"Chimère" par LATTUADA Axel (texte en ligne)
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Ces humains sont bel et bien des êtres mal faisant. Une âme de voleur les pourchasse et les habite. Sans crier gare, elle les assomme de ses vices, prononcés sans aucune culpabilité dans un élan dévastateur semblable aux charges d’une armée ténébreuse. Sans défense devant un tel assaut, ces êtres chétifs, intellectuellement réduits se sont laissés depuis fort longtemps déborder par une immuable décente aux enfers. Lucifer lui-même rie de leu destin. Ils ne sont que les marionnettes d’un enchanteur assoiffé de plaintes et de haines, de sarcasmes et de préjugés. Dans sa robe de nuit, Arès ne peut qu’applaudir tant de cupidités, tant d’amertume envers une vie qui ne demande qu’à offrir une pluie de sagesse. Mais peu redevables sont ces bêtes féroces, qui ne jugent leurs craintes qu’en présence de leurs victimes. Sans appels, sans témoins, preuves faites sans imagination, chaque indice étant perdu à jamais dans la noirceur de leurs péchés. Qui gagnera à venir en aide à de telles créatures ? Qui gagera tendre une main un temps soit peu charitable envers ces hybrides incomplets qui ne trouvent refuge que dans leur tors et leurs dus. Aucun faucon, aucun aigle, aucune fée ne peut se réduire à un tel fardeau. Ce mérite ne peut leur parvenir sans un sacrifice onéreux. De leur vie désinvolte il coûtera la félicité. Dans l’attente d’un verdict trop dur à prononcer, ils devront parvenir à un état second, sans lequel la vertu sublime d’un destin optimiste ne peut trouver sa route.
Il se peut certes qu’un homme soit bon. Mais pour cela, il lui faut renoncer à sa propre nature. Car dans un corps aux formes marquées par un passés acéré, une âme sans séquelles ne peut naître. Pour qu’un esprit demeure dans la voûte étoilée de la bienséance, il lui faut exiler sa puissance charnelle. Un esprit pur doit être aiguisé sur le bord tranchant de la connaissance, sans penser une seconde à s'amoindrir. Un épanouissement total ne sera rendu possible qu’à l’abandon des subtilité négligeables que procure une vie faite de complaintes.
La culpabilité de se plaindre de tracas anodins est souvent accompagnée de honte. Car songer aux malheurs épanouis des êtres lointains, blesse sans retenu un esprit tourné vers son propre monde. Or, lamentation est besoin naturel chez L’Homme. Impossible donc de cesser son traqua. La volonté seule ne permet pas de voir au-delà des soucis qui peuplent nos pensées. Elle ne permet pas non plus de penser aux soucis des peuples qui voguent laborieusement au-delà de notre vision. La haine remplace la honte, les souhaits deviennent déshonorants. Dans un refus d’auto destruction, il nous faut alors revenir à une arrogance et à un égoïsme primaire pour garder notre esprit intact, et ainsi rester efficace pour l’ascension d’un monde qui se refuse à nous.
Nous qui ne cessons de lui voler son âme, nous qui refusons de vivre sans lui, lui qui nous accueillit à bras et corps ouverts. Epuisé par nos volontés, mortifié par tant de puissance intelo-destructrice, ce monde n’a de cesse de quémander un sursis. Mais dans un souci d’arrogance et de perdition, il est impossible à une race dominatrice d’abandonner ce qui fait d’elle une créature sans âme.
La volonté d’un tel massacre ne peut venir seul au monde. Un péché infligé est origine de tout cela. Une volonté divine sans qui rien ne serait ; sans qui tout serait néant. Nouvelle facette d’un esprit Humain, propre à cette espèce qui peut seule la contrôler. Un combat épique, mythique et infini se dresse alors devant l’évolution. Caresser la vie devient un supplice. Goûter les arômes de la jouissance est maintenant stoppé. Le responsable d’un tel désastre est une chimère immortelle qui règnera à jamais sur ce monde et sur les autres. Une créatures aux dix milles têtes, ne connaissant ni la Mercie, ni la clémence, s’octroyant de jours en jours plus de pouvoirs que n’importe quel puissance divine. Elle est le commencement de tout. Toute action faisant appel à chacun des cinq sens offerts aux Hommes, est attisées par les flammes de ce fléau. Flammes déjantées qui consumeront à jamais le cœur, le corps et l’âme des êtres dotés du pouce préanceur et du téléancéphale hautement développé.
C’est cependant vers une gratitude immuable et justifiée que l’homme doit se tourner. Cette chimère est la cause de tout. L’homme naît à cause d’elle, mange à cause d’elle, joue à cause d’elle, s’épanoui par sa faute, rie et pleur touché par sa grâce, aime et haï toujours pour combattre cette féroce bête. L’art, la littérature, la science, la religion, la passion, l’amour, la jouissance, la polémique, la décision, la dissuasion, la persistance, le progrès, la poésie, la concentration, la perturbation, la révolte, l’abandon, la coutume, l’interdiction, la présomption, la rédemption, nombreuses et infinies sont les armes élaborées pour ce combat qui restera à jamais sans vaincu.
Combat qui malheureusement ne cessera éternellement jamais. Trop jeune, trop immatures sont les esprits dotés d’une conscience. L’Homme n’est pas encore totalement conscient de sa conscience, et note consciencieusement chaque indice qui pourrait le mener à une telle découverte. Mais le dédale créé par l’amoncellement de ces preuves hypothétiques ne fait qu’embrumer la vision inadaptée de ces êtres enchaînés à leurs vertus. Sans cette prise de conscience, l’Homme plonge sa nature dans un bain fatal exalté par son immaturité.
La chimère elle, ne connaît ni la gratitude, ni la reconnaissance. Pour la simple et bonne raison qu’elle n’en a nul besoin. Chaque créature doit la vie à son créateur. Elle, ne peut remercier son créateur puisqu’il n’est pas conscient de sa mise au monde. C’est en effet l’Homme qui a donné naissance à son plus terrible ennemi. Des besoins sont nés les désirs, des désirs a jailli la jalousie, de la jalousie a découlé la possession, et de cette possession la chimère a vue le jour. Dés lors où le désir a surpassé le besoin, la chimère est apparue, majestueuse dans sa robe d’arrogance. Malgré un vêtement si prestigieux, elle est restée invisible aux yeux de son père. Et elle semble garder sur elle son manteau d’imperceptible.
Cette créature est en vous à chaque seconde. Elle habite vos pensées, vos désirs, vos décisions, vos revendications. Ou plutôt, c’est la crainte de cette chimère qui créer ces pensées, ces désirs, ces décisions. Car une fois avalée par la bête, il est vraisemblablement impossible de lui échapper. C’est donc en combattant la peur, en éloignant ces séquelles potentielles que la survie est rendue possible. Survie est le mot approprié. La puissance de la chimère est immensément supérieure à tous fléau ayant déjà caressé le monde. Guerres, catastrophes naturelles, conflits en tous genres, découvertes nuisibles, tout cela n’est rien face à la chimère, puisqu’elle en est la génitrice.
Peut être est il temps de dévoiler le nom de cette créature. Elle qui règne en maître absolue sur l’ensemble du monde et sur la totalité de nos pensées. Son nom tient en deux syllabes, et est connu de tous. C’est l’Ennui. Tel est la cause malheureuse de tout acte, de toute querelle, de toute requête, de chaque évolution, de chaque décision, de n’importe quelle action. Et ce combat incessant ne finira qu’au moment où nos âmes parviendront à un équilibre parfait entre le désir et le besoin.
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