"Dernières graines de folie" par Mizan (texte en ligne)
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Ils arrivent. Cela fait une éternité
que le vieil insensé s’obstine à les attendre,
que les plaies de ses yeux fixent l’obscurité.
Pas question cette fois de se laisser surprendre.
Ces horreurs ont jeté leurs cris rauques au vent;
Ici chaque habitant a fermé la lucarne
et baissé le loquet; Et les rats se sauvant
ont cédé leurs séjours; Les chemins se décharnent;
L’aveugle reste seul. On raconte souvent
qu’il perdit la raison par une nuit d’orage.
Pour expliquer ses plaies le vieil homme émouvant
racontait à chacun qu’elles étaient l’ouvrage
d’oiseaux démesurés enfantés par le soir
et qui gobent les yeux de ceux qui les regardent.
Les mots pleins de rancune il avoue ne rien voir;
Mais il serre pourtant un poignard à la garde.
Le bruit craque. Ils sont là, ces fougueux échassiers.
Ils engorgent le ciel de leurs formes affreuses;
Leur course au loin déplace en vagues des poussiers
où claquent par coups secs leurs jambes filandreuses.
Leur cortège bientôt dévorera les tours.
De leur plumaison mauve, insondable, brûlante,
ces géants aériens couvrent les alentours
faisant jaillir les feux où leurs griffes se plantent.
Leurs innombrables corps aux duvets sans couleurs
se mêlent, se déplient, puis par endroits se crèvent
comme s’ils présageaient nos futures douleurs.
Leurs cohorte élancée se déchaîne et sans trêve
s’enroule sur les bourgs, avale le clocher.
En même temps l’aveugle au bord de la démence
a levé son couteau, a voulu s’approcher
pour arracher un cœur à cette bête immense.
Et bientôt c’est le choc; Le plus proche échassier
tout de givre sanglant vient se figer sur place.
Une serre plantée sur l’épine d’acier
l’oiseau fuse; Et ses cris au silence s’enlacent.
…L’orage s’est enfuit loin dans l’opacité.
Reprenant nos esprits, nous nous levons, livides
car l’aveugle n’est plus, non plus notre cité;
Le monde a disparu de nos yeux noirs et vides.
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