"J'ai oublié" par Kiruna (texte en ligne)
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Je marche. 2 mètres en long, 2 mètres en large soit 8 mètres de périmètre, 4m² de surface. Je tourne, 2.5 cm séparent le mur du pied gauche du lit. Je retourne, encore, chaque mur est le même, chaque côté se ressemble, chaque dalle est découpée de la même manière, chaque grain de poussière se dessine de la même façon.
Je lève la tête, une fois de plus, le plafond est unicolore, toujours le même, si bas, si oppressant, d'un blanc pervers et insensible. Une seule lumière éclaire cette pièce, par le haut. Elle donne une dimension quasi irréaliste aux murs qu'on pourrait croire plaqués les uns contre les autres. Cette lumière qui noircie mes nuits d'insomnies et qui me résigne à ne plus penser m'entraîne finalement à ce constat :
-- J'ai oublié
Passif. Les journées coulent, comme un bloc difforme de lave en fusion qui glisserait sur une matière infaillible, inexorablement pris dans la toile d’un labyrinthe inextricable. Passif pour si peu que la vie nous ait laissé le choix de la vivre et non de la caresser du regard. Les gens ici sont tous les mêmes. Justement : il ne sont pas, et c'est bien là le problème. Je suis seul ici. Les âmes qui flottent encore dans mon cœur ont des visages qui s'effacent, des sourires qui s'envolent, qui se perdent quand mes yeux butent contre les murs. J'essaye de les compter, j'essaye de bouger mes doigts quand ils ne sont pas englués dans l'air, à force de dire bonjour à ceux qui ne passent pas. J'essaye de murmurer, quand mes lèvres ne sont pas collées aux barreaux de mon lit, à force d'embrasser ceux qui n'existent pas. J'essaye de regarder à travers les murs, quand mes yeux ne saignent pas de pleurs.
Le silence ne veut pas m'entendre.
Et je marche; dans ma tête sûrement, mais je marche quand même. Je marche sur mon lit, la tête au plafond, mirant l'horizon à la recherche de tout signe de vie. Je marche dans mes 4m², je marche pour les rattraper.
Ailleurs, j'ai oublié. J'ai laissé le goût vivifiant d'ailleurs, au-delà de ces murs, j'y ai laissé ma peau, ou bien alors, on ma ôté cette peau, cette apparence que j'arborais autrefois.
J'ai pleuré, entre les roches asymétriques. Sous les éléments et derrière l'eau que je faisais naître de mes pleurs. J'aurais voulu l'endroit mirifique, sans lésions ni illusions. Celui qu'ils me retirent avec cet air mielleux. J'ai trouvé mon seul but à présent : m'évader.
Il n'y a plus de mur, je suis dans une forêt, peu importe le nombre d'hectares. Il me suffit de penser et je suis ailleurs, après tout, on m'a mené ailleurs, je peux y retourner. Je n'ai même pas le désir de compter combien d'arbres s'étendent devant moi. A chaque mot que je lance, un arbre pousse.
Et je vois ceux qui m'ont poussé au bord des falaises, couchés, chaque son, chaque mot que je pense les fait faillir; et tour à tour, j'admire leur sève couler, accrochés à la terre comme l'arbre à ses racines. Je ris fort, aussi fort que mon corps me le permet, assez fort pour éparpiller les oiseaux opalins, occupés à finir les restes de cet horizon de corps.
-- Je suis seul ici. Je suis seul dans le monde que je crée, je suis seul dans mes rêves.
Même le silence m'est étranger
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