"Exsangue" par Mizan (texte en ligne)
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J’aime ce crépuscule. Il y flotte un doux chant
dont le grêles échos jamais ne se tarissent
et qui me prend au cœur, comme un baiser touchant,
inévitablement touchant la cicatrice.
J’ai malgré la tempête écarté les volets.
Quelque part sur les toits un spectre se lamente.
C’est elle, l’éthérée, mère des feux follets;
C’est mon obscur amour, ma plus fidèle amante.
J’écoute longuement sans pouvoir m’apaiser
cette voix qui m’appelle; Et bientôt trop avide,
trop ardent d’obtenir de la morte un baiser
j’ai franchi la fenêtre et marché vers le vide.
Là, seulement portée par sa légèreté,
déchirée comme un drap que l’aquilon fouette,
dressée dans la rafale ou prête à s’y jeter
- je ne sais son désir – ondoie sa silhouette.
Elle aurait la pâleur de l’albâtre et du lait
si n’était à son front des filets d’eau vert menthe,
si le fard de la nuit d’ombre ne la brûlait,
si son être en un mot n’étreignait la tourmente.
Elle envie la rougeur des infinis cuivrés,
quand les anges là-bas sur l’horizon se jettent,
et qu’ils versent les sangs que leur mère a livrés.
Cette femme toujours à la fièvre sujette,
attend là son époux parti loin sur les eaux.
Ainsi, le pied trempé dans le lac des ténèbres
elle cherche parmi l’absence des oiseaux
le navire épargné par les guerres célèbres.
Et, trompée, dans la brume elle voit s’approcher
cet impalpable esquif, fait de vaines matières
qui s’ombre sous sa laine, et vient s’effilocher
et se fondre en lambeaux puis en grappes entières.
Chaque fois, les brouillards, fantasques continents,
dans un ciel sans fanal lui dévoilent l’absence
de navire voguant sur ces flots éminents…
Et la dame soudain remarque ma présence,
se retourne vers moi, me regarde un moment;
ne me reconnaît pas, -comment ai-je pu croire ?-
puis entendant son nom –je ne sais pas comment ?-
s’exécute en brisant sans un bruit l’onde noire.
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