"Contre Toi" par Ghislain GILBERTI (texte en ligne)

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Des constellations pâles, torturées, étendent leurs motifs au-dessus de nos peaux, il est trop tard, il fait si froid.
Je sens se lover ses formes contre moi, une ondulation sismique se répercute au fond ; assommé d'émotions, je bois son désir. Beaucoup trop tard. Son regard étoilé a pénétré mes sens, sa beauté est étrange et profonde, elle a violé mon âme.
Deux divinités fanées sous un porche maculé de pictogrammes urbains, les plaies citadines affichées sur la pierre. Peu de lumière, elle et moi enlacés. Qui est-elle ? Je n'en sais presque rien, je la connais mieux que moi-même, elle qui s'offre sans frein.
La parure disloquée découvre à l'air glacé quelques bandeaux de chair, tout est déboutonné, relevé, écarté par mes mains gantées de caresses incendiaires. La demi-nudité me suggère des images éclatées que mon désir complète, cette demi-nudité, malsaine, fragile, à la moiteur expansive.
-" j'ai l'esprit écorché, me glisse-t-elle à l'oreille. J'ai peur de nous. "
Mes doigts glissent et coulissent dans son sexe, elle souffle à mon oreille une mélodie soupirante. Elle se serre contre moi et j'entre en elle, des larmes et des soupirs me coulent dans le cou.
-" J'ai le cœur à l'envers. "
Sa voix siffle et grince au fond de son souffle qui accélère. Elle évacue des mots dans un chant de folie.
-" Ils nous regardent tous. "
Tous ces yeux sur nos peaux. Tous ces yeux qui nous brûlent au travers des ténèbres. Je voudrais qu'ils se taisent, ces regards tout autour.
Tout tremble un instant, le réel se déchire dans nos cris qui se mêlent et nous tombons brûlés vifs, l'un sur l'autre, contre le bitume glacé, au milieu des ordures. Nos corps s'éteignent lentement.
Tout autour, les ombres s'agitent dans un élan unique et vaste. Les dieux sont tombés. Des silhouettes, des bruits de pas dans l'écho de la ville, le silence de la nuit. Je serre son corps fragile dans mes bras fins, elle a peur mais mes mots la rassurent.
-" Ils s'en vont, ne tremble plus. "
-" Enfin, dit-elle dans un spasme soudain. Enfin je vais pouvoir t'aimer. Enfin je vais pouvoir dormir, contre toi, dans une éternité. "

Ils s'en vont, un à un, dans le ventre de la rue et nous sommes seuls, tremblants, blessés d'amour, salis de plaisir. Blessures contre blessures, nous cicatriserons, l'un contre l'autre, liés par la chair dans des balafres atroces.

2003 Ghislain GILBERTI tous droits réservés | Laissez un commentaire.

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