là le vide m’emporte.

Tintement glacé et froid de la puissance insondable.

Remous doux et puissants, translucides et souillés d’écume d’eau douce. L’alerte est donnée. Tous mes sens sont emportés par ces tourbillons liquides qui coulent sans cesse, sans jamais s’arrêter, comme si la source n’était qu’une fontaine électrique qui envoyait sa dose aux regards des passants, dans l’espoir qu’ils fassent attention à ce qui les maintient en vie. Je suis saisie d’une tristesse à la source encore plus puissante que le sujet de ma contemplation et je me mets à pleurer. Pleurer comme je ne l’avais pas fait depuis des mois, des années peut-être, je ne sais plus. Des larmes si fortes qu’elles tombent, alimentant le débit de ce mince filet d’eau, ridiculement mince à l’échelle de la planète. Et là c’est la vie qui s’offre à moi dans toute son immensité : la planète. Je suis incapable de tenir debout plus longtemps, je suis capable de ressentir la planète tourner à une allure démentielle, comme si elle voulait se débarrasser de chacun des êtres qui l’habitaient. Et le comble, c’est qu’elle y parvient. Je me sens effondrée, déchirée, persécutée même. Peut-être est-ce l’absence d’importance dans cette mécanique grandiose qui me fait pleurer.

De joie. La tristesse est une joie incomprise. Tout comme l’amour est un poison au goût sucré. Tout comme les araignées pendent gracieusement au bout de leur fil, délicat, périssable. Comme elles. J’ai découvert ce qu’était la beauté : elle apparaît dès lors que nous décidons de fusionner avec les choses dérisoires qui nous entourent, pour les observer de l’intérieur. C’est l’intérieur des entrailles d’une planète que j’ai réussi à observer, à découvrir, et j’en pleure de magnificence.

J’offre à tous ceux qui passent cette révélation vitale en sortant un marqueur de mon manteau pour écrire sur le pont : « Regarde de l’intérieur, c’est là que la vie prend tout son sens. »

Je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est, mais j’entre dans cette salle, me laissant entraîner par la cohue, bousculée dans tous les sens. Le contact de l’inconnu me fait sourire jusqu’à m’en fendre les oreilles. C’est fou ce qu’un son poussé à pleine puissance peut avoir un effet sur le corps, comme s’il l’aidait à décoller, à aimer tout ce qui l’entourait, à se libérer de toutes ces pressions qui le poussent habituellement à rester dans son coin, obnubilé par l’envie de disparaître.

L’envie d’Etre éclate. Tout explose. Je crois que quelqu’un en pleure, ou en meurt : quelle importance ?

Je m’arrête d’un coup. Je n’avais jamais vu quelqu’un mourir.

Le son s’arrête brutalement, tout comme le temps. L’espace disparaît et je me retrouve en face de cette jeune fille, effondrée sur le sol, morte. Overdose. De quoi ? De bruit, de puissance, d’espoir. Je la regarde comme ça, sans ciller, je contemple le mouvement de l’immobile, le mouvement de la mort. Je crois qu’elle hurlait d’envie de se figer juste avant d’être exaucée. Je ne sais plus quoi faire, quoi penser, j’ai, moi aussi, l’envie de connaître ça. L’absence de vie, le transfert dans l’énergie pure, que je ne vais peut-être jamais connaître : j’en ai affreusement peur et j’en prends conscience. La conscience de la ‘chose’ me fait pleurer, hurler. J’ai peur de prendre conscience de l’inévitable. Comme tous, je n’arrive pas à me représenter ce froid glacial, cette absence de rien catégorique. Je ne sais pas trouver les mots à offrir à mon esprit, dans l’espoir de le voir me convaincre d’accepter ce qui meurt.

La peur nous tue peut-être plus que la mort elle-même.

La peur de l’absence de l’autre : paradoxe ultime de mon essence. Je m’appelle Sveina, j’ai peur des autres, mais j’ai encore plus peur de leur absence. Je crois que je les aime, autant qu’ils m’effrayent. Je ne prends vie qu’en leur présence. L’absence d’autrui met fin à mon existence : cette fin que je ne peux me résoudre à accepter, sereinement comme beaucoup le font. J’aimerai pouvoir me plaindre. Mais ma condition me l’interdit : je suis en vie, je ne peux pas me plaindre de mourir un jour, tous les jours.

Le Temps fera le reste, si les autres continuent à me maintenir en vie. Peut-être est-ce pour ça que la solitude accélère la vieillesse, parce que les autres sont notre souffle de vie, notre unique chance de survie. Et c’est uniquement en sachant cela que l’on peut vivre, et même plus, rayonner de vie, grâce à eux mais aussi pour eux. Cette prise de conscience m’enchante plus que la perspective de finir dévorée par des vers.
Il faut que je trouve quelqu’un à contempler, devant qui m’émerveiller, juste pour le plaisir de l’aider à rayonner de vie, et pour vivre à mon tour.

Ce que je veux, c’est arrêter de survivre, et pour ça, j’ai besoin d’un ‘toi’.

C’est le rayonnement qui importe. Son origine ne sert qu’à faire fleurir les œufs. Etrange paradoxe. Encore un. C’est flou, j’en ai marre, j’en ai peur. L’automne fait fuir la vie, mais fait renaître l’Ombre. Ombre insaisissable, dangereuse, attirante, silencieuse. C’est cette Ombre qu’il faut savoir apprécier, comme une fleur qui s‘épanouit à la lueur de la Lune. L’Ombre c’est la Vie, tout comme le soleil. La cécité de la masse n’aide en rien. Elle ternit d’une façon malpropre ce qui devrait être adulé. La crainte de l’inconnu est une saloperie. L’amour de l’horreur un trait de génie. L’échelle n’importe peu, les yeux font tout le reste. L’amour peut aider, mais franchement, je n’y crois plus. Plus que cela, c’est le combat entre Râ et Apophis que l’on met en scène, nous avons la place de Seth dans toute cette histoire : c’est étrangement agréable. C’est cette humanité qui détruit l’essence des dieux : nous ferions mieux de comprendre que la vénération trouve sa source dans l’auto vénération. Ce qui permettrait d‘arranger bien des problèmes.

L’obsession du crime, l’adulation de la passion, la peur du vide, la jouissance du sang, la douleur de la peine. L’imagination peut détruire bien plus que de simples rêves. La joie d’une fatalité contemplative.

Et la joie de la paresse vient enfin jouer son rôle. Tabernacle comme ils diraient. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de faire un long hommage à ce qui nous ronge. Le Temps est déjà bien assez souillé pour que je ne vienne pas ajouter un enduit grisâtre sur ces murs faits, et refaits avec un peu moins de précision à chaque passage. Je ne vais pas non plus encourager les vivants à bâcler des tâches importantes. C’est justement là qu’est la clef. La peur du néant est tellement forte qu’elle nous pousse à s’en protéger, de telle sorte que nous en approchons de plus en plus vite. C’est ça la cruauté de la paresse : de la cruauté, enfin. Je suis certaine que c’est une chose encore plus malsaine que la mort elle-même que de paresser, c’est attendre patiemment sans résister que la barque vienne nous emmener au royaume sans couleurs. Tu voulais un hymne, le voici. Je n’ai aucune envie d’attendre cette barque, et pourtant, c’est comme si je me poussais à entrer dans le fleuve sans même avoir besoin d’aide. La noyade suicidaire. L’envie de la paresse.

Catastrophe que de dénigrer cela, mais catastrophe naturelle. Est-ce pardonnable pour autant ? Il faut croire, oui.

Tout ça me fait penser à elle, fumée déjà bien loin. Saloperie va, c’est toi la cruauté. La cruauté de l’absence. On en revient toujours au même point. Ce n’est pas simple de vouloir sortir du cycle. Comment ? L’immortalité.

L’immortalité est l’unique chance de survivre à la cruauté du cycle si l’on omet l’ignorance. Vu qu’il est trop tard pour l’ignorance, ça ne laisse guère le choix. Il semblerait que la violence soit une échappatoire, dans le sens où rien n’est plus puissant qu’une coulée de haine pour noyer les autres. Et refuser ainsi de faire face à la réalité de ce qui nous concerne.

Légitimation déplorable de l’acharnement.

Finalement ça en devient risible, une fois la douleur passée. Bien qu’au fond, il n’y ait rien de drôle dans tout ça. Tout s’enchaîne à une vitesse folle et la seule chose que nous puissions contrôler, c’est notre volonté à accepter ou non les coups. Le problème étant que la flemme du venin nous pousse à rester inertes devant des attaques auxquelles nous devrions répondre avec autant, si ce n’est plus de férocité. Oui, mais bon. Le silence est aussi un bon moyen de fuir, différemment. Bien qu’en soi, la fuite devant l’incarnation de la bassesse humaine ne soit pas un crime, bien au contraire. En ce sens, le silence est un acte d’héroïsme, d’altruisme même. Laisser les autres se défouler pour se calmer un instant, et rire intérieurement des ces débordements dérisoires, à vomir. C’est un bon compromis, un tant soit peu difficile à appliquer, mais un bon compromis tout de même. La clef de la chose, c’est l’observation. Qui dit observation dit compréhension, et sacré fou rire par la suite.

C’est offrir une réalité encore plus violente à l’autre, en lui faisant violence dans l’inaction. Réagir, c’est l’aider à se convaincre du bien-fondé de sa violence. Observer, c’est lui faire comprendre qu’il n’est rien, si ce n’est un condensé de pourriture. C’est un peu pousser au suicide, c’est vrai, mais il n’empêche que c’est préférable que de se laisser affecter par le conflit intérieur d’animaux incapables de se contrôler et d’analyser leur situation. Trop chercher à comprendre les autres, c’est fuir sa puanteur intérieure. Il faudra bien qu’ils tâchent d’y faire face un jour où l’autre, je ne fais que les y aider en restant inerte devant ces déchirements intérieurs, matérialisés par de puérils excès de rage.

Et ça continue. C’est dans ces instants qu’au fond, la perspective du néant n’est pas si redoutable.

Je ne sais pas s’il existe des codes qui régissent l’Univers mais dès fois la vie fait bien les choses. On n’est jamais victime par hasard, et on ne peut refuser que ce qui nous touche. Plus que des réflexions inutiles, il me fallait trouver un moyen de faire face à l’imminence du néant. Fuir son approche, c’est lamentable, foncer droit devant, ça l’est tout autant. Je crois que c’est dans une situation idiote, magique, que j’ai compris. Derrière des barreaux irréels, des yeux brillants, une volonté de survivre, de combattre.

Le combat. Perspective bien morne face à un géant immatériel. Perspective bien réelle face aux autres. L’inspiration est un crime dans un sens. Le crime de montrer le vrai, d’expliquer comment la vie nous tue. Mais avant tout le crime d’un égoïsme nihiliste. Ecrire en ces termes, ça devrait être interdit. Parce que les mots ne doivent pas servir les intérêts d’un personnage médiocre qui cherche à donner vie à des désirs d’enfant incompris. Parce que l’incompréhension est tellement orgueilleuse qu’elle en devient pathétiquement ridicule. Et qu’il me semble important pour nombre de ces personnages ratés, incomplets, de prendre conscience de leur absence d’utilité, et du manque de talent considérable dont ils font preuve.

L’infinité de l’éphémère. La différence entre subir et faire face : ce n’est pas affronter, bien au contraire. C’est vivre, vivre la mort. Comment ? Un espoir d’y parvenir réside à mon sens dans le mouvement. Il faut savoir le saisir.

L’idée géniale. C’est ce qu’il manque au monde pour mourir avec grâce. C’est en regardant passer le vent dans les feuilles que j’ai eu l’Idée Géniale. Trace de génie dans un monde où, franchement, il ne manque pas. Si seulement la conscience était présente, les choses seraient bien différentes. L’exploitation du génie pour la vie dans l’absence de vie.

Je pourrais résumer ça ainsi : Il n’existe pas de Paradis extérieur, puisque nous en sommes les cellules. Il n’existe pas d’Enfer, car nous en sommes les seuls créateurs par notre manque de bonne volonté. Il n’existe pas de Temps, parce qu’il n’est qu’une fatalité illusoire. Il n’existe pas de buts personnels, puisque nous sommes tous d’infimes parties d’un Tout qu’il faut faire vivre. Il n’existe pas de Bonheur parfait, ni de Bonheur imparfait, car ce ne sont que des notions illusoires pour parer à l’inculture et à l’ignorance. Il n’existe que trois choses importantes : le Regard, le Génie, et la Vie.
Le Regard pour arriver à poser des yeux nouveaux sur un monde, sur soi-même, sur ces beautés, et prendre conscience du Génie individuel. Pour ça, il faut se regarder dans les yeux, se sourire, et voir le génie qui émane d’une telle vision : chaque être est un concentré de génie qui ne demande qu’à être mis au service de la Vie. Une fois le génie révélé chez chaque être, il lui permet de voir, encore différemment, d’aimer la souffrance pour ce qu’elle apporte de beau, mais surtout d’aimer la Vie, pour ce qu’elle est. Une mécanique complexe, mais tellement simple pour celui qui prend le temps de la regarder, de lui sourire.

Je ne sais pas s’il est important de trouver une fin aux histoires qui n’ont jamais vraiment commencé. Il est juste important de les dédier. De les ressentir, de les vivre, de les aimer. Il faut juste accepter l’existence de l’inexistant, ce quelque chose qui fait le rien. Ce qui importe aujourd’hui pour moi, c’est d’avoir pu découvrir qu’il se trouvait un monde sous le tas de déchet qui nous sert de réalité, et d’avoir pu y vivre quelques instants. Quelques jours, seulement, mais qui valent tellement plus qu’une éternité d’illusions. Parce qu’il n’existe plus de but à poursuivre dans cette réalité colorée, c’est l’accomplissement, dans son essence, et dans sa pratique.

Souvenez vous, quand je pensais encore à aimer, à saisir ce mouvement de l’amour à deux, il n’est plus nécessaire, parce qu’il existe un amour encore plus grand. Celui qui vous pousse à vous allonger au milieu d’un champ de fleurs, de regarder le ciel tourner loin de vous, et de sentir que sans cela vous seriez morts. J’en revenais et j’avais toujours ce même vieux cahier poussiéreux sous le bras, où l’encre avait coulé longuement, pour arriver à ça. La lueur d’une étoile. La force d’un cri déchirant la nuit. La violence d’un choc et les lumières d’aides trop tardives.

L’étoile, ma dernière vision. Le cri, celui d’Etienne, sur le trottoir en face, l’air déconfit. Le choc, celui d’une carrosserie, encore une. Des lumières, floues, des sonneries, encore quelques cris. La vision d’un visage rempli de larmes qui vient remplacer le ciel, quelques mots flous que je ne comprends pas. La douceur d’une main qui agrippe la mienne, le parfum de lèvres humides qui tentent de me ramener à la vie.

Il est trop tard, Etienne l’a compris. Une telle quête ne pouvait qu’avoir un prix. Celui de la tristesse d’un être que j’aime. Mais je lui lègue, à lui, aux autres, à toi surtout, la clef pour entrer dans l’essence de la réalité. Les lignes ne font que décrire ce que tu peux vivre aujourd’hui. Sûrement pas grâce à moi, mais grâce au génie qui t’habite, qui peux te monter que le mouvement existe, et qu’il faut l’aimer.

Des sirènes stridentes, dont celles d’une vie qui prend fin, pour laisser aux autres la place pour s’épanouir. J’avais encore envie de dire une chose, le sang m’en empêchais. J’offre le vieux cahier à ces yeux tristes, pour y voir une lueur, et je termine une quête qui sauvera toutes les âmes qui sauront aimer le simple, aimer, tout simplement.

Enchaînement et déchaînement d’idées. Et si la peur n’existait pas ? Elle n’existe plus. Horreur des fonds. Appel du large, des voies lactées et fraisées. Ironie tragique d’un sort magnifique. Quelques mots pensés, dont encore un ‘Je t’aime’. Destiné à un ‘Qui’, cette fois-ci. Manigances économiques, adulations nihilistes, espoirs mal orientés, abattoirs brûlés. Pyromanes récompensés, perversions acceptées, innocents inculpés, souffrances ignorées. Et dire que j’ai la solution. Que nous l’avons tous. La confiance. Implacable génie, idées, armées. Cherchez l’intrus. Trouvez l’erreur, réussir une opération du cœur, briller, encore, à jamais, par ce rien.

Finalement, l’important, c’est ça. De comprendre que l’amour d’un tout, d’un rien, d’un ‘Lui’, permet de vivre, de faire vivre. De savoir que l’on peut toujours descendre des escaliers sur la Lune, en rire, et puis en mourir.














C’est ça, t’aimer.
L’offrande d’une vibration du myocarde.
Des barreaux d’Or que toi seul peux brûler.

Uriel

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