"Désir d'orient 1 -Le Viol-" par Duprat Ombeline (texte en ligne)

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[...] Elle a le goût du sang sur ses lèvres, celui du stupre dans sa bouche. Oeil de biche, alanguie, courbée sous les caprices de son maître, elle rêve liberté. A présent, il la frappe, et elle s’écroule au sol. L'âpreté du sang est remplacée par celle de la poussière qui glisse lentement, pernicieusement dans ses narines, dans ses poumons, dans son corps tout entier. Elle sent les coups qui s’abattent sourdement, elle n’y voit rien. Ses cheveux sont collés au visage par le sperme et les larmes qu’elle verse ne permette en rien de la libérer de son carcan de cire poisseuse. Ses lèvres écument une bave rougeâtre qui s’agglomère au reste. Ses yeux se révulsent, elle se crispe, ses ongles raclent la terre. Se soulèvent. Elle ne gémira pas. Elle est déjà ailleurs; elle revoit l’Orient tel qu’elle l’a connue jusqu’à ses 6 ans. Jusqu’à ce que sa famille ne la vende. Les hommes crient et se défoulent sur elle. Frappée, battue, corrompue, soudée, blessée, mutilée. Violée.
A 9ans, c’est le sang de son enfance qui s’en est allé, ruisseau rubicond dévalant la falaise aride de ses cuisses. Jusqu’alors, elle courrait dans les rues, riant, rappelée à l’ordre par de minces baguettes tressées d’osiers et de roseaux. Les toits étaient son domaine lorsqu’elle voulait s’échapper à la face du monde, où elle s’éprenait à rêver de l’Occident. Les chaleurs des fours et du soleil, chargées de vapeurs diverses qui l’enivraient. La transcendaient.
Un coup.
Deux coups/
Fesses couleurs Sienne maculées de taches. Rosissent honteusement à chaque lambeau retourné. Elles luisent, perlent. Deux lunes fines qui pleurent dégoulinent. Ils la retournent et offre son ventre aux regards ribauds de ses inquisiteurs. Elle sent quelque chose entre ses jambes qui va et vient, qui la perfore, toujours plus, plus vite, plus mal. Elle tourne la tête et elle voit qu’il y a des perles sur le sol, lapis-lazuli du Moyen-Orient, topazes éclatés, or et argent s’embrassant, carat de bon karma, elles ne luisent plus, trop souillées. Elle aurait pu être richement vêtue dans son sari, piqué de dorures et de soie précieuse provenant des marchés de Calcutta. Il broie ses seins, chairs légèrement enflées, tétons pincés, déformés, arrachés.
Il hurle mais elle ne l’entend plus. Elle remonte le Gange, volant dans ses eaux, jonglant de ses alluvions, vénèrent les morts emportés lors de la dernière mousson. Le soleil s’invite dans les nappes vertes du grand fleuve et elle est doucement aveuglée. Son corps nu glisse dans les eaux avec autant de grâce et elle jouie de la caresse de l’Eve sur sa peau. Sa tête se penche sur le côté pour éviter un coup. Un pied heurte son oeil. Miroir éclaté, larmes infectes, cœur qui bat -sans le vouloir-Il la redresse brutalement en la tirant par les poignées. Ses chairs délicates dégorgent les exhalaisons lubriques de l’homme.
Partir...Fuir...Mourir...
Elle entend les cris de Krishna lorsqu’elles couraient le long de la rivière, lorsqu’elles rendaient visites à leurs mères, lavant les tuniques sales. On les avait bien envoyées travailler à l’usine d’armement juste à côté du bidonville mais elles n’étaient pas assez résistantes, pas assez productives. Alors, elles jouaient...Elle se rappelle du souffle du vent, de la chaleur enveloppant son âme. Elle revoit les oreilles percées pour mieux être ornées, les bindis, les tatouages, les visages de ces reines de jour. Et ces odeurs! Cumin, Jasmin, Paprika ! Sang...Foutre...Il la prête à l’un de ses amis. Il la baise par-devant et écume les recoins de sa bouche. Son âme hurle !
Torrent de larmes, torrent de foudre. Son cœur gronde, bat la chamade, désir d’Orient. Elle a dans le nez l’effluve de ces chairs et loin derrière, celui des jardins aux milles senteurs. Elle ferme les yeux et elle s’imagine vaporeuse, flottant au-dessus des nappes de fleurs ; les orchidées lui sourient et la voilent dans leurs saris blancs. Immatérielle et irrémédiablement vivante. Elle sourit, rit, éclate sa joie dans le tumulte de ses sens repus de félicité. Elle s’enivre, se saoule des senteurs. Les cassolettes des palais infusent tout ce que l’Orient a de mieux et aux effluves de l’opium se mêle le chanvre et les rites sacrés qui en émanent. Elle tournoie dans ses robes faites de feu et de lumière, clinquantes et magiques. Camaïeux des couleurs, délices d’ambre, onctueuse et safrané, sa peau se fond aux étoles.
-Redouble de violence-
Rejetée au sol, abandonnée sous les dépravations lubriques et les exhortations moqueuses. Soumise à jamais, prisonnière d’un palais de l’inquisition. Le sang coule de son nez -sa bouche, fracassée -son ventre, déchiré- son intimité, labourée. Les hommes s’éloignent dans les couloirs d’ombres et les enfeu, et leurs rires tanguent en la blessant encore davantage. Des femmes viennent la relever, la soigner, la nettoyer. Les gestes sont doux, voluptueux et leurs caresses lui font oublier ses maux. Mais toujours moins que le cachet blanc qu’on lui presse d’avaler...
[...]

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