"Dévorés des chimères" par Mizan (texte en ligne)
Les autres textes en ligne | Publiez vos textes ?.
S’avancent tous ces gens aux flambeaux allumés.
Perdant leurs yeux éteints sur des visages ternes,
ils quittent lentement les faubourgs embrumés
où la foire a soufflé ses dernières lanternes.
Près des cages de fer, une heure auparavant,
la montreuse criait « La foire de l’étrange
se termine. Il est tard. Notre monstre savant
ne veux plus pour ce soir qu’encore on le dérange.
Mesdames et messieurs, c’est fini ! Jolis gens,
faites place ! »; Et son œil de sorcière démente
perversement luisait quand les moins exigeants,
pour sa peine, tiraient un écu de leur mante.
Le spectacle insolite à présent terminé,
les ténèbres défont des grimaces plaintives;
De l’eau noire frémit sur le sol piétiné;
Il ne reste en ces lieux que des bêtes captives.
Une dernière fois la licorne s’endort ;
La sirène a caché son chagrin dans l’eau sale.
Déchirant son perchoir, le strix aux serres d’or
voit se baisser les yeux de l’hydre colossale.
Les lions sont blottis près d’un feu presque éteint;
Pour ce soir en tous cas le phoenix brûle encore.
Cependant monte un cri vers la lune d’étain;
Torse dans sa prison, hurle la manticore.
Bavant au souvenir de ses meurtres passés,
de fureur en ses fers elle rue et saccage
son vieux visage humain dont les crocs agacés
ne font que plus nombreux les barreaux de sa cage.
Dans ses pleurs monstrueux elle mord son ennui;
Et son râle est empli de milliers de murmures.
Elle attend le dompteur et voit malgré la nuit
dans ses bras de vieillard luire des pommes mûres…
bien trop mûres, se sont de biens étranges fruits,
écarlates, fondants, s’évidant sur la terre…
des cœurs, oui, fraîchement arrachés à grands bruits,
dont la vie coule encore aux tranches de l’artère.
Et la montreuse rit dans sa morte beauté;
Car pendant qu’elle essuie à ses lèvres ses lames,
dans les faubourgs voisins, une plaie au côté,
les visiteurs s’en vont, si blêmes sous leurs flammes.
© Mizan | Laissez un commentaire.
- La rachetée
- Stances à la nuit (extrait) « nonchalante tueuse »
- L'an de cendre
- De par un soupirail
- La pâle et ses rides
- Jeux d'osselets
- L'autant de braise
- L'odieuse musique
- Un chef-d'oeuvre
- Exsangue
- Noces de cartilage
- Traquenard sentimental
- Le siège de cire
- D'une haleine à sa mère
- Le septième cauchemar
- L'ange rafale
- Feue l'enfance
- Dernières graines de folie
- L'oeil fermé du chaos
- Les écumes de l'exil
- L'Iris Recraché
