"Cycle de Gabrielle (poèmes)" par Djahrian (texte en ligne)

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I] Gabrielle

Dans le jardin d’eau bleue, lys et micocouliers
Jouent gracieux aux reflets avec les peupliers ;
Sur l’onde encore se penchent des saules, et six bouleaux
Se balancent en cadence, au rythme des oiseaux.

Dans le vent vert d’été, sous une douce pluie
Danse nue Gabrielle, qui aux gouttes sourit.
Son teint de nymphéa, pâle et d’un rose aurore
S’accorde en harmonie aux charmes de la flore.

L’eau coule ; je devine sous le voile léger
Des boutons en éveil, une tendre promesse.
L’âme emmêlée dans mon rêve et dans mon ivresse,
Je tricote en esprit des rimes embrassées :

J’avance, et elle fuit ; je pars, elle me pourchasse ;
Si je tourne les yeux, la voilà repartie…
Ses baisers en pétales tombent sur ma tristesse,
Oh ! Gabrielle, enfant ! reste donc, je t’en prie…!

II] Embrassements

Elle est nue, la Divine, et les micocouliers
Frémissent en leur langage une claire louange,
Etrange poésie qui mêle pour mon ange
Et les soupirs de l’eau, et leur bruit vert et frais.

L’eau qui s’écoule enlace les corps emmêlés,
Sous les frémissements des branches, le mélange
Des caresses feuillues qui effleurent mon ange
Et des caresses humaines tressées de baisers.

L’Ange est l’île lointaine d’embruns submergée,
Qu’enflamment ses volcans, que ses rêves dévorent,
Ravie par l’ardeur vive et passionnée du Maure
Languissant que voici : messieurs, votre invité…

III] Drapeau Blanc

Et brille la colère, dans l’ombre de ses yeux !
L’Archange sans pareil lors déchaîne ses feux :
Une dispute.

Mais vienne le satyre prendre la nymphe en rage !
Elle est ravie, pressée, emmenée en otage :
Qui gagnera ?

Et moussent les lichens de l’or de son volcan ;
Le satyre et la nymphe, archanges du printemps,
Ne font qu’un.

Ils glissent sans murmure, et les micocouliers,
Silencieux spectateurs de la guerre achevée
Bruissent la paix…

IV] Sonnet du départ

Coule, roucoule l’eau sous les micocouliers,
Chante clair à l’étang le sombre engoulevent.
Gabrielle adorée glisse dans l’eau glacée,
Lisse miroir troublé par les sistres du vent.

Les deux boutons fanés frémissent, aujourd’hui blancs.
Pâles les mains d’ondine, et le sang s’est figé,
Les pétales envolés dans l’abîme du temps
Vos flûtes argentines, Anges, vont inspirer.

Et le baiser de l’eau que la brise caresse,
Et la caresse blanche du tissu qui l’embrasse,
Le voile bleu gonflé qui l’emporte sans fin,

Bouleversent mon cœur d’une houle bileuse,
Quand je songe à ce front d’une pâleur neigeuse,
Le corps de mon aimée, emporté au matin…

V] Errances

Ainsi donc est tombé le voile des Tragiques…
Cinq actes, un couperet, la conclusion bientôt !
L’amant infortuné, pauvre satyre, sot,
Laisse se perdre en vin sa verve poétique.

Poursuivi par des chuchotis désenchantés,
J’erre seul en silence et je bats la vallée.
Ballade, cesse donc ! Et vous, sarcelles, en paix !
Il est fini le temps où je baguenaudais.

Allongé sous les saules et les micocouliers,
Oh ! Qu’il est loin le temps où je baguenaudais…
Baladé, égaré par les spectres languides,
Las des larmes et soupirs, je recherche le vide.

La mélodie m’isole en mon cœur désolé,
La mélodie des larmes, et de la douce ondine
Qui de ses pleurs assiste en sœur désemparée
Le sot satyre triste assis dans la saulaie…

Douce ondine, çà y est ! Notre pièce est jouée…
Plonge en tes sombres eaux et me laisse endeuillé.
Fleur fatale à ses jours, ma divine sirène
A passé, c’est la fin ! Le rideau est tombé !

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