"Barcelona" par Le Castor Aravis (texte en ligne)

Les autres textes en ligne | Publiez vos textes ?.

La vieille ville de Barcelone.L'atmospère est lourde de la méfiance des touristes qui vont et viennent sur la rambla la main sur le portefeuille , regardant d'un air absent les mimes obstinés , les vendeurs de souvenirs d"un goût douteux et les fleuristes au sourire forcé.On dévie dans une rue sur la droite, ces petites rues étroites dont les balcons viennent rogner sur la rue.Les échoppes étalent leurs colifichets symétriques et leurs babioles du FC barcelone.On se pose sur un banc de pierre auprès d'un cloitre.Le groupe serré de 48 élèves se morcelle dans les boutiques de la petite place.Les professeurs rejoignent des cafés.Cherchant des toilettes , je rejoins un de ces mêmes cafés.L'odeur m'enveloppe ,une odeur douce et chaude ,sucrée et un peu amère...du chocolat fondu.Spécialité de la ville " xocolate y churros",deux des profs en dégustent un chacun.
Un regard d'envie à la dérobée , fauchée comme les blés , je ne peux me permettre ce luxe.Mais ce professeur , jeune , beau garçon et drôle , ce professeur qui n'est même pas le mien me propose de m'offrir cette douce spécialité.Regard de coin , je ne rêve pas.Je me pose gentiment sur les chaises de bar à coté de lui en souriant , vraiment mal à l'aise vis à vis des autres élèves qui trainent dehors.Un serveur d'une vingtaine d'année s'essaye au français et me sers mon cadeau.Je mange les yeux baissés , n'osant lever les yeux et me demandant si il me le paye vraiment , si je ne devrais pas lui rembourser.On lui apporte l'addition , plus de treize euros pour nous deux .Je respire de plus en plus mal , soit il est réellement gentil , soit je viens de m'endetter et j'ai horreur de ça.Je trempe doucement les churros dans le chocolat fondant , éparpillant par mégarde des auréoles marron sur le brillant du comptoir.Je lève enfin les yeux pour remercier de ce cadeau improvisé et je reçois un murmure dans le creu de l'oreille "je sais que tu es avec une fille et que je ne devrais pas dire ça mais tu m'attire depuis le début , je n'ai rien trouver de mieux pour te le témoigner".Je remercie du regard , touchée et fière.Pour une fois c'est à moi que cela arrive , pas à une de mes amies.Je jubile et en même temps un sentiment de culpabilité m'envahit.Envers Elle ,ma femme , mon amour et envers sa probable copine qui le harcèle de sms depuis le début du voyage., sms qu'il lit en soupirant avant de remettre son téléphone dans sa poche.Je l'inspecte, essayant de lui trouver un age, une vie.Tout ce que je sais de lui c'est qu'il est italien à la base .Je connais aussi son nom.Ses mains prennent délicatement le churros huilé , quelques miettes tombent dans l'assiette.Le beignet fait un plongeon dans le chocolat épais , n'en troublant même pas la surface.La peau du chocolat qui commençait à se former se fend et coule au fond , entrainée par la masse de pâte.Derrière nous des espagnoles parlent fort , réclamant de l'eau à grand cris au serveur conciliant. Les churros défilent , le temps passe , mon professeur me sourit.Ses yeux me font des appels , marrons foncés , cheveux noirs coupés très courts ,petit sourire moqueur.Un délice ...Je n'en reviens même pas.Comment , j'ose voir un homme comme attirant.Depuis quand n'ai je eu cette sensation....des semaines , des mois...Pas encore des années car cela ne fais pas un an que je suis avec Elle.Je ne l'avais même pas remarqué à la base, trop distant ,trop discret.Les mouvements fluides de son bras partent de l'assiette de churros jusqu'à la tasse sans rien perdre au passage. Ses yeux cherchent les miens , je ne refuse pas le combat , j'esquisse même un sourire.Je descends de mon haut siège et l'attend , le sac en bandoulière me tombe sur la hanche.Du look gothique , je suis passée au look bohème et j'aime les deux.Je me regarde dans le grand miroir sur le mur , relève les yeux et vois les siens dans la glace.Je fais volte face et fais signe de la tête que je vais sortir.Il me suit.La place est pleine de monde , mais aucun élève de notre groupe.Tous sont partis en vadrouille dans les rues étroites.Je sens une main caresser la mienne.Les pensées se pressent dans ma tête " agir , réagir , faire la morte, lever les yeux" . Bim , bam tout s'entrechoque, tant pis je prends sa main , c'est banal comme geste ça m'engage pas à grand chose ,je sens la sienne se serrer , je traverse la grande place ,avance vers la cathédrale.Il guide et je me laisse faire, prête à le lâcher si je repère un de mes compatriotes mais il serre plus fort.Lui assume , et moi je me sens faible et ça m'énerve.Je me mordrais bien les lèvres à sang de rester aussi passive devant mon déclin.Des couples sourient en nous voyant, contents de croiser des "congénères" dans la masse d'âmes esseulées qui peuplent la place.Fière en silence, mon égo hurle de douleur. Je suis fière de plaire à quelqun qui me plait mais je palis de devenir esclave de mes sentiments.Il s'assoit sur un banc dans une rue moins bondée que les autres à l'ombre d'un oranger dont les fruits trop murs s'écrasent sur les pavés du sol.On entends les oies de Sainte Eulalie et les rires des français de passage.Venir à Barcelone pour travailler son espagnol et n'entendre parler que français , il y a au fond de mon coeur une sorte de déception.Je penche légèrement la tête sur le coté et je sens une épaule passer dessous.Je relativise , ce n'est l'affaire que de quelques jours...et sinon nous verrons bien.Je n 'ai pas la force et pas l'envie de penser à l'avenir.Je sens son coeur battre dans son épaule comme un appel.Je sens ses lèvres sur mon front , je laisse faire un moment puis l'arrête et le regarde dans les yeux.Ses yeux qui appellent à la tendresse et à la prudence.Je dois rester moi même,rester intègre....Ne pas tomber, ne pas flancher ,avancer...Ses lèvres , sa langue , ses mains ,son cou..le soleil , le bois du banc , le vent dans l'oranger...et moi qui désire pour une fois être la muse...
Ca fait deux heures , j'ai envie de me flinguer .Une bonne demie heure de calins sur un banc public pour revenir dans un bus blindé de camarades.Des échanges de sourires avec les uns et les autres , des clins d'oeils avec lui.Je garde tout ça en moi...Sous le soleil de Barcelone j'ai pas envie de penser à demain...Pourtant ça aura lieu..

© Le Castor Aravis | Laissez un commentaire.

Liens partenaires & sponsors : Littérature érotique | Accrobranche | Culture, Art & Musée Paris | BD érotique | Tatouages & Bijoux | Littérature