"D'une haleine à sa mère" par Mizan (texte en ligne)
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Puisses-tu te noyer dans tes larmes de rage!
Ma pauvre, cet enfant que tu viens réclamer,
fut par moi dévorée, au couvert d’un orage,
par une nuit d’hiver où j’étais affamé.
Séduit par le parfum de ta progéniture,
d’innocence gorgée, il me prit d’avaler
ton bonheur et sa vie; Oui, c’est ma nourriture
l’existence; Et bien quoi? Je m’en suis régalé.
Je sais qu’au moindre coeur que mes griffes étreignent
vous, insectes mortels, me faites tribunal;
Si le fruit que je mords est un monde qui saigne,
fais donc, accuse moi de ce crime banal;
Mais d’abord je voudrais te remettre en mémoire
une certaine nuit. Une femme enfantait
dans ta chambre. Invisible à sa prunelle noire
j’étais là; J’écoutais sa douleur qui chantait.
Son enfant rechignait à se livrer au monde.
Te souvient-il alors qu’approchant son ennui
je la fis délivrer de cette larve immonde,
que ce fût sur mon mot qu’alors l’astre de nuit
devint pour son secours galbe d’un cimeterre,
et qu’on vit de la bourbe un enfant se lever ?
Mon seul souffle pour lors pouvait le faire taire;
Mais pourtant j’ai laissé ses sanglots m’abreuver.
Comprends-tu qu’à présent tes injures me navrent?
Pourquoi tant m’en vouloir? Son corps depuis longtemps
sans mon aide n’aurait qu’augmenté ton cadavre.
Que faut-il aux mortels pour s’estimer contents?
Pendant presque quinze ans mes foudres l’épargnèrent.
Et tu n'en voulais plus; Je l’ai prise. Sais-tu
qu’elle a très peu crié? Sa terreur, sa prière
n’a brisé que ton nom quand ton enfant s’est tu.
Est-ce ma faute à moi si quelque mère indigne
avait chassé l’enfant qu’un jour elle portait?
Acceptes son pardon, reçois d’elle ce signe
quand mes entrailles crient ces mots que la mort tait.
Pauvre folle, à présent tu vas quitter mon antre
et relâcher ces poings que sur moi tu fermais.
Cet enfant fut jadis –c’est exact- en ton ventre;
Sois heureuse! Il sera dans le mien désormais.
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