"De par un soupirail" par Mizan (texte en ligne)
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Un siècle d’abandon, tout un siècle; Et dehors…
et dehors plus un rire, et les pleurs se font rares.
Nombre ont fuit cette ville où jamais sur leurs corps
ne se lève le jour. Dans les entrailles noires
des foyers étouffés le pouls bat cependant;
Quelques vivants parmi les carcasses saignées
guettent la lune pleine, immobile, attendant,
blanche et grosse de sang, comme un nid d’araignées.
Tout est sec. Dans les parcs le souffle des saisons
a déterré des chiens dont plus rien de subsiste.
Il a pris les enfants du ventre des maisons.
Plus d’invites, de cris dans les rues, plus d’artiste,
ni d’air de violon si souvent entendu.
Dans la douve où jadis coulait la vase humaine,
reste un seul virtuose, un squelette pendu
à sa planche de bois. Et quand la nuit promène
sur l’ébène le poids de ses doigts dégarnis
on entend plus grincer la corde endolorie
mais seulement les os craquer sous le vernis,
et la bise chanter sa macabre euphorie.
Au manège, plus loin, fume le crin tigré
des chevaux de bois mort. Inerte violence
ces bêtes à jamais seront debout malgré
que leur échine soit transpercée d’une lance.
C’est la fatalité qui s’écoule sans heurt;
Ainsi cette gargouille aux blanches commissures
qui sans cesser de vivre infiniment se meurt,
livrant sa propre chair au flot des vomissures.
Mais si tout est désastre en ce monde détruit,
il reste cependant au coin de quatre pierres
un endroit singulier, plein de fête et de bruit,
s’irisant quelquefois dans d’étranges lumières.
Et si quelque vivant cherche asile le soir,
si par chance il atteint la demeure nouvelle,
à peine espère-t-il en frôler le heurtoir
que la porte s’entrouvre et que l’ombre révèle
une goutte tombant sur le seuil. Mais comment?
Ce n’est pas du vin vieux; C’est l’écriteau qui saigne.
C’est qu’il aura fallu repeindre récemment
« Auberge du Trépas » en rouge sur l’enseigne.
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